Lettres à mes petits-enfants, David Suzuki

Même si j’ai récemment peu écrit, je suis assez fière d’avoir poursuivi jusqu’à maintenant ce défi lecture que je m’étais donné en débutant l’année. Soit de lire encore plus que l’année dernière. L’évidence c’est que j’ai de nombreux coups de coeurs de mes pérégrinations littéraires à vous partager. Dont celui-ci dont j’étais vraiment impatiente de vous parler.

Comme vous sans doute, je connaissais peu David Suzuki, autrement qu’en tant que célèbre écologiste canadien. Mais j’ignorais tout de son fabuleux parcours avant de me plonger dans « Lettres à mes petits-enfants« . Un livre datant de quelques années et dans lequel l’auteur partageait son histoire sous formes de lettres adressées à ses petits-enfants, de façon intime et personnelle.

« Mes petits-enfants chéris, Je vous écris à vous, Tamo, Midori et Jonathan, comme aux adultes que vous êtes aujourd’hui, et à vous, Ganhi, Tiis et Ryo, comme aux enfants ou aux jeunes adultes que vous serez lorsque vous lirez cette lettre. Merci, tout d’abord, de faire partie de ma vie. […] Les événements de ma vie que je m’apprête à vous raconter auront à vos yeux l’air d’être tout droit sortis de livres d’histoire : vous ne connaissez ce que renferme ma mémoire que par des manuels, des films et des vidéos. »

(Page 15)

À travers ses textes, Suzuki, en plus de raconter l’histoire de sa famille immigrante japonnaise, invite ses petits-enfants – et le lecteur du même coup! – à imaginer l’avenir, à exprimer leurs idéaux et convictions. Mais il aborde surtout de nombreux thèmes hyper actuels. Le vieillissement, la mort, l’état du monde et l’avenir de notre planète, le racisme, l’importance des racines. Mais surtout, il parle de l’importance d’avoir des héros et des objectifs, au delà de la gloire.

J’avoue que j’ai vraiment beaucoup aimé ce livre qui ramène tellement aux vrais choses de la vie en ces temps incertains ou personne ne sait de quoi demain sera fait. Et, même si le livre a été écrit en 2015, il demeure d’une grande pertinence. Surtout quand l’auteur aborde par exemple le sujet de la gloire et de la célébrité en notre ère de médias sociaux. Ceci alors que « ce qui nous intéresse et nous titille peut disparaître de notre radar en quelques heures, voire en quelques minutes ». (page 86) Alors qu’est-ce qu’être célèbre? s’interroge t’il. Alors que certains ne sont célèbres qu’en raison de leur célébrité justement. Mais surtout, lorsqu’il s’interroge sur l’état du monde et sur le réchauffement climatique, des sujets d’une actualité cruciale en ces temps de pandémie et d’instabilité politique…

Et vous, vous l’avez lu? Qu’en avez-vous pensé?

Toucher la terre ferme, Julia Kerninon

La maternité, c’est sans doute l’un des sujets le plus universel qui soit dans la littérature au féminin je pense. Et dans ce tout petit bouquin, «Toucher la terre ferme» de l’autrice Julia Kerninon que je viens tout juste de terminer, c’est ici jumelé à cet autre questionnement tout aussi existentiel des femmes artistes: comment arriver à faire coexister les statuts de mère et d’artiste.

Un soir de novembre, l’autrice devenue mère sans l’avoir vraiment cherché (ce n’était pas tant dans son plan de vie, tel qu’on le comprend en cours de lecture) se retrouve en pyjama dans le stationnement de l’hôpital où elle vient d’accoucher de son premier enfant. Car malgré le bonheur qui vient avec la naissance, il y a aussi les doutes. Et aussi, cette envie de fuir qui lui traverse l’esprit.

