La femme mystifiée, Betty Friedan

Il y avait un moment que je n’avais pas parlé livres ici. Et clairement, ce n’est pas faute d’avoir lu en ce début d’année, bien au contraire! Car bien sur, avec la pandémie qui se poursuit, accompagnée de son lot de restrictions, et la neige qui s’ammoncelle sur ma ville, la lecture fait partie de ces plaisirs qui demeurent accessibles.

Et dont je ne suis pas prête de me priver, qu’on se le dise!

Et d’ailleurs, ces dernières semaines, j’ai été assez fière de réaliser que j’avais lu quelques 27 livres en 2020 alors que j’en fais maintenant la liste de mes lectures. Ce que je ne faisais pas avant.

Alors parmi les livres lus récemment, c’est d’un classique de la littérature féministe que j’ai envie de parler aujourd’hui. Un livre dont j’avais entendu souvent parler depuis longtemps sans jamais oser m’y attaquer. Et je l’avoue, bien que publié en 1963, il demeure d’une modernité incroyable.

«La femme mystifiée» de l’américaine Betty Friedan a été de fait publié en 1963 sous le titre original «The Feminine Mystique». Traduit en treize langues au cours du temps, il est considéré comme l’un des déclencheurs de la deuxième vague féministe en plus d’avoir servi de déclic à l’émanticipation des américaines.

À l’origine, l’auteure souhaitait écrire un article visant à dénoncer la pression culturelle portée sur les femmes et exercée par les psychologues freudiens, les magazines populaires ainsi que la publicité. Tous semblant unis dans un seul but: vendre la fameuse image de la ménagère prétenduement super heureuse, qui bien qu’instruite, n’avait pas de plus grand bonheur dans son existence que de faire celui de sa famille. Comme Friedan ne trouva à l’époque aucun magazine acceptant de la publier, elle en fit un livre qui était destiné à marquer les esprits et l’époque.

À partir d’une enquête commencée en 1957 au moyen d’entretiens menés auprès d’anciennes camarades de promotion du Smith College 15 ans plus tôt, l’auteure s’est ainsi questionnée sur le «problème sans nom». Cette tristesse manifestée par les femmes au cours des années 1950-1960, toutes déprimées bien que mariées, avec des enfants et vivant dans un certain confort matériel relatif.

Et pourtant, comme on le voit au début, au cours des années 1930-40 il y avait eu une certaine avancée en matière d’égalité et d’indépendance des femmes avant de voir un recul marqué au cours des années 1950-60. Car bien que celles-ci soient pourtant éduquées et qu’elles aillent à l’université, cette éducation semble alors incombatible avec la vie d’épouse et de mère. Et de fait, l’auteure constate que lorsqu’on leur demande ce qu’elles souhaitent faire de ces connaissances acquises, un certain malaise s’installe. Les femmes doivent être éduquées mais cette éducation ne sert qu’à trouver un mari. La vérité étant que la société d’alors ne valorise pas l’utilisation de cette éducation à d’autres titres.

Pour ma part, ce que j’ai particulièrement aimé de ce livre c’est la façon dont l’auteure démontre avec quel acharnement la publicité de l’époque s’est volontairement attelée à promouvoir cette image de la ménagère parfaite. Parce que, fondamentalement, c’était payant.

«On disait avec orgueil que 75% du pouvoir d’achat aux États-Unis était détenu par les femmes et ce fait m’apparut tout à coup dans ses vraies dimensions: les femmes américaines étaient les victimes de ce cadeau empoisonné.»

(page 351)

Et de fait, la fin de la guerre au milieu des années 1940 allait poser un important dilemme au monde des affaires au moment où d’important contrats de fabrication liés à la guerre allaient prendre fin. Au même moment, une étude de marché effectuée par un magazine féminin et portant sur la psychologie de la ménagère en vint à la conclusion qu’une femme qui s’intéresse à la maison ne peut définitivement pas demeurer indifférente aux appareils ménagers. Une conclusion qui apparu rapidement comme une opportunité à saisir à l’heure où il fallait créer rapidement de nouveaux besoins pour les consommateurs!

Et vive la ménagère que l’on s’attela dès lors à classer en trois catégories! Soit la ménagère traditionnelle, la femme qui fait carrière, puis enfin, la maîtresse de maison équilibrée (et ici, on comprend que «équilibrée» prenne tout son sens lorsqu’il est question de valoriser Madame afin que celle-ci ne se mette pas à douter de son rôle, n’est-ce pas!)

