Fiction familiale

Je l’ai souvent écrit ici, alors ce ne sera pas là une grande révélation. J’ai toujours été fascinée par les histoires qu’on se raconte. Et dont bien des romanciers seraient jaloux tellement elles relèvent de la plus grande des fictions! Des histoires que l’on raconte – à soi mais aussi aux autres – avec le plus grand sérieux comme si elles étaient scientifiquement démontrées.

Et donc, forcément incontestables…

Et je parle ici de notre histoire personnelle.

Parce que, comme je l’ai déjà écrit, une famille peut tout aussi bien compter des dizaines d’individus de générations différentes ou pas, en racontant un événement de l’univers familial commun, personne n’aura la même version. Et à certains moments, on pourra même avoir l’impression de ne même pas être dans la même histoire…

Et vraiment, en ce qui me concerne, je trouve ce phénomène vraiment fascinant!

Mais, j’ai beau être fascinée, chaque fois que j’y suis confrontée, je suis un peu choquée. Comme je l’ai d’ailleurs vécu il y a quelques semaines.

Mon frère me racontait ainsi qu’une de nos tantes était allée le visiter. Ne me demandez pas comment, la conversation a, un moment donné, dérivé sur la mort de notre père.

Parenthèse ici: ça aussi c’est un mystère. Comment se fait-il qu’en réunion de famille, on finisse quasi toujours par parler d’événements survenus quarante ou cinquante ans plus tôt ? J’ai la certitude que c’est un mystère plus grand encore que celui de la Caramilk. Parce que le mystère de la Caramilk, je vous le dis, c’est surfait!

Bref! La tante en question s’est mise à obstiner mon frère que notre père n’était pas décédé en 1979 mais en 1982. À preuve ? Elle s’en souvenait clairement puisqu’elle était là à l’époque. Non pas sur les lieux o`ù il est décédé bien sur, mais dans l’entourage.

Si j’ai, je l’avoue, été d’abord choquée qu’elle vienne ainsi s’obstiner aussi violemment sur un événement qui nous concerne aussi intimement (la mort de son père, ça nous marque et on s’en souvient n’est-ce pas?), j’y ai rapidement vu une genre de confirmation de ce que je pressens depuis longtemps. Soit que la mémoire collective, et par conséquent les histoires qu’on se raconte, ça n’a rien à voir avec la vérité. Et beaucoup plus avec nos prismes émotifs individuels.

Qu’importe qu’une date soit inscrite sur la pierre tombale de notre père? Que l’état civil lui-même fasse état de juin 1979 ? Que je me souvienne moi-même comme si c’était hier que j’avais eu dix ans une semaine plus tôt? Cette tante, définitivement, en savait plus que nous sur la question!

Il s’agit là bien sur d’un événement somme toutes un peu insignifiant et qui n’aura aucune espèce d’impact sur la suite du monde, pas plus que sur qui nous sommes.

N’empêche!

J’y ai vu prendre forme sous mes yeux cet espère de mur invisible que je sens dans notre famille depuis toujours. Que dis-je? Une muraille littéralement! Entre ceux qui imaginent détenir le droit de raconter leur version. Une version dans laquelle ils prendront leurs souvenirs comme des vérités inaliénables. Et qui au passage, se donnent le droit de donner une version modifiée de la votre, votre histoire. Qu’importe les faits.

***

Cette anecdote somme toutes sans conséquences est venues s’ajouter à un autre événement survenu il y a quelques mois.

Cet événement, je l’avais d’ailleurs déjà raconté ici. Soit, par un concours de circonstances un peu mystérieux, la découverte surprise de la montre ayant appartenu à mon arrière-grand-mère Lucienne. Un objet qui à une époque où on jette pas mal tout, est parvenue jusqu’à moi de façon je dirais rien de moins que miraculeuse. Comme si d’où elle se trouve, Lucienne avait deviné que j’étais probablement la seule à attribuer de la valeur à un tel objet.