Et c’est justement ce que j’ai apprécié pour ma part le plus de ce tout petit livre qui se lit d’une traite. Le fait que d’une part, ce texte je l’ai reçu dans ma condition de femme et de mère. Mais aussi un peu de femme qui essaie d’écrire et qui me suis souvent sentie un peu dépossédée de moi-même face à la maternité qui du jour au lendemain, envahie toutes les sphères de notre vie. Et ce serait un euphémisme de dire qu’on ne peut probablement jamais être préparée à ça. Ce sentiment de contraintes, de ne pas être certaine d’être à la hauteur, de la fatigue continuelle qui vous écrase. De ne plus savoir surtout comment concilier cette part de soi qui face à la maternité, semble destinée à passer dorénavent en second. Si ce n’est d’être carrément annihilée…

Et dans son livre, c’est justement ce trou noir un peu tabou et dont on parle peu que l’autrice évoque si bien et avec tellement de justesse.

«J’étais à bout de forces et je ne le savais pas. À trente-deux ans, j’avais un enfant d’un an et demi. J’essayais d’être une mère, je ne savais pas par où commencer, la maternité était un cercle de feu dans lequel je ne parvenais pas à me tenir. J’avais fait semblant. J’avais prétendu que tout allait bien, mais je sentais la tempête se lever. Il m’avait fallu tout ce temps pour me mettre à pleurer, et maintenant je n’arrivais plus à m’arrêter

(page 9)

La société et la culture nous présentent tellement une image idéalisée de la maternité que j’ai moi-même compris au fil des années qu’en devenant mère, c’était presque inévitable, quasi couru d’avance qu’on se sente inadéquate à certains moments. Parce que d’un coup, la réalité nous frappe en plein visage et nous rentre dans le corps, au propre comme au figuré, avec une force qu’on aurait pas imaginée possible.

«Des années après, je continue de me demander pourquoi mon corps, qui ne m’avait toujours servi qu’à m’asseoir devant une table de travail ou à faire l’amour, s’est montré si capable une nuit de novembre et une nuit de mai. Quand un homme me confie qu’il a eu un enfant, lui aussi, je pense en silence, Mon ami, soyons sérieux. J’étais sur le proscenium, en habits de feu et tu louais un fauteuil d’orchestre. Tu n’as pas la moindre idée. J’ai envie de lui parler du sang, de la cinante, osseuse, de la morsure des points qui cicatrisent, des seins meurtris, de la pression suffocante des montées de lait, de cette impression d’avoir été fendue en deux par une hache, écartelée en étoile, points cardinaux, rose des sables. Aujourd’hui, je lève le front haut quand on m’appelle Madame Kerninon. Je suis devenue cette femme-là.»

(Page 65)

Vraiment, j’ai été très touchée par ce récit intime et qui sans détours, parle des vrais choses. La réalité de la maternité étant bien loin des clichés idéalisés que la société nous transmets. Et dont j’en ai la certitude, on ne parlera jamais assez.

Merci à Annika Parance pour l’envoi gracieux de ce livre que j’ai vraiment beaucoup apprécié. Et qui ne pouvait mieux tomber en ce 8 mars, journée de la femme!

«Toucher la terre ferme», Julia Kerninon, Annika Parance Éditeur (2022)

Le chaos ne produit pas de chefs-d’oeuvre, Julia Kerninon

Ces dernières semaines, l’un des derniers livres a avoir trôné sur ma table de chevet livresque est celui de l’autrice Julia Kerninon portant sur le travail des écrivains, «Le chaos ne produit pas de chefs-d’oeuvre – Les écrivains, le travail et la légence» que j’ai lu avec bonheur.

Dans ce petit bouquin, l’autrice s’est penchée sur la question de savoir comment les grands écrivaient le devenaient, comment ils pouvaient occuper toutes leurs journées. Et surtout, ce qu’il en était de cette idée préconçue qu’on a d’eux à l’effet que pour ces dieux de la littérature, l’acte d’écrire soit quelque chose de facile.

«Dans les films, les écrivains sont presque toujours représentés de la même façon – assis à un bureau, écrivant à toute allure ou bien jetant l’une après l’autre des boules de papier froissé dans une corbeille. L’image est canonique, reconnaissable, puissante au point de se soustraire à notre raison – car enfin, qui pourrait croire que les livres sont réellement écrits ainsi? Qui, tenant dans ses mains Guerre et paix, La tache ou La Métamorphose pourrait penser que Léon Tolstoï, Philip Roth ou Franz Kafka sont simplement entrés en trombe dans une chambre de bonne, un verre d’alcool fort à la main, et ont tapé sur leur clavier sans s’arrêter jusqu’à l’aube, et qu’un matin ils avaient un livre?»

