10 jours dans un asile, Nellie Bly

Il ne faut jamais se fier à l’épaisseur d’un livre pour juger de sa valeur. C’est ce que je n’ai pu que constater avec ce tout petit bouquin à travers lequel je suis passée ces derniers jours. Celui de Nellie Bly, de son vrai nom Elizabeth Jane Cochrane (1864-1922) qui fut une figure légendaire de la presse américaine, pionnière du reportage clandestin au début du siècle dernier.

Parce que, je ne sais pas si ce n’est que moi mais, lorsque je m’imagine les femmes à la fin des années 1800, j’ai toujours eu tendance à imaginer des femmes plutôt soumises qui n’auraient jamais remis en doute l’ordre établi. Toutefois, avec «Dix jours dans un asile» de Nellie Bly, on ne peut que se rendre compte qu’il y a eu au moins quelques rebelles dans ce décor.

Alors de quoi ça parle «Dix jours dans un asile»? De Nellie Bly justement qui, alors qu’elle est engagée en 1887 au New York World du très connu Joseph Pulitzer, reçoit une mission. Celle de se faire passer pour folle afin d’intégrer un asile d’aliénés, le Blackwell’s Island Hospital à New York. Le but? Témoigner «Undercover» de la réalité des laissés-pour-compte. Mais aussi, des conditions épouvantables d’internement qui prévalaient à l’époque.

Il faut savoir qu’à la fin du 19e siècle, il suffisait de bien peu de choses pour qu’une femme soit envoyée illico en «institut». Tout au plus avait-on seulement besoin de considérer qu’elle dérangeait justement l’ordre établi, fut-ce celui de son mari. Ou encore, que la dame en question manifeste une tristesse le moindrement prolongée (la dépression n’existait pas à l’époque). À la limite, être pauvre et fragile pouvait faire l’affaire aussi. Et vous étiez alors condamnées à ce qui pouvait ressembler à une peine d’internement jusqu’à la fin de vos jours.

D’ailleurs, une fois à l’intérieur, Bly eut justement à se rendre à cette évidence que la majorité des «patientes» n’étaient justement pas plus folles qu’une autre. Mais qu’une fois internée, il s’avérait excessivement difficile – voire impossible – d’être considérée autrement (je parle au féminin parce que l’enquête porte ici sur un hôpital pour femmes)

«Laissez-moi vous dire une chose: dès mon entrée dans l’asile de l’île, je me suis départie de mon rôle de démente. Je parlais et me comportais en tout point comme d’ordinaire. Mais chose étrange, plus je parlais et me comportais normalement, plus les médecins étaient convaincus de ma folie, à l’exception d’un homme, dont la bonté d’âme et la courtoisie restent gravées dans mon souvenir.» (Page 18)

Et une fois sur place justement, c’est l’horreur. Du genre qui semble préfigurer les pires formes de torture commises lors de certaines périodes de l’histoire pas très glorieuse. Ainsi, au menu du quotidien, torture mentale, coups, famine, lever aux aurores, travail forcé, l’obligation de se mettre toute nue dans le corridor avant de réintégrer sa «chambre», bains glacés, et j’en passe…

Suite à cette enquête qui fit grand bruit à l’époque, les fonds alloués aux hôpitaux psychiatriques furent augmentés d’un million de dollars et une réforme de ces établissements lancée. Cette «enquête» de Nellie Bly est considérée aujourd’hui comme marquant rien de moins que la naissance du journalisme dit «infiltré». Et étonnamment, l’écriture est d’une modernité incroyable, bien que ce livre ait été écrit il y a plus de cent ans.

En ce qui me concerne, je n’ai pu m’empêcher d’avoir une pensée pour mon deuxième-arrière-grand-père, Édouard Martel, qui en octobre 1918 est décédé de la grippe espagnole alors qu’il était lui aussi interné dans ce qui était alors l’Hôpital St-Michel-Archange à Québec. Son «crime»? L’Épilepsie qui à l’époque, était l’un des plus sûrs passeports pour obtenir son diagnostic de folie…

Vraiment, ce tout petit bouquin est l’un de mes gros coups de cœur récents. Pour le portrait d’époque, mais aussi, pour la réflexion sur ce qu’on considère comme étant de la folie.

Troublant.

Vous l’avez déjà lu? Dites-moi ce que vous en avez pensé. Sinon, c’est à glisser dans votre valise. Promis, ça ne prend pas beaucoup de place dans vos bagages! Et vous ne le regretterez pas!

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2 commentaires sur “10 jours dans un asile, Nellie Bly

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