« La troisième catégorie, celle de la «maîtresse de maison équilibrée», est l’acheteuse idéale. Elle a l’esprit assez ouvert pour avoir plusieurs centres d’intérêt. Elle a quelquefois travaillé avant de se consacrer exclusivement à son foyer. «Elle accepte volontier» l’aide que peuvent lui apporter de nouveaux appareils, «mais ne leur demande pas l’impossible» car elle a besoin d’utiliser ses compétences de «femmes d’intérieur pour la bonne tenue de la maison». (Page 353)

Et plus loin, lorsque certaines femmes se sont mises à manifester leur désir d’occuper un emploi leur permettant de se sentir utiles dans la société, comment est s’est mis à valoriser les nouveaux appareils ménagers dernier cri dont le but était définitevement de conforter Madame dans ce but essentiel de son existence: les travaux d’intérieur et la cuisine. Quitte à lui enrober la chose de guimauve en tentant de la convaincre qu’elle se retrouvait ainsi à l’égale de l’homme, à «gérer une usine armée des équipements les plus modernes»…

«Ses aspirations, la culture, l’indépendance, le développement grandissant de sa personnalité, tout ce qui faisait qu’elle était prête à endosser d’autres responsabilités ne devait pas être ignoré mais canalisé vers le foyer

(Page 355)

Outre ce livre, Betty Friedan a consacré sa vie à la lutte pour la libération de la femme. En 1966, avec d’autres femmes, elle fonde d’ailleurs NOW (l’Organisation nationale des femmes) et milite pour le droit à l’avortement, le travail des femmes, les congés maternité et l’égalité des salaires notamment.

Au cours de cette lecture, je n’ai bien sur pas pu faire autrement que de réaliser pleinement dans quel contexte ma grand-mère et mon arrière-grand-mère avaient vécu. Et combien je pouvais me considérer chanceuse de vivre aujourd’hui, à une époque où, bien que ce ne soit pas encore parfait, les choses ont quand même «un peu» évolué. Et ça, aucune femme ne devrait l’oublier je pense.

En terminant la lecture de ce livre, 58 ans après sa publication, je reste avec une seule pensée. Celle qu’il est presque «choquant» de constater que toute cette question du statut des femmes soit, en 2021, toujours encore autant d’actualité. Ceci à l’heure ou l’avortement est encore criminalisé à certains endroits de la planète, par exemple au Mexique. Ou excessivement restreint comme c’est le cas en Pologne et en Allemagne. Ou encore, menacé de grave recul au niveau de l’accès comme c’est le cas en ce moment aux États-Unis. Et on ne parle même pas de l’égalité des salaires et des opportunités en emplois qui, dans certains domaines, relèvent encore du voeu pieux…

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Manuel de cuisine raisonnée, École normale de Saint-Pascal

Inutile de le dire! Les trouvaillent littéraires ne se retrouvent pas toujours uniquement dans les nouveautés des libraires. Et justement cet automne, je suis tombée sur ce qui est rien de moins qu’un petit bijou de littérature que l’on peut classer sans hésiter dans la catégorie «Must To have» de toutes bonnes bibliothèques!

Un vieux manuel aux pages désormais jaunies, destiné aux jeunes filles d’autrefois (futures maîtresses de maison, il va sans dire!). Celui-ci a connu de nombreuses rééditions au fil du temps, bien sur. Toutefois, l’une des premières éditions, celle de 1919 vaut vraiment le détour tant les propos qu’on tenait à l’époque envers les jeunes femmes étaient sans équivoque.

Et ça se résumait en bien peu de mots. Du genre «loin de votre maisonnée Mesdames, point de salut!»

Alors aujourd’hui, j’ai décidé de faire d’une pierre deux coups et d’intégrer dans mon calendrier littéraire de l’Avent une chronique «Pages féminines d’un autre temps» en vous présentant ce «Manuel de cuisine raisonnée» rien de moins que sorti des boules à mites. Et pour notre plus grand bonheur, il est accessible en ligne sous forme numérique ainsi que dans plusieurs bibliothèques publiques. Facile donc de pouvoir le consulter. On le retrouve également en version numérique à ce lien.

D’office, le but de ce livre est présenté dès l’introduction. Alors qu’à l’époque, semble-t’il, les divers ouvrages sur le marché se présentaient comme des livres de recettes seulement, et non pas d’économie domestique en en tant que tel, les auteurs de celui-ci avaient un but beaucoup plus «nôble» avec le leur. Soit d’offrir un livre qui, se destinant aux jeunes filles des niveaux élémentaires, aurait pour mission de leur enseigner les principes qui feraient d’elles de bonnes ménagères et de futures maîtresses de maison à nulle autre pareilles. Comment? En leur présentant les règles et principes de la bonne ménagère, rien de moins. Et de tout ce qui «ennoblit d’autant l’art de la personne qui cuisine, et relève sa mentalité.» (page.5)

Rien que ça!

«Toute femme s’ennoblit au contact de la science domestique, elle acquiert un sentiment plus vif de la réalité des choses, une pondération qui est en même temps une force pour la vie.

Dans la série des fonctions domestiques, cuisiner semble pour un grand nombre de femme une occupation inférieure; or, il n’existe pas de tâche secondaire pour la ménagère qui comprend ses fonctions: tout travail est ce que le fait celui qui l’accomplit

(page 7)

J’ai vraiment craqué, je l’avoue, pour ce chef-d’oeuvre de sexisme d’une autre époque!

Plus loin, on lit ceci:

«La science domestique est donc un puissant moyen d’éducation sociale; elle démontre même aux femmes du grand monde que la fortune ne les libère d’aucun de leurs devoirs vis-à-vis de ceux qui les entourent, et que la maîtresse de maison tient dans ses mains l’avenir de la famille et de la nation.»

(page 9)

On le voit vraiment dans les vieux journaux d’époque à quel point la société d’alors s’acharnait à valoriser le rôle des femmes afin de les garder à la maison. Mais je trouve encore plus fascinant la lecture des vieux livres comme celui-ci destinés au public féminin et qui ne visait visiblement qu’un seul message, soit la valorisation du rôle de la ménagère.