(Page, 15)

Et c’est justement cette image qu’on a en tête lorsqu’on pense à de grands écrivains tels John Steinbeck, William Faulkner et Ernest Hemingway. Une image, comme le démontre Kerninon, que ces écrivains ont un peu contribué à forger à travers les entretiens qu’ils ont donné au fil du temps. Car souvent, «invités à s’exprimer sur leur métier au travers d’entretiens littéraires, les écrivains ont tendance à s’inventer une identité, un parcours, parfois bien éloignés de la réalité…Délibérément, ils tâchent tous de se rapprocher d’une image préexistante et légendaire, qui les légitimeraient

J’avoue que j’ai personnellement beaucoup aimé voir à travers les parcours de trois cas précis – soit ceux de Steinbeck, Faulkner et Hemingway – le revers de cette image un peu idyllique mais certainement faussée qu’on a du destin des écrivains. Ces êtres un peu mythiques qu’on imagine facilement décider de s’assoir une après-midi pour écrire un chef-d’oeuvre en quelques heures. Une expérience que certains d’entre eux auront pourtant passé le reste de leur vie à tenter de répéter, en vain. Ou au prix de leur santé mentale. Parce que clairement, le succès ça crée forcément des attentes de la part des lecteurs pour les livres suivants.

Bref, j’ai vraiment beaucoup aimé cette réflexion de Julia Kerninon sur le travail de l’écrivain. Un travail qui loin du fantasme qu’il suscite, relève tellement plus d’un travail sans relâche, trop souvent dans la plus grande des solitudes.

En cours de lecture, je me suis demandé s’il n’y avait pas aussi un peu de l’effet d’un certain hasard sur ces grands succès littéraires. Dans le fait par exemple d’arriver avec son livre au bon moment socialement. Ou d’apporter d’une certaine façon avec son livre, une forme de réponse aux questionnements sociaux du temps. Je n’ai pas trouvé la réponse.

«Le chaos ne produit pas de chefs-d’oeuvre – Les écrivains, le travail et la légende», Julia Kerninon, Puf, mars 2020

Les grandes oubliées, Titiou Lecoq

On le dit depuis longtemps, la lecture – et la littérature de façon générale – est rien de moins qu’un refuge. Un refuge dont j’ai abondamment fait usage en 2021.

Car si j’étais assez fière en 2020 d’avoir engouffré vingt-six livres au cours de l’année, je m’étais donné ce défi d’en lire encore plus en 2021. Et pari réussi puisque ma consommation de bouquins à atteint trente-trois livres lus en 2021. Des essais («Disparaître de soi» de David Le Breton), des enquêtes («Le mensonge du siècle, l’affaire Aurore Gagnon» de Daniel Proulx), des écrits féministes («Pompières et pyromanes» de Martine Delvaux, «La femme mystifiée» de Betty Friedman, «Une guerre mondiale contre les femmes» de Silvia Federici»); des collectifs d’auteurs sur des sujets variés («11 brefs essais sur la beauté» de Marilyse Hamelin, «Maganées» sur la fatigue des femmes vue par de nombreuses autrices, «Ce qu’un jeune mari devrait savoir» sur le modèle des anciens conseils dont on abreuvait nos grands-mères)…. Bref! Mes lectures de 2021 ont tiré dans tous les sens.

Mais l’un des livres qui m’a le plus interpellé cette année, c’est sans doute celui publié récemment par la journaliste blogueuse française Titiou Locoq, «Les grandes oubliées, Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes» Un livre qu’à mon avis, on devrait intégrer au programme scolaire de tous les adolescents du monde.