Bon, on s’entend que c’est moi qui donne ce sens à l’événement. Mais la vérité c’est que n’importe qui d’autre de la famille qui serait tombé dessus l’aurait tout simplement jetée. Alors que moi je vénère littéralement cette montre qui ne fonctionne évidemment plus. Mais qui est plus chère à mon coeur que n’importe quoi d’autre au monde (à part ma famille, bien sur!)

N’empêche! En voulant partager mon excitation d’avoir mis la main sur cet objet du passé, je me suis fait symboliquement agresser par une autre tante pour qui cette montre était l’équivalent d’Hiroshima. Rien de moins que radioactive. Et qui me l’a d’ailleurs fait comprendre avec une violence que je ne parviens toujours pas à comprendre. Mais complètement choquée que je puisse avoir un autre regard sur ce qui est notre histoire familiale à toutes deux. Mais une histoire sur laquelle selon elle, je n’aurais aucun droit. Sauf celui de la subir.

Bref! Ça me fascine!

Mais je veux croire qu’à travers les générations, c’est moi qui aujourd’hui ai la plume en main. Et avec celle-ci, mon droit d’écrire et de donner un sens à cette histoire qui est aussi un peu la mienne. Quoi qu’on en dise!

Et le sens que j’ai justement envie de donner à tout cela se trouve dans la symbolique – à travers cette montre revenue du néant – de ce temps qui se remet en marche.

Une version infiniment plus poétique et jolie je trouve. Et qui surtout, n’engage que moi. Et ne fait de mal et n’enlève rien à personne.

Interrogations filiales

La semaine dernière, comme je l’ai raconté dans l’un de mes récents billets, j’ai eu le bonheur de vivre une des expériences les plus étranges et surprenantes qu’il m’ait été donné de vivre dans ma vie. Mettre la main sur la montre de mon arrière-grand-mère, Lucienne, un peu comme si elle m’avait fait un clin-d’œil d’outre-tombe.

Toutefois, en partageant cela avec la famille, j’ai été forcée de me rendre à l’évidence que pour d’autres, le moment de la réconciliation n’était définitivement pas encore venu. Et qu’à la limite, mon intérêt pour cette aïeule auréolée de souffre pouvait sembler choquant – voire irrespectueux – pour certains… Fut-elle morte il y a presque soixante-dix ans maintenant.

Aussi, une multitude de questions ne cessent de tourner en boucle dans ma tête depuis.

Jusqu’où doit-on fidélité et loyauté à sa famille ?

Pendant combien de générations devrait-on se taire et porter la croix de ceux qui nous ont précédés?

À partir de quel moment de l’histoire familiale peut-on considérer qu’on a le droit de choisir le sens qu’on a envie de donner à ce qui est aussi notre histoire.

À quel moment quitte-t’ont son rôle de personnage secondaire – ou pire, de figurant – pour devenir le personnage principal, ou même – pourquoi pas? – le héros de sa propre histoire?

Jusqu’à quand mettre sa marque sur l’histoire familiale est-il être considéré comme un sacrilège?

À partir de quel moment a-t ’on le droit d’envisager la réconciliation avec des pans peu glorieux – autrefois même honteux – de son histoire familiale sans pour autant être jugé coupable de quelques trahisons?

Et enfin, à partir de quand cesse-t’ont de se mettre littéralement à risque «d’excommunication familiale» pure et simple pour le seul crime d’avoir osé nommer par son prénom cette arrière-grand-mère. Une aïeule qui au fil du temps, me donne le sentiment d’avoir perdu sa dimension humaine pour devenir rien de moins que le symbole d’un quelconque monstre du Loch Ness à échelle humaine. Un être à qui on s’acharne toujours à refuser le bénéfice des erreurs humaines presque soixante-dix ans après sa mort. Et que l’on restreint à une étiquette unidimensionnelle.

Car puisqu’elle a abandonné ses enfants en 1929, c’est forcément une sorcière n’est-ce pas ?

Qui suis-je pour tant m’accrocher aux nuances comme dans les fleurs d’un tapis?