L’édition de 1926 publiée à Ottawa énonçait d’ailleurs quelques postulats sur la conduite morale de la femme : 

«On parle beaucoup de nos jours des droits des femmes, du rôle qu’elle est appelée à jouer, même sur la scène politique, pour le relèvement de la société. Les uns rient, les autres crient, la plupart gémissent devant le nouvel état des choses. La femme avertie comprend pourtant qu’elle n’a pas à évoluer sur un autre théâtre, ni assumer d’autres charges pour satisfaire aux exigences modernes sans s’attirer les anathèmes des traditionnalistes. Elle se rend vite compte que nulle part, elle ne trouvera à utiliser plus avantageusement les ressources de son cœur, de son esprit et de sa volonté à satisfaire plus largement son besoin de se donner aux siens, d’être utile à la société, de servir son pays qu’en son propre foyer… Et dans son foyer, le problème qui sollicite tout d’abord son attention; c’est la cuisine… Enfin la science de l’alimentation a son influence jusque sur la moralité publique. Que de pauvres ouvriers sont devenus des alcooliques, puis des criminels pour avoir été mal nourris d’abord (…). Comment donc la femme se laisserait elle entrainer loin de son véritable champ d’action? (…) C’est en comprenant mieux qu’elles rempliront la tâche assignée par Dieu dès le commencement à la femme et dont Marie, la Vierge admirable, a magnifié en les sacrifiant les plus humbles détails ».

Que dire de plus, n’est-ce pas ? Sinon qu’on parle là d’une très fascinante époque dont on ne s’ennuit tellement pas!

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Ce qui nous empêche de dormir

Je suis tombée il y a quelques temps sur un article qui m’est apparu un peu comme une révélation.

Le genre de thématiques sur lesquelles je me dis, je vais écrire là-dessus. Et que je laisse parfois traîner dans mes premiers-jets de billets.

Dans celui-ci (en anglais), on parle d’un essai venant de paraître et qui traite de la crise de mi-vie des femmes de la génération x. Et clairement, je m’y suis retrouvée. Écrit par l’auteure Ada Calhoun, «Why We Can’t Sleep – Women’s New Midlife Crisis», l’auteure se penche en effet sur ce qui différencie la façon de passer à travers la crise de mi-vie pour les femmes, versus la façon dont celle-ci impacte la réalité des hommes. 

Alors que pour les messieurs, selon l’autrice, la crise de mi-vie se résume souvent à changer d’auto, de femme ou de petite amie, ou encore, d’emploi, pour les femmes ça se passe souvent de façon moins visible. Celles-ci vont quant à elles plutôt sombrer dans une forme d’angoisse qui peut passer plus ou moins inaperçue. Elles regarderont par la fenêtre de leur voiture, ou encore fixeront le plafond à 4h du matin, angoissant sur ce qu’elles ont fait trop ou pas assez.

Et c’est un peu vrai je pense.

La vérité c’est que chez les femmes, cette crise se passe peut-être plus souvent de façon un peu plus sous-terraine. La terre continuera de tourner, la maison ne cessera jamais de fonctionner et le changement d’emploi apparaîtra peut-être moins comme une option pour répondre à cette insondable question de savoir si nous nous trouvons bien là où on a l’impression qu’on devrait l’être à ce moment de notre vie.

Je dis ça, je dis rien bien sûr. Mais ça m’interroge. 

Selon cette auteure, une partie du problème proviendrait peut-être du fait que les femmes de la génération x (les occidentales à tout le moins) ,  se sont toujours fait dire qu’elles pouvaient être et faire tout ce qu’elles voulaient. Médecin, astronaute, «name it» ! «Président même si ça vous chante!» Qu’elles pouvaient avoir une famille ET réussir professionnellement. Cela sans toutefois avoir jamais reçu le moindre soutien pour que la chose puisse se réaliser.

Et, j’ai juste à regarder mon propre parcours pour sentir qu’il y a probablement une part de vérité là-dedans. Partie de ma «région éloignée» toute suite à la fin de secondaire, je me suis retrouvée seule à Montréal à tout juste 17 ans.

J’ai traîné à l’Université jusque dans la trentaine en accumulant les boulots de réceptionniste, puis d’agente de bureau et d’adjointe de direction. Cela en me disant que tant que mes études n’étaient pas terminées, ces emplois-là ce n’était qu’en attendant. Que c’était normal de ne pas être là où je le souhaitais. La vérité c’est qu’il m’a fallu attendre jusqu’a la mi- quarantaine pour obtenir enfin un emploi en lien avec mes études. Ce serait donc un euphémisme que de dire que ça a été long. Et que surtout, c’est loin de m’avoir été offert sur un plateau d’argent.

Alors inutile de dire que le propos de Calhoun, ça m’interpelle vraiment.

La vérité c’est peut-être que les femmes de ma génération, nous nous sommes ainsi retrouvées à hériter du discours de nos mères qui nous ont encouragé à viser de meilleures destinées qu’elles. Mais sans que la société ne soit tout à fait au même endroit de ce beau discours.