Dans ce livre, l’auteure part d’office du constat que nous les filles, les femmes, on a été élevées avec cette idée que le monde avait été fait par les hommes. La découverte de l’Amérique? Christophe Colomb. Les grands rois? Des hommes? Les grands conquérants et inventeurs ? Des hommes toujours. Après eux, le déluge n’est-ce pas ! Parce que les femmes, selon ce qu’on nous enseigne, elles étaient tout juste des personnages secondaires. Sinon carrément des figurantes qu’on s’est empressé d’effacé de l’Histoire.

Toutefois, l’autrice nous montre dans son livre à quel point ce postulat du rôle rien de moins qu’insignifiant des femmes dans l’Histoire du monde est probablement l’un des plus grands mensonges qu’on ne nous ait jamais  raconté. Parce que, en vérité, les femmes, à chaque époque depuis la nuit  des temps ont elles aussi agi, dirigé, créé, gouverné. Mais d’une façon choquante, on les a effacées des manuels d’Histoire. Ce qui fait qu’en tant que femmes ont se retrouve, encore aujourd’hui, avec si peu de mod`èles pour nous inspirer. À preuve peut être, ces listes annuelles des auteurs les plus lus dans le monde qui sont presque quasi exclusivement au masculin encore aujourd’hui.

«Ceux qui pensent que changer les programmes scolaires est encore une lubie de féministes hystériques, ceux-là ne se sont jamais demandé ce que signifie de grandir avec une histoire dont nos semblables sont exclues. Qu’est-ce que, petite fille, on perçoit quand on ne nous raconte que l’histoire des hommes ? »

Mais la vérité, quand on gratte un peu le vernis de l’Histoire, c’est qu’on découvre qu’au fil du temps, il y a eu des femmes chevaleresses, des jongleresses, des bâtisseuses de Cathédrales, des autrices dont des hommes se sont appropriés l’œuvre, de grandes reines aussi. Bref! Que le masculin ne l’a vraiment pas toujours par nature emporté sur le féminin. Et c’est ainsi que l’effacement des femmes. Et que de boniments ne nous a t’on pas raconté pour nous convaincre que notre peu de place dans l’Histoire était le fait d’une «évidence». Celle qu’on avait, nous les femmes, seulement été trop occupées à enfanter et élever les grands hommes, mais aussi bien sûr, dans nos cuisines à préparer le ragoût familial et à faire le ménage.

«Pourquoi a-t-on l’impression qu’introduire les femmes en histoire serait une décision politique alors que c’est les avoir exclues qui était réellement politique ? Un travail d’homme qui reconduit la domination masculine passe rarement pour militant et ne s’affirme quasi jamais comme tel. Le discours dominant et officiel parait neutre. Il ne l’est pas. Mais il parvient, par sa position majoritaire, à faire reconnaître ses choix pour de l’objectivité.
Pourtant, on peut se demander comment le fait d’exclure la moitié de la population française des livres d’histoire peut être une preuve d’objectivité. N’est-ce pas l’inverse ?
»

La vérité c’est que l’autrice a fait un travail de fou avec ce livre, en grattant les sources et en faisant appel surtout à de nombreux spécialistes et historiens de toutes les époques. Car même si elle y porte un regard de française, je pense pour ma part que c’est une réalité qui touche littéralement la moitié de l’humanité, pas que la moitié de la société française!

J’ai pour ma part adoré le ton qui loin de l’essai trop sérieux malgré la lourdeur du sujet, m’a donné le sentiment de lire une amie. Un livre rempli d’humour comme dans tous les livres de Titiou Lecoq ainsi que dans ses chroniques publiées sur Slate que je ne manque jamais de lire semaine après semaine tant ils mettent chaque fois le doigts sur quelques vérités féminines et qui trop souvent, peuvent sembler inavouables.

Un livre, vraiment, que toutes les femmes et adolescentes devraient lire au moins une fois dans leur vie. Parce que la vérité c’est qu’aujourd’hui encore, on tente de nous effacer. En Afghanistan par exemple ou je lisais la semaine dernière que les Talibans leurs interdisaient de voyager sans la présence d’un homme. Mais aussi dans nos arbres généalogiques qu’on continue encore aujourd’hui de nous vendre au masculin… Mais ça, je garde ça pour un autre billet. Car ce symbole ultime d’effacement des femmes qu’est le principe des arbres généalogiques, ça m’a donné envie d’explorer de ce côté. Et ce que j’y ai découvert m’a donné à voir un monde que je n’aurais jamais imaginé.