Qu’ais-je tant besoin de montrer autant d’empathie pour cette femme d’hier, fut-elle de mon sang?

Son cas n’a-t-il pas déjà été réglé depuis presque cent ans déjà?

Déclarée coupable à perpétuité?

La vérité telle que je la perçois aujourd’hui c’est qu’en 2020, une femme ayant abandonné ses enfants il y a presque cent ans est encore aujourd’hui considérée coupable de crime contre l’humanité. Son mari (mon arrière-grand-père) a beau lui avoir fui pour s’installer en Alberta après leur séparation – sans lui non plus se soucier des enfants – à lui on ne reprochera jamais rien. Pas plus hier qu’aujourd’hui.

Mais ça, c’est un détail anecdotique semble-t-il. Inutile de le mentionner.

Alors en attendant de trouver les réponses à ces trop nombreuses questions qui tournent en boucles en moi comme dans un carrousel fou, je continuerai de garder tout cela en moi.

Comme si je devais en avoir honte.

Mais qu’on ne s’y trompe pas !

Je les trouverai ces réponses.

Quitte, en bousculant un peu l’ordre établi, à devenir un peu moi-même sorcière…

Dans cent ans, que restera-t’il de nous? – La mémoire de l’intime

Hier, je suis allée faire un tour à Québec, une ville où j’adore faire un saut de temps en temps. Mais cette fois-ci, il n’était pas question de tourisme!

Oh que non!

Mais plutôt d’un voyage dans le temps…

En fait, ces quelques 256 km, je les ai parcourus comme sur une route au bout de laquelle j’allais cueillir un trésor. Littéralement!

C’est qu’il y a quelques années, par quelques étranges retournements dont la vie a parfois le secret, j’ai pu entrer en contact avec une cousine de ma grand-mère du côté de la famille maternelle que je n’avais jamais connue jusque-là.

Notre lien ?

Sa mère, tout juste décédée, était la dernière sœur encore vivante (jusqu’à ce que ma mère tombe sur son nom dans la rubrique nécrologique (on s’amuse comme on peut n’est-ce pas?) de Lucienne, cette arrière-grand-mère un peu rebelle dont j’ai parlé souvent sur ce blogue. Une aïeule dont le souvenir familial semblait auréolé, non pas de grandeur, mais plutôt d’une odeur de soufre. Parce qu’en son temps, quelque part au courant de l’année 1929, elle a tout bonnement décidé d’abandonner mari et enfants alors qu’ils vivaient dans le quartier Limoilou (Québec). Pour, selon la légende familiale, venir vivre des «fruits de la prostitution» dans ce qu’on appelait alors le Red Light montréalais…

Et, pour faire court parce que j’ai raconté son histoire de long en large sur ce blogue (il suffit de chercher les billets sous la catégorie «Lucienne»), mon arrière-grand-mère «sulfureuse» a vécu ici, à Montréal jusqu’en octobre 1953, moment de son décès, probablement d’un cancer. On pense alors qu’elle aurait été laissée à la morgue pendant quelques deux mois avant que son frère ne vienne de Québec pour procéder aux démarches d’inhumation…dans une fosse commune où elle repose toujours, presque soixante-dix ans plus tard. Ceci enfin, dans un cimetière qui, par le plus grand des hasards, se trouve à moins d’un km de chez moi.

Parce que vous l’aurez compris – ou si vous me lisez depuis longtemps, vous vous en souviendrez – sur l’histoire de cette arrière-grand-mère rebelle, je me suis bien sur beaucoup penchée depuis presque dix ans maintenant! Parce que clairement, Lucienne était le sujet le plus tabou qui soit dans notre univers familial. Rien de moins que le symbole de la sorcière par excellence. Du genre, j’oserais dire, dont on évite surtout de prononcer le nom…

Alors vous comprendrez j’en suis certaine que lorsque cette cousine éloignée (de façon géographique tout autant que généalogique) m’a écrit la semaine dernière pour me dire qu’une autre cousine avait retrouvé dans ses trésors familiaux ce qui avait été la montre de Lucienne, j’ai arrêté de respirer. Et que, lorsqu’elle m’a demandé si j’aimerais l’avoir, ma réponse a jailli en moins d’une nano seconde…

Oui!!!! J’arrive! Non ! Je m’envole plutôt pour la chercher!

