6 décembre 1989

IStock

J’ai l’impression parfois qu’il  y a de ces événements que pendant toute une vie, celle-ci puisse-t-elle durer cent ans, nous ne pourrons jamais oublier.  Parce que semblant devoir figurer comme un grand point rouge sur la carte de nos vies.

Aujourd’hui, six décembre, voilà vingt-cinq ans que se sont produits ce qu’on appelle désormais «les événements de Polytechnique»…

Un soir de décembre au cours duquel quatorze jeunes femmes dont la seule faute aura été de croire qu’elles avaient le droit d’étudier dans le domaine de leur choix, se croyant promises à une carrière d’ingénieure, sont tombées sous les balles d’un tireur fou. Marc Lépine, jeune homme perturbé qui retourna ensuite son arme contre lui après avoir laissé une lettre dans laquelle il expliquait son geste par des motifs anti-féministes….

J’avais 20 ans alors. Et je m’en souviens comme si c’était hier.

Je fréquentais alors le Collège Marie-Victorin dans le Nord de la ville. En cette fin de session tout juste avant Noël, je me souviens que nous nous étions retrouvées, cinq ou six filles issues de partout au Québec.

Devenues amies un peu par hasard alors que nous nous étions retrouvées pour ce programme de trois ans en Mode. Michèle qui était originaire de Mont-Jolie en Gaspésie. Sylvie qui habitait encore chez ses parents à Laval, cette fille qui encore aujourd’hui, 25 ans plus tard, figure parmi mes meilleures amies à vie. Sophie, originaire de l’Estrie, ma colocataire de l’époque que je n’ai jamais revue depuis mais qui a été pendant ces années telle une sœur pour moi.  Deux autres filles dont j’ai oublié les noms depuis. Puis moi, partie de l’Abitibi comme on fuit. Parce que ça me permettait de devenir anonyme et tout en même temps. Mais surtout, pour cette opportunité que j’y voyais alors de pouvoir écrire mon histoire à ma guise, repartant de zéro comme un peintre qui remplit sa toile comme bon lui semble.

En ce six décembre donc, nous nous étions retrouvées pour célébrer la fin de session. Mais surtout, pour partager un souper de fondue pour lequel chacune de nous avait apporté quelque chose à partager.

Je n’oublierai jamais de ma vie ce moment ou après le repas, nous avons ouvert la télé pour découvrir, quasi en direct, ce qui se passait alors dans la même ville. Mais dans une Université presque à la totale opposée de l’école ou nous nous trouvions nous-mêmes.

L’incrédulité d’abord.

La stupeur ensuite de constater qu’une fusillade avait eu lieu dans une université. Puis la terrible vérité qui s’est imposée, froide et glaciale. Cette annonce, au compte-goutte et presque sur le bout des lèvres que les victimes étaient toutes des femmes. Des filles de notre âge, à peu ou près, dont la seule faute visiblement avait été de vouloir dessiner leur vie comme bon leur semblaient.

Accusées par un être perturbé d’avoir voulu prendre la place des hommes en voulant devenir elle-même ingénieures.

J’ai hésité un bon moment avant d’écrire sur ces événements dont on parlera sans doute beaucoup, mais surtout, partout dans les journaux et sur Internet aujourd’hui. Parce que bien sur, de tels événements s’inscrivent à l’encre rouge dans la mémoire collective. Mais surtout, parce que peu importe qui nous sommes et quel âge nous avions à l’époque, on ne pourra jamais oublier que nous en avons été témoins, de façon directe ou pas. Peu importe que ce soit en tant qu’homme. En tant que père de filles…

Mais plus encore, en tant que femme dans un monde qui vingt-cinq ans plus tard, ne semble pas, malheureusement, avoir évolué tellement au niveau de l’égalité hommes-femmes.

Et sur la possibilité pour les femmes de choisir en toutes libertés ce qu’elles ont envie de faire de leur vie.

Pour ma part, alors que j’étais partie de ma région un peu comme pour fuir une famille ou j’avais été témoin de violence conjugale, j’ai découvert ce jour là que la problématique de la violence faite aux femmes dépassait largement mon petit monde à moi.

Et que contre cela, toutes, nous n’avions pas fini de nous battre.

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