D’où les inévitables nuits blanches à nous sentir égoïstes et peut-être incapables d’être satisfaites de nos vies dont la photo ne correspond pas toujours à ce qu’on nous avait pourtant vendu.

Et, une vérité qu’on ne dira peut-être jamais assez c’est en partie ce genre de double-standard qui veut que la volonté de vouloir plus soit valorisée pour les hommes. Alors qu’à une femme qui manifeste ne serait-ce que la plus minime insatisfaction face à sa vie, on dira plutôt «mais tu es chanceuse, tu as ceci, cela, une belle famille». Et la palme lorsqu’on lui dira «Mais, ton conjoint t’aide toi!»

 À lui on dira «Sky is the limit» en lui demandant moins. Alors qu’à elle, on donnera toutes les raisons qu’elle pourrait avoir d’être contente de ce qu’elle a déjà. La carrière d’accord, si tu travailles suffisamment fort et si tu t’acharnes suffisamment. Mais n’oublie jamais que le bonheur familial et la maisonnée dépendent de toi ma chère.

 D’où peut-être ce sentiment qu’on a peut-être toutes par moments d’être trop exigeantes, de ne pas savoir nous satisfaire de ce qu’on a – à la limite de se sentir coupables de cela. Et à échéance, d’angoisser de ne pas parvenir à obtenir ce qu’on voudrait alors que le message qui nous a pourtant été transmis c’est qu’on pouvait tout avoir.

Bref! Je n’ai pas de réponse.

Mais ça me console quand même un peu de constater que ce questionnement-là, je ne suis pas la seule à le tourner en boucle dans ma tête.

Loin s’en faut! 

Définitivement de quoi essayer de dormir là-dessus! Au risque d’y consacrer quelques nuits blanches encore.

Interrogations filiales

La semaine dernière, comme je l’ai raconté dans l’un de mes récents billets, j’ai eu le bonheur de vivre une des expériences les plus étranges et surprenantes qu’il m’ait été donné de vivre dans ma vie. Mettre la main sur la montre de mon arrière-grand-mère, Lucienne, un peu comme si elle m’avait fait un clin-d’œil d’outre-tombe.

Toutefois, en partageant cela avec la famille, j’ai été forcée de me rendre à l’évidence que pour d’autres, le moment de la réconciliation n’était définitivement pas encore venu. Et qu’à la limite, mon intérêt pour cette aïeule auréolée de souffre pouvait sembler choquant – voire irrespectueux – pour certains… Fut-elle morte il y a presque soixante-dix ans maintenant.

Aussi, une multitude de questions ne cessent de tourner en boucle dans ma tête depuis.

Jusqu’où doit-on fidélité et loyauté à sa famille ?

Pendant combien de générations devrait-on se taire et porter la croix de ceux qui nous ont précédés?

À partir de quel moment de l’histoire familiale peut-on considérer qu’on a le droit de choisir le sens qu’on a envie de donner à ce qui est aussi notre histoire.

À quel moment quitte-t’ont son rôle de personnage secondaire – ou pire, de figurant – pour devenir le personnage principal, ou même – pourquoi pas? – le héros de sa propre histoire?

Jusqu’à quand mettre sa marque sur l’histoire familiale est-il être considéré comme un sacrilège?

À partir de quel moment a-t ’on le droit d’envisager la réconciliation avec des pans peu glorieux – autrefois même honteux – de son histoire familiale sans pour autant être jugé coupable de quelques trahisons?

Et enfin, à partir de quand cesse-t’ont de se mettre littéralement à risque «d’excommunication familiale» pure et simple pour le seul crime d’avoir osé nommer par son prénom cette arrière-grand-mère. Une aïeule qui au fil du temps, me donne le sentiment d’avoir perdu sa dimension humaine pour devenir rien de moins que le symbole d’un quelconque monstre du Loch Ness à échelle humaine. Un être à qui on s’acharne toujours à refuser le bénéfice des erreurs humaines presque soixante-dix ans après sa mort. Et que l’on restreint à une étiquette unidimensionnelle.

Car puisqu’elle a abandonné ses enfants en 1929, c’est forcément une sorcière n’est-ce pas ?

Qui suis-je pour tant m’accrocher aux nuances comme dans les fleurs d’un tapis?

Qu’ais-je tant besoin de montrer autant d’empathie pour cette femme d’hier, fut-elle de mon sang?

Son cas n’a-t-il pas déjà été réglé depuis presque cent ans déjà?

Déclarée coupable à perpétuité?

La vérité telle que je la perçois aujourd’hui c’est qu’en 2020, une femme ayant abandonné ses enfants il y a presque cent ans est encore aujourd’hui considérée coupable de crime contre l’humanité. Son mari (mon arrière-grand-père) a beau lui avoir fui pour s’installer en Alberta après leur séparation – sans lui non plus se soucier des enfants – à lui on ne reprochera jamais rien. Pas plus hier qu’aujourd’hui.

Mais ça, c’est un détail anecdotique semble-t-il. Inutile de le mentionner.

Alors en attendant de trouver les réponses à ces trop nombreuses questions qui tournent en boucles en moi comme dans un carrousel fou, je continuerai de garder tout cela en moi.

Comme si je devais en avoir honte.