***

Je suis tombée cette semaine sur un reportage super intéressant de France Inter sur internet. On y posait cette question de savoir comment décider de garder ceci ou de jeter cela. Et de savoir où devait commencer le travail d’archives familiales.

Par exemple, les photos de familles du siècle dernier. Ou encore, comme cette montre, trésor inespéré de mon arrière-grand-mère qui s’est rendu jusqu’à moi de façon presque miraculeuse. Et qui, avouons-le, aurait pu disparaître mille fois depuis soixante-dix ans! Cela à une époque, la nôtre, où les objets, en se démultipliant et en devenant de plus en plus accessibles, semblent en même temps, et de façon un peu triste, perdre leur valeur.

Une montre d’une valeur monétaire assurément négligeable bien sur!

Mais O combien inestimable à mon cœur!

Du coup, je ne peux m’empêcher de me demander ce qu’il restera de nous dans cent ans. À une époque justement où on ne conserve plus rien malheureusement.

Et vous? Vous en avez de tels trésors familiaux qui « dorment » chez vous ?

Si c’est le cas, il faut vraiment en prendre grand soin!

La vérité et ce qu’on croit savoir

Certains sont fascinés par l’observation des insectes. D’autres achètent de façon compulsive des chaussures. Ou, d’autres encore ne peuvent s’empêcher d’assembler compulsivement des légos.

Chacun son TOC, comme on dit.

Pour ma part, je sais, je l’ai souvent écrit ici. Mais chaque fois que je tombe sur ce genre d’histoire dans laquelle on raconte l’impact de ces secrets familiaux soudainement révélés, je ne peux m’empêcher d’être fascinée par une évidence. Celle que bien souvent, les gens qui nous sont les plus proches sont paradoxalement ceux qu’on connaît le moins.

C’est fou, non ?

Un peu, peut-être, comme si en étant trop près d’eux, nous étions incapable de les voir vraiment.

L’histoire sur laquelle je suis tombée cette fois-ci ? Celle d’une femme qui a appris à connaître ses parents une fois ceux-ci décédés. Et qui a alors été en mesure de les aimer, en tant que personne, et non pas en tant que parents plus ou moins adéquats qu’ils ont été. Parce qu’eux vivants, la relation avait toujours été plutôt difficile. Au points ou, vérité difficile à admettre à voix haute, elle s’est presque sentie «soulagée» à leur mort. Un peu comme un poids sur sa vie qui était soudainement disparu…

En lisant cette histoire, je me suis reconnue dans cette obsession de connaître la vérité familiale. Celle que je me suis moi-même acharnée à défricher. Un peu comme un immense nid de couleuvres auquel on a peur de toucher…

Mais, je me suis aussi reconnue dans ce changement qui s’opère au fil des recherches. Et qui m’a permis en ce qui me concerne de voir mon père (mais pas que lui) sous un autre angle. Non plus comme avec les yeux de la petite fille que j’ai été de son vivant. Mais plutôt avec les yeux de la femme d’aujourd’hui ayant atteint un âge que lui n’aura jamais, parce que parti trop tôt…

En repensant à tout ce que j’ai moi-même découvert sur mon histoire familiale, je me dis que même ça, ce que je croyais savoir versus ce que je pense savoir aujourd’hui, ce n’est peut-être rien d’autre que de la fiction. Une identité que je me suis construite à partir de l’histoire que je me suis moi-même racontée.

Et, en comparant cette version de «l’affaire» que je me suis faite au fil du temps à celle des autres membres de la famille, j’en viens à me dire que tous, nous ne sommes que des fictions. Cette histoire que chacun se raconte à soi. Un fragment de l’ensemble qui fini par faire figure de «grand tout».

