Les vagues

«Si elle avait un cerveau, la vague pourrait se voir unique, indépendante, et d’une certaine façon ce serait vrai: prenez une photo de l’océan en plan large, et choisissez une vague. Regardez bien: parmi des millions, il n’y en a pas deux comme elle, de la même dimension, de la même hauteur, de la même forme, avec les mêmes rides formées par l’eau à sa surface… Elle est absolument unique. Et pourtant, cette vague est indissociable de l’océan, elle constitue l’océan et l’océan la constitue. D’une certaine façon, elle est l’océan. (…)

Si je suis une vague, c’est sans doute agréable, valorisant, de me sentir une vague unique, de me sentir exister indépendamment de tout, je peut être fière d’être une belle vague… Et…si je cesse de m’accrocher à mon identité de vague, si je la laisse se dissiper, si j’accepte de la laisser mourir, alors je vais progressivement, lentement, me mettre à ressentir que je suis l’océan. Alors je deviens pleinement l’océan et…ouahou…c’est fort d’être l’océan…

Il but une gorgée avant de reprendre calmement.

Mais si la vague est séparée de l’océan, elle disparaît, elle meurt pour de bon. Elle ne savait pas que l’océan, c’était elle.

Et tu trouveras le trésor qui dort en toi», Laurent Gounelle»

Les mots des autres…Le moins fiable de tous les narrateurs

«La vie en soi est le moins fiable de tous les narrateurs. Personne ne sait où va aboutir son histoire ni qui seront les héros qui en feront partie. J’ignore à qui appartient l’histoire que j’ai racontée. Je ne sais pas si c’est la mienne ou celle d’un personnage qu’il me reste à rencontrer.

Je ne suis certaine de rien.

Tout ce que je sais c’est qu’à tout moment la vie peut me surprendre. Elle va me faire tomber à genoux.

Et quand elle le fera, je vais devoir me rappeler que je suis mon père. Et aussi le père de mon père. Que je suis ma mère. Et la mère de ma mère.

Et même s’il est facile de s’apitoyer sur les tragédies qui nous frappent dans nos vies, s’il est naturel d’avoir du mal à voir autre chose que les moments pénibles qui nous font tomber à genoux, nous devons nous rappeler que si nous nous relevons et si nous faisons avancer notre histoire encore un peu, nous trouverons la chose la plus importante entre toutes.

Parce qu’au bout du chemin, il y a l’amour»

(Le film «La vie en soi» (VO Life Itself)

Les mots des autres…Mary MacLane et le bonheur

Ce qui me fascine avec les livres, c’est cet itinéraire indescriptible et un peu mystérieux qui semble se dessiner au fil de nos lectures. Un livre semblant nous conduire vers le le suivant. Un peu comme un programme littéraire qui nous serait personnellement destiné…

Alors que je suis plongée ces temps-ci dans «Les constellées» de l’auteur Daniel Grenier qui propose rien de moins que de parcourir le monde littéraire féminin depuis des siècles (je vous en reparle très bientôt), j’ai découvert par la même occasion celle qui m’apparaît un peu comme un météorite, Mary Maclane. Une auteure canadienne très peu connue vers l’oeuvre de qui j’ai eu envie de faire un détour.

Je partage ici ce que je considère comme l’un des plus beaux passages de son livre (Que le diable m’emporte, publié en 1902).

Elle avait tout juste dix- neuf ans.

D’elle je vous reparle dans mon prochain billet.

***

«Le monde se compose principalement de néant. Vous pourriez bien parvenir à cette certitude, par un jour de vent glacial qui aura balayé vos illusions.

Qu’est-ce que le vent?

Néant.

Qu’est-ce que le ciel?

Néant.

Que savons-nous?

Néant.

Qu’est-ce que la gloire?

Néant.

Qu’est-ce que mon cœur?

Néant.

Qu’est-ce que mon âme?

Néant.

Que sommes-nous?

Néant.