Mais qu’on ne s’y trompe pas !

Je les trouverai ces réponses.

Quitte, en bousculant un peu l’ordre établi, à devenir un peu moi-même sorcière…

Pas facile, l’étonnante histoire féministe de la rupture amoureuse

On l’oublie mais la rupture amoureuse, s’entend cette possibilité pour les femmes de choisir leur partenaire, de rompre lorsque une relation amoureuse ne répond plus aux besoins – à la limite, de divorcer et, ultimement, de choisir un autre partenaire – c’est extrêmement récent dans l’histoire moderne.

C’est un peu là le postulat de départ à partir duquel l’auteure Kelli Maria Korducki à écrit cet essai, « Pas facile, L’étonnante histoire féministe de la rupture amoureuse » que j’ai lu récemment.

Et, c’est un fait que d’un point de vue historique, les femmes n’ont ce « luxe » de pouvoir choisir leur partenaire que de manière excessivement récente, tout au plus le fait d’une génération derrière nous, celle de nos parents. Pour les générations précédentes, il fallait que les choses soient vraiment graves pour que l’idée du divorce puisse même être évoquée: Et encore! Il fallait alors démontrer qu’il y avait sévices (physiques et/ou psychologiques). Ou « pire »! Qu’il y ait eu adultère ou bestialité….

L’auteure s’est donc penchée sur cette thématique alors qu’elle vivait elle-même, à 28 ans, la fin d’une relation de neuf ans de vie commune avec un « bon gars ». Un homme à qui à la limite, elle n’avait rien d’autre à reprocher qu’un amour qui avait fini par s’éteindre avec le temps. Une rupture qui, paradoxalement, se déroulait au moment même où, comme il lui semblait et de façon un peu surréaliste, son entourage au complet se « passait la corde au cou ».

Inutile de dire donc que j’avais super hâte de lire ce petit essai sur une thématique qui m’intéresse particulièrement, soit les us et coutumes en matière de vie domestique à travers le temps. À preuve, toutes ces vieilles coupures de presse reflétant un code domestique et de vie qui nous semblent tellement dépassés aujourd’hui. Des coupures de presse jaunies par le temps que je m’amuse à partager ici depuis des années avec un plaisir toujours renouvelé.

Ainsi, en posant son regard d’auteure et de journaliste sur les fonctionnements législatifs et sociaux du mariage et du divorce ainsi que sur les rituels de séduction qui ont eu cours à travers le temps, Korducki nous montre à quel point, la chose est récente. Et, que pour une femme, mettre fin à une relation constitue rien de moins qu’un acte radical dont on oublie à quel point il relève presque de la révolution.

En ce qui me concerne, ça m’a ramenée au divorce, puis à l’annulation du mariage de mes parents lorsque j’étais toute jeune…. Rien de moins qu’un cataclysme sismique dans l’Abitibi des années soixante-dix! En lisant ce bouquin, j’ai réalisé à quel point ma mère avait pu être révolutionnaire pour son époque dans notre fin fond de campagne. Ceci en même temps qu’elle s’insérait dans un mouvement plus large qui, avec l’instauration aux États-Unis de la loi du « sans faute » en matière de divorce (Reagan) et la sortie du livre de Betty Friedan (La femme mytifiée) ont faire figure de ce qui a pu être vu comme une bougie d’allumage qui allait mener à l’explosion des divorces de façon finalement beaucoup plus globale en Amérique.

« Pas facile – L’Étonnante histoire féministe de la rupture amoureuse » Kelli Maria Korducki, Éditions Marchand de feuilles (2020)

Quand la pub s’excuse auprès des femmes

Parfois, sur le web, on trouve de petits bijoux.

En voici un que j’avais envie de partager ce matin. Une publicité produite au Royaume-Unis qui met de l’avant toutes ces incohérences dont les publicitaires abusent…

J’adore! Parce que non, le sang des règles n’est pas bleu comme dans les publicités de serviettes sanitaires.

Et que non, pendant mes règles, je n’ai surtout pas envie de partir faire un rodéo !

Mais bon, ça, ça n’engage que moi hein !

Pages féminines d’un autre temps… Mesdames, cessez de vous plaindre

C’était journée de la femme hier. Une belle occasion de constater que de l’eau a «au moins un peu» coulé sous les ponts depuis les années cinquante…

On peut en rire…. Ou pas!

Ici, un article de mars 1959 dans lequel l’auteur considère qu’avec l’arrivée des électroménagers, les femmes auraient bien tort de se plaindre…

Allez gang de fainéantes ! Retournez à vos magazines!

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Vous n’avez pas le droit  de vous plaindre, mesdames!

Les femmes n’ont jamais eu la tâche si facile!

Non, les femmes n’ont plus le droit de se plaindre de cet  «horrible travail de maison qui n’en finit jamais»! Comment? Avec tous ces appareils électriques, les femmes n’ont presque plus rien à faire dans la maison! Elles auraient le droit de se plaindre si un bon matin, il y avait une panne d’électricité qui les obligerait à faire la lessive sur une planche comme nos  arrière-grands-mères, ou bien à faire prendre un feu de bois dans le jardin pour frire les œufs du déjeuner!