Et je ne peux m’empêcher de me demander…

La vérité elle, n’est-elle rien d’autre qu’un leurre qu’on prend pour la réalité?

Je l’avoue, la question me turlupine.

Chacun son TOC n’est-ce pas ?

Le texte, en anglais, se trouve sur ce lien.

Scène de la vie conjugale ou quand ta bouffe ne fait pas fureur

Je ne sais pas pour vous mais en ce qui me concerne, j’aime beaucoup essayer de nouvelles recettes. Parce que ça permet de varier les repas. Et que ça rend la tâche d’alimenter la tribu un peu moins aliénante et répétitive.

C’est pourquoi j’ai essayé en début de semaine une recette de pain de viande aux lentilles, histoire d’intégrer des légumineuses à notre menu. Mais, une recette qui, je dois l’avouer, n’a malheureusement pas fait fureur ici.

Ce soir, vendredi,  l’Homme de la maison, plein de bonnes intentions, arrive avec des repas de son traiteur au travail.

  • L’Homme: « Fiston! Veux-tu du pain de viande ? » Et il prend soin d’ajouter, le plus naïvement du monde (et surtout, comme si c’était supposé être rassurant): « Pas celui que maman a fait là! »

Rassurez moi ! C’est vraiment chien n’est-ce pas ?! 😂

#MerciBien
#AdieuMondeCruel
#LorsqueTaBouffeNeFaitPasFureur
#PapaEstDansLaMerde

Libérées, le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale, Titiou Lecoq

Les derniers mois, je dois l’avouer, j’étais tellement fatiguée que juste l’idée de me plonger dans un livre et la chose m’apparaissait comme rien de moins que hors de ma portée. La  concentration à zéro et le niveau de mon énergie lui aussi à sec, je n’arrivais tout simplement plus à lire plus d’un paragraphe avant de me résoudre à refermer mon livre.

Inutile de vous dire que dans ces circonstances, passer à travers un bouquin m’apparaissait comme une véritable épopée. Peut-être même le projet d’une vie ! (et oui, j’exagère un peu quand même!)

N’empêche! Le sujet de «Libérées, le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale», livre de l’auteure et blogueuse française Titiou Lecoq, était si proche de mes intérêts et son propos si en accord avec mon ressenti du moment que je n’ai pu faire autrement que de me rendre jusqu’au bout. Un paragraphe à la fois, une page après l’autre. La vérité étant que ce livre aura été le livre coup de cœur de mon été.

Rien de moins qu’une révélation!

Parce que je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, avec tout ce qui s’est écrit un peu partout dans les médias ces dernières années sur la condition des femmes, j’ai vraiment le sentiment de vivre un moment charnière de l’histoire alors que le statu-quo ne semble plus envisageable. Vous savez! Ces agressions qu’on ne peut plus accepter de ne pas dénoncer, le sexisme jusque là «ordinaire» que l’on vomit aujourd’hui, les double-standards dont on ne veut plus s’accommoder.

Et ?

Cette fameuse conciliation travail-famille que l’on voudrait croire (bien naïvement!) plus égalitaire aujourd’hui. Cela, avant de se rendre compte, une fois les enfants arrivés dans le décor, que les dés sont pipés d’avance. Et que ce qui semblait plutôt égalitaire alors que nous n’étions que deux, devient littéralement une course à obstacles une fois qu’on décide de se multiplier. Parce que de façon un peu injuste, même si nous avons chacun un boulot prenant, ça finit inévitablement par être la femme qui se verra d’office attitrée à la gestion de la marmaille (Tiens donc! Il ne reste que deux couches ! Faudra que je m’arrête en chercher en revenant du boulot!), de la maisonnée (ménage, repassage et autres «age» de circonstance), des menus et collations (nutritifs et respectant le guide alimentaire S.V.P!) et de tout ce qui relève de la vie de famille en général (le rendez-vous chez le pédiatre, le billet-jaune à signer et à retourner au service de garde, sans quoi fiston ne pourra pas participer à l’activité de groupe)…

Un peu à l’image d’une gestionnaire de chantier à laquelle il m’arrive de me comparer. Sauf que pour nous les femmes, c’est 24 heures sur 24. 365 jours par année.