Vous avez lu ce livre de Titiou Lecoq? Je suis curieuse de savoir ce que vous en avez pensé. Pour ma part, gros coup de cœur livresque de 2021!

Rien de moins!

Entre toutes les mères, Ashley Audrain

J’ai sans aucun doute très peu écrit au cours de la derni`ère année. Mais une chose est certaine! C’est que j’ai beaucoup lu!

Et, «Entre toutes les mères» de l’auteure Ashley Audrain, c’est sans doute le livre le plus perturbant que j’aie lu depuis fort longtemps.

Ce que ça raconte? L’histoire d’une femme, Blythe Connor qui au moment ou elle devient enceinte, n’a qu’un souhait. Celui de ne pas reproduire ce qu’elle a elle-même vécu avec sa mère. Aussi, lorsque sa fille Violet vient au monde, elle se dit qu’elle lui donnera tout l’amour qu’elle mérite.

Mais voilà! Il faut vraiment avoir déjà eu des enfants pour savoir qu’entre l’idée fantasmée que l’on se fait de la maternité avant de la vivre, et la réalité après, il y a tout un monde. Parce que véritablement, la maternité c’est l’équivalent d’un sac à surprises. On ne sait pas plus comment elle se déroulera que quel genre de mère on sera… avant de l’être.

Et je peux le certifier, il n’y a pas de meilleur révélateur de tout cela que les nuits sans sommeil, l’inquiétude qui devient soudainement comme votre ombre et enfin, ce sentiment vite acquis qu’il n’y a pas deux enfants pareils.

Et dans ce livre, c’est justement ce que j’ai trouvé si fascinant. Avec quelle justesse l’auteure a su dépeindre les émotions contradictoires ressentie par cette mère face à un enfant qui finalement, n’est pas celui qu’elle avait imaginé. Car Violet est un bébé difficile qui ne souris jamais. Très vite, la mère se demande ce qui cloche, ce qu’elle fait mal, si le problème c’est sa fille ou bien elle qui est inadéquate. Parce que la vérité, c’est qu’en compagnie de son père, la petite est toute autre. Et d’ailleurs, rapidement le père balaie les doutes de son épouse en mettant le tout sur le dos de l’épuisement ressenti par la maternité. Bref! Blythe est seule.

Et au fil du roman, en tant que lectrice, j’ai moi aussi été balottée. Par moments je me suis dit que c’était elle le problème. À d’autres, je me suis mise à me dire que c’était la petite fille qui était particulièrement perturbée car clairement, Violet n’aime pas sa mère et elle fait en sorte de le lui faire comprendre. En un mot, on se retrouve constamment à douter de ce qu’on perçoit dans cette relation entre la mère et son enfant.

Bref! C’est un magnifiquement construit, à la façon d’un thriller. Mais surtout, très perturbant parce que ça touche précisément à cette image d’aptitude presque innée qu’on aime associer à la maternité pour les femmes.

Bref! Je ne raconte pas la fin du livre mais je vous préviens. C’est un véritable choc. Parce que Blythe vivra une seconde maternité, à des années lumières de la première.

«Je me rappelle avoir un jour réalisé l’importance qu’avait mon corps pour notre famille. Pas mon intellect, ni mes ambitions littéraires. Pas la personne que j’étais, avec mes trente-cinq ans d’expérience. Uniquement mon corps. J’étais nue devant le miroir après avoir retiré mon sweat-shirt couvert de la purée de petit pois que Sam avait crachée. Mes seins étaient flétris comme la plante verte que j’avais oubliée d’arroser dans notre cuisine. »

L’évidence c’est qu’on ne peut pas demeurer de glace devant ce roman. Car si certains ont peut être `ressenti de la colère envers cette mère qui semble si peu maternelle, moi-même me suis comme mise à avoir profondément envie de la prendre dans mes bras. Parce que non, la maternité ce n’est pas ni facile ni inné. Quoi qu’on en dise! Ça vient avec une charge énorme, d’autant plus quand on traîne avec soi le poids de son histoire familiale.