Nous sommes convaincus d’avoir accomplis des progrès merveilleux en arts et en sciences au cours des siècles. Quelle est la valeur de tout cela? Ça ne nous apprend pas le pourquoi de toute chose. Ça ne nous empêche pas de nous poser les éternelles questions: que faisons-nous? Ou allons-nous? Ça ne nous apprend pas pourquoi les prairies anciennes, si anciennes, reverdissent à chaque printemps; pourquoi les douces collines de Gilead dan les Hautes Terres luisent doucement après la pluie; pourquoi la poitrine du rouge-gorge ne manque jamais de se couvrir de rouge, et la corneille de noir, le roitelet de gris; pourquoi nous sommes entourés de sable stérile; pourquoi les nuages flottent au-dessus de nous; pourquoi la lune rejoint le ciel, chaque nuit, sans exception; pourquoi les montagnes et les vallées survivent aux années qui passent.

Les arts et les sciences continuent, sans cesse – mais cela ne nous empêche pas de nous poser toutes ces questions. Nos larmes ne se sont toujours pas taries. Nous continuons à souffrir en 1902, comme nos ancêtres ont souffert en 1802 et en 802.

De nos jours, nous mangeons nos bons dîners avec des fourchettes.

Il y a mille ans, les fourchettes n’existaient pas.

Et pourtant, malgré nos fourchettes, nous n’avons pas trouvé le bonheur. Nous poussons des cris, nous donnons des coups de pied, nous battons, nous pleurons, tout comme nos ancêtres le faisaient, il y a mille ans – à l’époque ou les fourchettes n’existaient pas. (…)

Et, au milieu de toutes ces énigmes, nous nous demandons pourquoi certains d’entre nous ont le don de croire sans poser de questions, pendant que les autres se torturent en interrogations.»

(- Mary MacLane, «Que le diable m’emporte» 1902)

Les femmes, la cinquantaine et la liberté d’exister

Avoir 50 ans, je me souviens que lorsque j’étais dans la jeune vingtaine, je voyais ça comme la vieillesse. Aujourd’hui, alors que j’aurai moi-aussi 50 ans dans quelques jours, je réalise que ça a bien changé! Et je suis tellement d’accord avec cette journaliste qui raconte dans cet article sur lequel je suis tombée ce matin que la cinquantaine aujourd’hui, c’est rien de moins qu’une nouvelle liberté pour les femmes.

En ce qui me concerne, je le réalise, ma vingtaine je ne voudrais pas la retrouver, même pour tout l’or du monde!

Aussi, est-ce en raison d’une plus grande ouverture ce ce moment sur cette question du vieillissement? Ou d’un quelconque phénomène de synchronicité qui fait en sorte que j’ai l’impression qu’on s’adresse à moi, directement ?

Je ne saurais dire.

Mais, je ne sais pas pour vous mais il me semble qu’il y a certains livres – ou encore, certaines séries télé comme c’est le cas pour moi en ce moment – dont le discours semble m’avoir été personnellement adressé.

C’est ce qui s’est produit pour moi il y a quelques semaines avec la série la plus éclatée que j’aie vue depuis longtemps, «Fleabag» accessible sur Amazon Prime. Vraiment, j’ai été littéralement en extase devant le personnage joué par l’actrice Kristin Scott Thomas, présente dans l’épisode trois de la deuxième saison…

Si vous ne l’avez pas vue, ça dit ceci:

– «Les femmes viennent au monde avec la douleur chevillée au corps. C’est notre destin physique, avec le mal au ventre des périodes, les seins douloureux, l’accouchement. Nous portons cette douleur en nous tout au long de notre vie. Pas les hommes. Eux ils doivent la rechercher. Ils inventent tous ces dieux, ces démons, des choses pour ressentir la culpabilité qui est chez-nous un sentiment totalement naturel. Et ensuite, ils créent des guerres afin de ressentir des choses. Et pour se toucher quand il n’y a plus de guerres, ils jouent au rugby. Alors que nous, on a toute cette douleur juste ici, à l’intérieur. Elle fonctionne par cycle, année après année, après année.

Et tout d’un coup, juste quand vous avez l’impression d’être enfin en paix avec tout ça, qu’est-ce qui vous arrive? La MÉNOPAUSE! Oui la putain de ménopause débarque et c’est la plus merveilleuse des choses qui puisse nous arriver.

Et oui, on a le périnée qui est foutu et qui s’écroule. On a des bouffées de chaleur et tout le monde s’en fout.

Mais ensuite, on est libres. On n’est plus esclaves, on n’est plus une machine avec des pièces. On est juste une personne.