Même en dormant !

Parce que bien sur, on pense à tout nous, n’est-ce pas ? Tout le temps ! Moi en tout cas ! Car je fais des listes, je m’envoies des courriels. Cela en plus de noircir un agenda et un calendrier mural; ce dernier, j’en suis certaine, devant bien se comparer au format d’une pancarte sur l’autoroute !

Bref! On ne s’en sort pas ! Jusqu’à ce qu’on pète un plomb en entendant l’Homme de la maison nous asséner un «Mais pourquoi tu ne me demandes pas de t’aider»….

Grrrr !

Alors, qu’est-ce que ça raconte ce bouquin écrit par l’auteure française Titiou Lecoq?

« Un jour, je me suis demandée  : pourquoi est-ce moi qui ramasse les affaires qui traînent  ? Je n’ai trouvé qu’une seule réponse. Parce que je suis une femme qui vit avec un homme et deux enfants et que, conséquemment, les corvées, c’est pour ma gueule.
Être une femme, ce n’est pas seulement l’idéal de minceur et de cheveux qui brillent, c’est le souci permanent des autres et du foyer, c’est être sans cesse ramenée à la saleté, aux taches, à la morve.  L’égalité serait déjà là, mais les femmes conservent la conviction intérieure qu’elles doivent s’occuper de tout et tout le monde, et d’elles en dernier, s’il reste cinq minutes à la fin de leur triple journée.
Cette féminisation de la sphère privée implique une autre conséquence  : l’espace public est toujours masculin. Peut-on se dire égaux quand la moitié de la population adapte ses vêtements en fonction des transports et fait attention à ne pas être seule la nuit dans la rue  ? Et si le combat féministe devait encore et toujours se jouer dans la vie quotidienne de chacune et chacun, chez soi, dans sa propre maison, devant le panier de linge sale  ?» (- «Libérées, Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale», Titiou Lecoq)

Vraiment, je ne trouve pas les mots pour dire à quel point tout au long de cette lecture, je me suis retrouvée. Dans cette course folle du quotidien dans laquelle, nous les femmes, nous nous essoufflons sans relâche. Pour réussir professionnellement en même temps qu’on tient la maisonnée, trop souvent à bout de bras. Écartelées entre les besoins des enfants qui grandissent, des parents qui vieillissent, du linge sale qui s’accumule sans fin, un peu comme la célèbre pierre d’un Sisyphe éternellement condamné à pousser. Mais aussi, les exigences concernant l’éducation des enfants qui n’en finissent plus de devenir plus aiguës. Parce que bien sur, il faut penser aux collations santé, aux jeux éducatifs, mais aussi, au besoin d’individualisation de ces chers petits.

Tout cela, en étant constamment celles qui ramassent cette maudite chaussette que personne ne semble voir ! Des chaussettes qui, sans qu’on sache trop pourquoi, n’en finissent jamais de traîner à ce qu’il me semble parfois! Un peu comme dans une mutinerie. Au point où je me demande parfois «Non mais elle est où cette foutue caméra?». Parce que clairement, quelqu’un quelque part veut ma peau!

C’est forcé!

Alors ? Ce livre de Titiou Lecoq, je pense que je vais en acheter treize douzaines de copies et en offrir à toutes les femmes autour de moi. Qui sait si une grève de la chaussette ne se profile pas à l’horizon!

Et oui Mesdames !

RÉ-VO-LU-TION !

Des mots d’amour en conserve

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Hier, mon fils – un peu comme sous l’effet d’une révélation divine – est venu vers moi pour me dire que moi, sa mère, j’étais parfaite et sans défaut.