Bref! Soyez prévenus! C’est un véritable «page turner»! Et je vous assure que cette lecture vous restera en tête très longtemps!

Vous l’avez lu? Je suis curieuse de savoir ce que vous en avez pensé.

Ce qu’un jeune mari devrait savoir, collectif

On ne se mentira pas, je n’ai pas beaucoup écrit cette année.

Mais fort heureusement, il y a eu la lecture. Et après m’être promis de lire plus que l’an passé, je dois avouer que je suis assez fière d’être en voie de voir augmentée ma liste de livres lus en 2021.

Le petit dernier a avoir trôné sur ma table de chevet? Un tout petit livre vraiment rigolo qui a fait passer un magnifique moment à la fan de ces conseils un peu ringards qu’on destinait aux femmes d’une autre époque afin que celles-ci deviennent des épouses plus que parfaites pour leur cher et tendre époux. Et qu’à travers un collectif d’autrices et d’auteurs (parce qu’il s’y en glissent quelques uns), on transpose au masculin…comme dans un effet de miroir des plus intéressants.

Parce que «Ce qu’un jeune mari devrait savoir», c’est vraiment ça. Un guide féministe écrit par presque une vingtaine d’autrices différentes (Martine Delvaux, Heather O’Neill, Rose-Aimée Automne T. Morin, Léa Stréliski, etc…à travers lesquelles se glissent par ailleurs quelques gars, dont le chanteur Patrick Watson) et qui chacun et chacune, offre sa vision de ce que devrait être un bon mari de nos jours.

Si certains des premiers textes m’ont un peu moins rejointes, d’autres m’ont carrément plu et beaucoup fait rire. Et parmi mes préférés, ce texte de Véronique Grenier (autrice, conférencière, chroniqueuse et blogueuse) qui dans «Conseils pour un mari idéal» distille ses précieux conseils. Par exemple, que le mari idéal évite vraiment les mots «t’as juste à demander» qu’on a pourtant toutes déjà entendus, un peu comme l’écorchure d’une craie sur un tableau. Comme si parce qu’on est une femme, on devrait par défaut être la maîtresse de ce grand chantier qu’est la vie de couple/famille.

«Le mari idéal se sent tout autant engagé que son ou sa partenaire de vie dans la gestion des tâches et l’organisation de la vie commune. Au lieu d’attendre passivement qu’une demande lui soit formulée, il pensera plutôt à penser. Il prendra des initiatives. Ainsi, le mari idéal sait combien il reste de lait dans la pinte, s’il faut acheter du papier Q, il voit la poussière s’accumuler sur les meubles, remarque que les cheveux de la progéniture (si progéniture il y a) commencent à être longs ou que les plantes ont besoin d’eau. Et non seulement il le sait, mais en plus il ira acheter ce qui commence à manquer, enlèvera la poussière, prendra le rendez-vous chez le coiffeur ou la coiffeuse et arrosera les plantes. Sans espérer une médaille, juste parce qu’il sait que ça fait aussi partie de son ordinaire que de faire ces choses.» (page 141)

Et Véronique Grenier inclue dans sa liste d’autres conseils tout aussi avisés comme de savoir gérer sa graine, d’être capable d’avoir de la sollicitude pour les menstruations mais aussi, de savoir prendre soin de son bien-être psychologique. Parce qu’une épouse, qu’on se le dise, ce n’est pas une psy!

J’ai aussi beaucoup aimé le texte de Rose-Aimée Automne T. Morin (autrice, chroniqueuse, ancienne rédactrice en chef d’Ubania) qui, «Dans un travail de funambule» conseille ardemment au futur mari de s’atteler illico pour devenir ami avec les copines de sa dulcinée. Et l’autrice l’avoue tout de go: le défi est grand et s’apparente carrément à un travail de funambule. «Il est donc là le paradoxe: pour rendre votre femme heureuse, vous devez conquérir ses amies, mais vous ne devez surtout pas donner l’impression d’avoir envie d’elles

Pour y parvenir, l’autrice recommande notamment d’éviter les compliments d’ordre physique, de mettre de l’avant la tendresse que vous éprouvez pour votre dulcinée. Mais surtout, de ne jamais négliger le fabuleux pouvoir d’une répartition égalitaire des tâches.