En 1959, il n’y a même plus de pannes d’électricité, du moins pas assez pour qu’on en parle. Si par hasard il y a une panne à l’heure du souper, croyez-vous que madame va essayer de faire cuire le repas sur un feu de bois? Pas du tout. On saute dans la bagnole familiale et on va manger au restaurant.

«Je suis morte»

Quand monsieur rentre du bureau et qu’il trouve madame étendue sur un divan, les yeux mi-clos, les traits tirés, il se demande quelle catastrophe a bien pu se produire  dans la journée. Lui qui s’est creusé les méninges toute la journée, il essaie de décrire à sa femme combien il est fatigué. Il n’a pas le temps d’entrouvrir la bouche que déjà sa tendre moitié l’interrompt d’Un air sévère et lui dit : «Toi tu n’as pas le droit d’être fatigué. Tu as passé ta journée assis derrière un bureau à donner des ordres à ta secrétaire. Mais moi, (soupir profond) moi, j’ai fait le lavage, le repassage, le nettoyage de la maison, je suis allée reconduire les enfants à l’école. Je suis morte.»

Du travail, ça?

Non, elle n’a pas le droit de dire ça! Voyons plutôt ce qui s’est vraiment passé. Après le départ de son mari, madame est allée reconduire en auto les enfants à l’école qui  est à deux rues de là.

Elle est ensuite rentrée à la maison, ou elle a siroté une bonne tasse de café bien étendue sur le divan en lisant les journaux du matin. À 9 heures 30, elle a téléphoné à sa mère. À 10 heures 30, elle a pris la boîte à linge sale, l’a vidée dans la lessiveuse automatique et est allée téléphoner à une de ses amies. À 11 heures, elle a sorti le linge de la lessiveuse et l’a jeté dans la sécheuse. Pendant que le linge séchait, elle a écouté ses romans-savon favoris. À midi, les enfants sont rentrés. Madame a ouvert une soupe en boîte, a sorti un dîner congelé du réfrigérateur, a coupé quelques morceaux de gâteau que le boulanger lui avait laissé le matin et a renvoyé les enfants à l’école, à pied cette fois.

La pire corvée

À 1 heure, madame a commencé le repassage, avec la repasseuse électrique naturellement. Comme presque toutes les choses au lavage étaient faites de tissus qui ne requièrent aucun repassage, l’opération lui a pris en tout dix minutes. Après une autre tasse de café grandement méritée, un court téléphone à une amie, madame a sorti l’aspirateur pour nettoyer le tapis du salon. Elle n’a pas eu à soulever tous les bibelots de la maison pour faire un époussetage à fond, car la femme de ménage l’avait fait la veille.

Quand le salon a été bien propre, madame s’est dirigée vers la salle de bain. Évidemment le bain avait un cerne grisâtre car monsieur s’en était servi le dernier («ah celui-là, il ne pourrait pas faire une petite chose aussi simple que de nettoyer le bain qu’il il s’en sert! C’est moi qui suis obligée de tout faire ici. Je ne suis pas une esclave après tout! Ah si sa mère ne l’avait pas tant gâté») Le nettoyage du bain fut vraiment la besogne la plus éreintante de la journée de madame, car, même à l’âge des spoutniks, on n’a pas encore inventé  une machine qui laverait la baignoire sans casser les reins de la pauvre maîtresse de maison.

Bla…bla…bla…

Le bain ayant repris sa blancheur originale, madame se dirige d’un pas affaibli vers le divan du salon. Elle commença à feuilleter une revue, jeta un coup d’œil inquisiteur autour d’elle et décida que le salon avait vraiment besoin d’être rafraîchi. Elle inscrivit sur le bloc-notes à côté du téléphone : «Appeler la décoratrice d’intérieur demain matin.» Puis Mme Laframbroise téléphona pour demander si la partie de bridge allait toujours avoir lieu le lendemain après-midi. Oui, chez Mariette. «Tu as remarqué comme le tapis du salon est vieux? Tu sais que son mari a fait de grosses dettes. Le gouvernement a étudié ses rapports d’impôt. Il faut que je commence à préparer le souper… La parade de mode l’autre jour…. Ces adorables petits chapeaux… C’est ça, nous irons magasiner demain avant le bridge…Bla…bla…bla…

Souper éclair

4 heures 30. Les enfants rentrent de l’école et s’engouffrent aussitôt dans la cave pour regarder leurs programmes de télévision. Madame se dirige vers la cuisine, met un rosbif dans une casserole, règle le fourneau à la chaleur voulue et presse un bouton. Une heure et demie plus tard, une sonnette annoncera que tout est prêt. Elle n’a que le temps de retourner vers le divan. On entend la porte d’en avant se refermer doucement. Monsieur, les épaules voûtées d’avoir passé une demi-heure debout dans l’autobus fait son entrée. Il entrouvre la bouche pour faire le récit de sa terrible journée, mais madame l’interrompt d’un air sévère. «Je suis morte, Hector, tout simplement morte».

Morte de quoi, je vous le demande? Quand on pense que cette jeune femme a eu ne grand-mère qui se levait à l’aube, faisait le déjeuner de toute la famille sur un poêle à bois qu’elle devait allumer elle-même, faisait chauffer d’immenses chaudrons plein d’eau pour faire la lessive à la main, repassait ensuite avec de lourds fers.

