Autres temps, autres moeurs…Lucienne et le prix de la liberté

Lucienne Tardif-Martel, archives familiales, Chroniques d’une cinglée

Fouiner dans les vieux journaux du Montréal des années trente, ça me donne toujours ce sentiment qu’au coin d’une rue – ou au détour d’une page – je pourrais croiser Lucienne… Cette arrière-grand-mère un brin insoumise qui en 1928 a décidé de prendre ses cliques et ses claques, abandonnant par conséquent mari et enfants pour venir vivre dans le Red Light… 

Récemment, alors que je visionnais une série télé australienne qui se passe dans le Sydney Australien des années 20, je me suis sentie transportée, comme dans un effet de miroirs. D’un coup, c’était Lucienne que j’avais l’impression d’entendre dans les mots de cette femme qui découvre que sa sœur danse dans un club, genre folies bergères…

Lorsque sa sœur lui propose de lui trouver un travail plus convenable, la principale intéressée lui répond… sans doute avec ces mêmes mots qu’aurait pu prononcer Lucienne aux siens…

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– «Pourquoi frotter des parquets quand je peux gagner deux fois plus d’argent en deux fois moins de temps ? Et si je te disais que ton aide ne m’intéresse pas du tout ? Et que je n’ai pas envie d’être «sauvée»? Parce que pendant que tu es la bonne d’une autre, moi je gagne mon argent comme je l’entends et je fais ce que je veux avec. Je peux danser et fumer des cigarettes et boire du champagne avec des types plein aux as. Et tu sais quoi ? Certains m’apprécient assez pour m’offrir des cadeaux»

– Tu brises le cœur de maman

– Arrête ! Notre mère se détruit elle-même. Tu crois que ma vie est pire que la sienne ? Six enfants ! Jamais assez d’argent pour s’offrir des vacances. Jamais assez d’argent pour s’offrir une robe correcte. Je parie que papa rentrait à la maison certain qu’elle se plierait à ses désirs, qu’elle le veuille ou non. Au moins moi, on me paie pour mes efforts.

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Fouiner dans les vieux journaux du Montréal des années trente, c’est tout ce que j’ai trouvé pour partir sur la trace de cette arrière-grand-mère, un brin insoumise, de qui je ne sais pratiquement rien. 

Outre qu’encore aujourd’hui, plus de soixante ans après sa mort, elle porte toujours dans la famille l’ odeur de soufre que l’on pourrait associer à ces ancêtres que plusieurs auraient bien biffés des photos de familles s’ils l’avaient pu…

Comme l’a dit un jour l’écrivaine française Annie Ernaux, «les souvenirs d’enfance, c’est du cinéma muet»…

Peut-être n’y a t-il que cela au bout du compte.

Cette obligation, par l’imagination, de remplir les trous.

Peu importe la façon.

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