Les mots des autres…Le moins fiable de tous les narrateurs

«La vie en soi est le moins fiable de tous les narrateurs. Personne ne sait où va aboutir son histoire ni qui seront les héros qui en feront partie. J’ignore à qui appartient l’histoire que j’ai racontée. Je ne sais pas si c’est la mienne ou celle d’un personnage qu’il me reste à rencontrer.

Je ne suis certaine de rien.

Tout ce que je sais c’est qu’à tout moment la vie peut me surprendre. Elle va me faire tomber à genoux.

Et quand elle le fera, je vais devoir me rappeler que je suis mon père. Et aussi le père de mon père. Que je suis ma mère. Et la mère de ma mère.

Et même s’il est facile de s’apitoyer sur les tragédies qui nous frappent dans nos vies, s’il est naturel d’avoir du mal à voir autre chose que les moments pénibles qui nous font tomber à genoux, nous devons nous rappeler que si nous nous relevons et si nous faisons avancer notre histoire encore un peu, nous trouverons la chose la plus importante entre toutes.

Parce qu’au bout du chemin, il y a l’amour»

(Le film «La vie en soi» (VO Life Itself)

Les mots des autres…Mary MacLane et le bonheur

Ce qui me fascine avec les livres, c’est cet itinéraire indescriptible et un peu mystérieux qui semble se dessiner au fil de nos lectures. Un livre semblant nous conduire vers le le suivant. Un peu comme un programme littéraire qui nous serait personnellement destiné…

Alors que je suis plongée ces temps-ci dans «Les constellées» de l’auteur Daniel Grenier qui propose rien de moins que de parcourir le monde littéraire féminin depuis des siècles (je vous en reparle très bientôt), j’ai découvert par la même occasion celle qui m’apparaît un peu comme un météorite, Mary Maclane. Une auteure canadienne très peu connue vers l’oeuvre de qui j’ai eu envie de faire un détour.

Je partage ici ce que je considère comme l’un des plus beaux passages de son livre (Que le diable m’emporte, publié en 1902).

Elle avait tout juste dix- neuf ans.

D’elle je vous reparle dans mon prochain billet.

***

«Le monde se compose principalement de néant. Vous pourriez bien parvenir à cette certitude, par un jour de vent glacial qui aura balayé vos illusions.

Qu’est-ce que le vent?

Néant.

Qu’est-ce que le ciel?

Néant.

Que savons-nous?

Néant.

Qu’est-ce que la gloire?

Néant.

Qu’est-ce que mon cœur?

Néant.

Qu’est-ce que mon âme?

Néant.

Que sommes-nous?

Néant.

Nous sommes convaincus d’avoir accomplis des progrès merveilleux en arts et en sciences au cours des siècles. Quelle est la valeur de tout cela? Ça ne nous apprend pas le pourquoi de toute chose. Ça ne nous empêche pas de nous poser les éternelles questions: que faisons-nous? Ou allons-nous? Ça ne nous apprend pas pourquoi les prairies anciennes, si anciennes, reverdissent à chaque printemps; pourquoi les douces collines de Gilead dan les Hautes Terres luisent doucement après la pluie; pourquoi la poitrine du rouge-gorge ne manque jamais de se couvrir de rouge, et la corneille de noir, le roitelet de gris; pourquoi nous sommes entourés de sable stérile; pourquoi les nuages flottent au-dessus de nous; pourquoi la lune rejoint le ciel, chaque nuit, sans exception; pourquoi les montagnes et les vallées survivent aux années qui passent.

Les arts et les sciences continuent, sans cesse – mais cela ne nous empêche pas de nous poser toutes ces questions. Nos larmes ne se sont toujours pas taries. Nous continuons à souffrir en 1902, comme nos ancêtres ont souffert en 1802 et en 802.

De nos jours, nous mangeons nos bons dîners avec des fourchettes.

Il y a mille ans, les fourchettes n’existaient pas.

Et pourtant, malgré nos fourchettes, nous n’avons pas trouvé le bonheur. Nous poussons des cris, nous donnons des coups de pied, nous battons, nous pleurons, tout comme nos ancêtres le faisaient, il y a mille ans – à l’époque ou les fourchettes n’existaient pas. (…)

Et, au milieu de toutes ces énigmes, nous nous demandons pourquoi certains d’entre nous ont le don de croire sans poser de questions, pendant que les autres se torturent en interrogations.»

(- Mary MacLane, «Que le diable m’emporte» 1902)

Les mots des autres…Mona Chollet

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«J’ai vécu moi aussi immergée dans un monde ou il n’y avait rien de plus réel, rien de plus digne d’intérêt que les livres et l’écriture. Peut-être nos parents nous communiquent-ils parfois des passions si violentes qu’elles ne laissent de la place pour rien d’autre – surtout quand eux-mêmes n’ont pas pu s’y adonner comme ils l’auraient voulu. Peut-être y a-t-il des besoins de réparation qui ne souffrent pas de demi-mesure; qui exigent que l’on trace une clairière dans la forêt des générations et que l’on s’y établisse, en oubliant le reste.»

(Mona Chollet, Sorcières, la puissance invaincue des femmes, p.115)

Les mots des autres…Annie Ernaux

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«En ce moment même, dans les rues, les open spaces, le métro, les amphis, des millions de romans s’écrivent dans les têtes, chapitre après chapitre, effacés, repris et qui meurent tous, d’être réalisés ou de ne pas l’être.»

(- Annie Ernaux, Mémoire de fille)

Les mots des autres….Chloé Holling

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Parfois, en feuilletant les vieux journaux, j’ai l’impression que c’est là la meilleure façon que j’ai pu trouver pour tenter de me rassurer. Un peu comme si j’espérais ainsi trouver le début d’une preuve que la société évolue. Et qu’aujourd’hui, nous les femmes en particulier, tout autant que l’espèce humaine dans son ensemble, nous avons, au moins un peu, appris. Et, du moins il m’arrive de le penser, gagné au change… Bien loin des corsets qui enserraient nos grands-mères en leur temps.

Mais la vérité, n’est-ce pas que l’humanité tourne en rond sur elle-même?

On se le demande !

Continuer la lecture de « Les mots des autres….Chloé Holling »

Les mots des autres…De l’art de remplir le vide avec de la peinture ou avec des mots

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«Je crois que c’est ça, un artiste. Je crois que c’est quelqu’un qui a son corps ici et son âme la-bas, et qui cherche à remplir l’espace entre les deux en y jetant de la peinture, de l’encre ou même du silence.

Dans ce sens, artistes nous le sommes tous, exerçant le même art de vivre avec plus ou moins de talent, je précise: avec plus ou moins d’amour

(- Christian Bobin, «L’épuisement»)

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