Énervant

Il arrive quand même que les maitresses de maison, modèle 1959, fassent des dépressions nerveuses. Un médecin américain, le docteur Rober L. Faucett, de la fameuse clinique Mayor, en a donné la raison : le travail de maison est très énervant et compliqué.  Les femmes modernes travaillent sous pression. Essaient-elles de se plaindre? Le mari se moque d’elles car il lui est impossible de comprendre que sa femme est fatiguée alors que tout le travail de maison se fait automatiquement. Il devrait comprendre que, presser un bouton, il n’y a rien de pire pour les nerfs!

(Le Petit journal, 8 mars 1959)

Pages féminines d’un autre temps…Femmes apprenez à vous défendre contre les misères inhérentes à votre sexe

Qui a dit qu’il était simple d’être femme?

Si on en croit ces vieilles publicités des années 30, naître femme c’était l’assurance de la décrépitude annoncée…

Mais O miracle ! Il y avait une pilule pour tous nos problèmes, quels qu’ils soient !

Garçon! Qu’on m’en amène une caisse!

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Femmes apprenez à vous défendre contre les misères psychologiques, les douleurs, les faiblesses inhérentes à votre sexe

Ce sont ces troubles qui amènent la décrépitude de la vieillesse et qui rendent l’existence insupportable. Ne négligez pas les premiers symptômes qui vous avertissent que vos organes sont endommagés, déplacés, détraqués, mais recourez immédiatement aux pilules FEMOL, le remède qui agit directement sur ces organes, qui les décongestionne, les répare, les renforcit.

Sous l’action bienfaisante de ce remède éprouvé, les fonctions se régularisent et les symptômes disparaissent graduellement en même temps que la maladie elle-même.

Les pilules FEMOL sont spécialement recommandées aux jeunes filles, elles leur facilitent des transitions souvent pénibles, parfois redoutables. Pour les jeunes femmes et les jeunes mères, elles sont d’une utilité incontestable dans les cas de grossesse ou les organes déjà affaiblis ou endommagés exigent un remède efficace.

Chez les femmes parvenues à un âge critique, elles suppriment les malaises qui sont le cortège habituel de cette difficile période. Elles sont le remède de toutes les femmes qu’elles manquent rarement de soulager.

Les pilules FEMOL se vendent dans toutes les pharmacies. Exigez-les.

(Le Petit Journal, 31 janvier 1937, page 41)

Cachez ce sexe qu’on ne saurait voir

La moitié du monde se conjugue au féminin.

Avec cette phrase, on pourrait m’accuser de faire dans la facilité en écrivant ce qui s’apparente à une banale évidence.

Et pourtant…

En début de semaine, je suis tombée sur un article de L’Express (mais aussi sur un article du Nouvel Observateur) qui racontait qu’en France, une pétition appelait actuellement à censurer une publicité. Dans celle-ci, présentée par Nana, une compagnie de protections sanitaires, on y présente la vulve des femmes à travers différentes symboliques allant notamment du coquillage à l’abricot…

Et O Horreur! Le sang menstruel y est présenté en rouge, plutôt que dans sa représentation bleue habituelle (non mais ils sont allés chercher ça ou eux? Du sang menstruel bleu!)

Bref! Rien pour écrire à sa mère aurais-je envie de dire !

Que Neni! Car la chose à vraisemblablement semblée si scandaleuse et choquante aux yeux de certains qu’une pétition a été mise en ligne pour exiger le retrait de la fameuse pub.

La raison invoquée par les signataires de la pétition en question? « Cette pub montre une image dégradante sur l’intimité de la femme. »

Tu-Me-Niaises ?

En regardant tout ce qui est de nos jours accessible sur internet, l’hyper-sexualisation dans laquelle baignent les jeunes femmes aujourd’hui, la pornographie qu’on retrouve partout, et la culture du viol qui imprègne les séries télé, j’aurais envie de dire, quant à moi, qu’un abricot pour figurer un vagin, c’est clairement de la bleuette sentimentale au rabais. Non mais vraiment! Le genre de symbolique qu’on aurait pu nous présenter dans les années cinquante.

Mais visiblement, même en 2019, la vérité c’est que le féminin c’est tabou. La sexualité issue du regard des hommes (pornographie, culture du viol, etc), c’est Ok. Des pénis partout, même de façon non sollicitée dans nos boîtes mails, personne d’autre que nous pour s’en offusquer. Mais le féminin banalement terre à terre ? Par exemple ce vagin dont la moitié de l’humanité est dotée ? Ou encore, les menstruations, ce rappel mensuel de notre condition d’humaine?

Mon Dieu, tous aux abris ! La fin de la civilisation nous menace!

Le pire, c’est que ce genre de situation, ce n’est pas la première fois qu’on y assiste. En 2017, une publicité de l’entreprise Libra pour des serviettes sanitaires avait elle aussi suscité une marée de plaintes (autour de 600), en Australie. 600, ça peut sembler peu dans un marché comme l’Australie. Mais, dans les faits, ce cas a constitué un record de plaintes cette année-là, bien au dessus des 244 protestations qui avaient été émises suite à la diffusion de la bande-annonce…d’un film d’horreur (Us, de Jordan Peele).