Je sais, devant une telle affirmation, les mauvaises langues vous diront probablement que c’est du grand n’importe quoi. L’homme de la maison lui, froncerait peut-être un peu les sourcils au passage. Chose certaine, mon grand-père lui m’aurait sans aucun doute remis les pieds sur terre en me rappelant que mon fils ne connaît pas grand chose de la vie…

N’empêche!

Pour ma part, je l’avoue, mon sens critique le plus élémentaire a d’un coup foutu le camp et la phrase de mon fils m’est apparue comme de la véritable musique à mes oreilles!

Continuer la lecture de « Des mots d’amour en conserve »

L’éternel sentiment de culpabilité des parents…quand on se compare, on se console

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Parfois, je me dis que devenir parents, c’est un peu comme d’accepter soudainement d’entrer dans un monde constitué de paradoxes.

D’une part, vous constaterez que jamais plus votre vie ne vous appartiendra totalement. Mais surtout, il faut dès lors accepter de ne jamais se sentir « assez »…

Assez présente pour ses enfants. Assez disponible pour le patron. Définitivement, vous n’avez plus du tout assez de temps pour les 5 à 7 du jeudi. Ainsi que pour les amis que vous en viendrez à caser à votre agenda, histoire de ne pas les perdre définitivement de vue.

Et très clairement, vous ne serez jamais plus au bon endroit. Au bureau quant vous auriez envie d’être avec vos enfants. À la maison avec un enfant malade alors que vous devriez être en réunion. Continuer la lecture de « L’éternel sentiment de culpabilité des parents…quand on se compare, on se console »

Taleur et Pamoi

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On parle de plus en plus dans les médias de l’écriture inclusive. Vous savez ! Cette « invention » moderne qui serait rien de moins que l’équivalent d’un « péril mortel » si on devait en croire l’Académie française. Les membres de cette « élite » ne pouvant se résigner à accepter le fait bien banal que les femmes représentent environ la moitié de l’humanité.

Et que par conséquent, on est bien loin du scandale en imaginant pouvoir « dire » cette réalité. 

Mais, il m’arrive de me dire que ce sont peut-être mes multiples statuts qui m’amènent à imaginer que des mondes parallèles puissent co-exister dans l’univers. Même ceux que je ne savais pas nommer jusque-là. Et dont sans doute, j’ignorerais l’existence si je n’avais eu le bonheur de devenir mère en même temps que d’être un jour née québécoise.

Continuer la lecture de « Taleur et Pamoi »

La fin du plus que parfait ou la beauté du chaos

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En jetant de temps en temps un regard sur la vie des autres à travers cette loupe grossissantes que sont les Facebook et Pinterest de ce monde, je me dis parfois qu’il n’y a que moi qui ai une vie complètement bordélique et désorganisée.

Vous savez ce que je veux dire j’imagine !

Ce sentiment d’avoir une vie pas mal plus beige que celle que je peux percevoir comme étant celle des autres. Dans la mienne, jamais assez de voyages. Beaucoup de responsabilités. Trop de nuits blanches à m’inquiéter de tout et de rien. Le sentiment perpétuel de lutter constamment contre mon poids. De ne pas savoir être là ou j’aurais envie d’être. D’être devenue avec l’Homme de la maison au fil des années à l’image de ces vieux couples qui me décourageaient tellement quand je les regardais aller, il y a quelques années. D’être cette mère pas toujours aussi patiente que j’aimerais imaginer l’être. Et surtout, cette incapacité crasse à me tenir debout pour enfin terminer mon livre. Un projet qui pourtant, me semble être le symbole ultime s’il en est un que j’aurai atteint le sommet de ce que me semble être une vie réussie (à mes yeux).

Parce que bien sûr, il m’arrive, comme à vous sans doute, d’être soudainement frappée de cette impression qui me tombe alors dessus un peu comme une tonne de briques qu’il n’y a que moi…. pour qui les choses se passent rarement comme je l’aurais voulu.

Continuer la lecture de « La fin du plus que parfait ou la beauté du chaos »

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