C’est horrible mais c’est aussi magnifique.»

(Kristin Scott Thomas, «Fleabag», épisode 3, saison 2 sur Amazon Prime)

Avouez! Ça fait presque envie !

Alors oui. J’aurai cinquante ans dans quelques jours. Et la vérité, c’est que je ne renoncerais à ça pour rien au monde !

Pages féminines d’un autre temps…De la vraie nature des femmes

Crédit: Pixabay

Je suis en ce moment dans la lecture d’un bouquin vraiment fascinant, «Une éducation» de l’auteure américaine Tara Westover. 

En bref, celui-ci raconte le parcours auto-biographique absolument fou d’une jeune femme née en 1986, en Idaho, d’une famille mormonne.  Sans éducation, sans certitude de sa date de naissance parce qu’elle n’a jamais été enregistrée à l’état civil à sa naissance, elle s’est pourtant, et d’une façon incroyable, rendue jusqu’à la célèbre université de Cambridge en Angleterre…

J’aurai l’occasion de vous en reparler plus longuement dans les prochains jours. 

Toutefois, un passage de ce bouquin m’a aiguillée vers le philosophe anglais John Stuart Mill que je n’avais jamais lu jusque là.  Et qui, dans l’un de ses écrits les plus emblématiques, à écrit sur la vraie nature des femmes….

Continuer la lecture de « Pages féminines d’un autre temps…De la vraie nature des femmes »

Les mots des autres…Mona Chollet

Pixabay

«J’ai vécu moi aussi immergée dans un monde ou il n’y avait rien de plus réel, rien de plus digne d’intérêt que les livres et l’écriture. Peut-être nos parents nous communiquent-ils parfois des passions si violentes qu’elles ne laissent de la place pour rien d’autre – surtout quand eux-mêmes n’ont pas pu s’y adonner comme ils l’auraient voulu. Peut-être y a-t-il des besoins de réparation qui ne souffrent pas de demi-mesure; qui exigent que l’on trace une clairière dans la forêt des générations et que l’on s’y établisse, en oubliant le reste.»

(Mona Chollet, Sorcières, la puissance invaincue des femmes, p.115)

Les mots des autres…Annie Ernaux

Crédit: Pixabay

«En ce moment même, dans les rues, les open spaces, le métro, les amphis, des millions de romans s’écrivent dans les têtes, chapitre après chapitre, effacés, repris et qui meurent tous, d’être réalisés ou de ne pas l’être.»

(- Annie Ernaux, Mémoire de fille)

Romain Gary, ou lorsqu’on a plus la vie devant soi

«Je me demande si toute ma vie n’a pas été, aussi bien comme romancier que comme changeur de métiers si je puis dire, un effort de ne pas être moi-même. Et le roman le permet. Je souffre de claustrophobie dans ma peau. Je m’enferme chez moi à Majorque pendant l’été et je travaille. Je travaille en général sept à huit heures par jour parce que lorsque je ne travaille pas, je me trouve nez à nez avec moi-même. Je me connais assez, ce n’est pas une compagnie tellement agréable. Travailler c’est devenir des personnages, écrire des romans, devenir quelqu’un d’autre, s’échapper, vivre des vies et des aventures de personnages imaginaires que l’on aurait aimé être ou au contraire, que l’on éprouve la grande joie de ne pas avoir été. Je crois que tout le monde, de temps en temps, pas simplement les auteurs et les acteurs, nous avons tous envie d’être quelqu’un d’autre, de nous échapper à nous-mêmes. Et c’est d’ailleurs pour ça que nous lisons. Une lecture vous permet d’échapper à votre personnalité, de devenir quelqu’un d’autre, de devenir un personnage de roman

(-Romain Gary à propos de «La nuit sera calme», 1974. Source: ina.fr)

Les mots des autres…De l’art de remplir le vide avec de la peinture ou avec des mots

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«Je crois que c’est ça, un artiste. Je crois que c’est quelqu’un qui a son corps ici et son âme la-bas, et qui cherche à remplir l’espace entre les deux en y jetant de la peinture, de l’encre ou même du silence.

Dans ce sens, artistes nous le sommes tous, exerçant le même art de vivre avec plus ou moins de talent, je précise: avec plus ou moins d’amour

(- Christian Bobin, «L’épuisement»)

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