On raconte cette histoire australienne dans ce vieil article du journal Le Monde.

La vérité c’est que tout ce tollé face au corps féminin, ça me donne à moi cette impression de me retrouver dans une cour d’école. Ce lieu ou on ne s’étonne pas de voir des enfants de cinq, six ans s’émouvoir d’entendre le mot « pénis » qui à l’image des « pipi » et « caca » semble leur apparaître comme le comble de l’indicible.

Mais pour des adultes majeurs et vaccinés ? Un peu « Too Much » non ?

Une seule question me vient en tête à moi.

Est-il possible de grandir, au moins un peu, en tant que société ?

Ne me répondez surtout pas !

La réponse pourrait bien m’achever!

La fin du débat

Nous sommes loin de la révélation du siècle n’est-ce pas ? En ce moment au Canada, nous sommes actuellement en pleine campagne électorale, des élections fédérales devant se tenir dans quelques semaines.

Aussi, j’écoutais il y a quelques jours par brides le débat qui s’est tenu à la télé entre les aspirants Premier Ministre, et je me suis faite une réflexion. Celle qu’il m’apparaissait comme presque obscène qu’en 2019, alors qu’on a bien d’autres chats à fouetter (l’environnement et le réchauffement climatique parmi bien d’autres dossiers tout aussi chauds) on en soit encore à parler de ça.

Et j’ai nommé, l’avortement.

C’est moi ou bien c’est presque insultant qu’en 2019, la question de l’avortement soit encore entre les mains de décideurs hommes ? Quatre grands gaillards qui on consacré rien de moins que presque le quart de la tribune télévisuelle qui leur était octroyée pour répondre à une seule et même question posée des dizaines de fois, sur tous les tons et de toutes les façons. Êtes-vous pour ou contre l’avortement ? Pensez-vous que les femmes doivent pouvoir décider de leur corps? Et, advenant que vous soyez élus, allez-vous ré-ouvrir le dossier de la criminalisation de l’avortement?

C’est moi ou bien on a l’impression d’être tombés dans un genre de «Back to the future» dans lequel, par un quelconque phénomène de brèche spatio temporelle, nous ne serions plus en 2019, mais plutôt retournés des décennies en arrière?

Vraiment, on se serait crus revenus aux années cinquante!

Et pourtant, ce ne sont pas les dossiers d’intérêt qui manquent. L’environnement, le réchauffement climatique, le débat sur la mort dans la dignité, les écoles qui souffrent de sous-financement chronique, les soins de santé auxquels il semble parfois plus difficile d’accéder qu’au sommet de l’Everest lui-même… Pour ne nommer que ceux-ci.

Vraiment! Qu’on nous laisse tranquilles avec cette menace constante de venir gérer nos corps! Un «espace» que les hommes politiques ont la trop fâcheuse tendance de considérer comme un territoire sous leur gouvernance…

Personnellement, je trouve affreusement pathétique que les hommes politiques s’acharnent encore à s’enfarger dans la question de l’avortement, honteusement en décalage avec notre époque.

Ce «débat qui ne devrait pas en être un», ça me ramène moi-même au début de mes vingts ans. Un nouvel amoureux, un manque de vigilance, le fait d’être un peu inconsciente comme on l’est souvent à cet âge et voilà, je me suis retrouvée enceinte. Une discussion avec le gars concerné m’a emmenée, dans le temps de le dire, à me dire que ce lien-là avec cette personne-là, ce n’était pas ce que je voulais. Que ce n’était pas le bon moment, ni même le père que je souhaitais pour mes enfants. Et qu’à la limite, le temps d’un clignement d’oeil, pour un simple moment d’égarement, je m’enlignais sur la même route que ma mère: celle de me retrouver trop jeune avec des enfants et prisonnière d’une relation qui n’aurait jamais du se nouer. Parce qu’on le sait n’est-ce pas ? Le père de son ou de ses enfants, on y est liées pour la vie. Qu’on qu’il advienne.

Et cela, même à vingts ans, je le savais.

Honnêtement, je n’ai jamais regretté cette décision et cela, même si c’est bien évident que je ne connais pas une femme qui se dise un beau matin « oui, moi dans ma vie, j’aimerais bien ça vivre un avortement ». La vérité c’est qu’un jour, en fonction de circonstances particulières et pour mille et une raisons qui n’appartiennent qu’à toi – et dans lesquelles, clairement, le politique n’a rien à voir! – tu en viens à la conclusion que c’est ce qui s’impose.

Inutile de dire donc que quand j’entends dans une campagne électorale que le sujet de l’heure de ceux qui ne sauront jamais de quoi on parle quand on parle d’avortement se trouve justement l’avortement, j’avoue que ça laisse perplexe.

Et on se demande après cela pourquoi le citoyen moyen se désintéresse tellement du politique… Le niveau de confiance moyen envers les gouvernement s’étiolant de jour en jour. Pour ma part, je rêve du jour ou l’avortement ne sera même plus un sujet tant ça relèvera de l’évidence que ça ne concerne personne d’autre que la personne concernée.

Mais bon, je dis ça, je dis rien !

Mais mon Dieu qu’elle avait raison elle !

«N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.» (Simone de Beauvoir)

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