De son côté, Coco Béliveau (humoriste, comédienne et battle-rapper néo-brunswiquoise) partage avec les messieurs dans «Le mariage en dix étapes difficiles à digérer» quelques secrets pour s’assurer de devenir le meilleur mari qui soit. D’abord, se répéter encore et encore, un peu comme un mantra «ma femme est magnifique» Et cela «peu importe son nom, sa race, sa taille, son poids, la couleur de ses yeux ou l’odeur qui se dégage de ses pieds quand elle enlève ses souliers après une longue journée de travail.» (page 154). Mais aussi, sois lui fidèle. Car «puisque toutes les femmes sont brillantes, il peut être tentant d’aller se dorer la bedaine sous un autre astre que celui qui vous a jadis dit: «oui je le veux», mais sache que les chasseurs de rayons finissent toujours par attraper un coup de soleil (voire un cancer de la peau). La femme dans sa magnificence, se rend toujours compte que son mari la trompe.» (page 156). Mais par dessus tout, comprend bien une chose! Ça n’existe pas «ne pas être bon à faire la vaisselle»!

«Petite astuce: Si tu dis: «Je vais le faire», les femmes trouvent ça vraiment cool quand tu te lèves et que tu le fais toute suite. Tu montres ainsi que tu nous respectes et que tu respectes notre temps (quoique «après mon café» est une réponse tout aussi acceptable).» (page 165)

Bref! Ce serait un euphémisme que de dire que j’ai beaucoup aimé ce petit livre des plus légers et rigolos que j’aie lu depuis longtemps.

Et vous ? Vous l’avez lu? Sinon, quel conseil donneriez-vous à ces messieurs qui veulent s’assurer de devenir le meilleur mari qui soit ? Pour ma part, je serais tentée de dire que de savoir cuisiner, c’est franchement gagnant. Je n’ai qu’à repenser à l’Homme de la maison qui, il y a une vingtaine d’années maintenant, était arrivé au boulot ou nous nous sommes connus en tant que petit nouveau qui prenait des cours de cuisine…. Vous dire combien la rumeur s’est répandue comme une traînée de poudre parmi la horde de filles célibataires qui nous étions alors! Une nouvelle presque aussi excitante que si nous avions appris qu’il avait littéralement inventé la roue.

Un coup de circuit assuré que je vous dis !

«Ce qu’un jeune mari devrait savoir», une oeuvre collective, Marchand de feuilles, 2021

Nos secrets trop bien gardés, Lara Prescott

Cette année, je me suis fait la promesse de lire encore plus de livres que l’année dernière. Et si je n’ai pas «chroniqué» tous les livres que j’ai lus depuis le début de l’année, il me semblait essentiel de vous parler de celui-ci dont j’ai particulièrement apprécié la lecture.

Premier roman de son auteure, Lara Prescott, «Nos secrets trop bien gardés» raconte l’histoire derrière la grande. Soit, toutes ces fascinantes intrigues qui ont entouré l’histoire de la publication du célèbre Docteur Jivago de l’auteur russe Boris Pasternak. Car si on associe souvent ce classique de la littérature russe à une histoire d’amour impossible entre les personnages de Youri et de Lara, ce qu’on ignore surtout c’est toutes les tractations qui ont entouré la publication de ce livre en Russie et dans le monde.

À l’époque, le gouvernement russe était déterminé à empêcher la publication de ce livre jugé subversif en raisons de propos qualifiés d’anti gouvernements. De l’autre, les éditeurs du monde entier qui étaient déterminés à être les premiers à obtenir les droits de publication. Entre les deux, la CIA et une armée de femmes, secrétaires et espionnes qui ont littéralement donné à la publication de ce roman le caractère d’une histoire encore plus fascinante que le roman lui-même.

Pour ma part, j’ignorais que «Le Docteur Jivago» avait été littéralement interdit de publication pendant près de trente ans en Russie (réhabilités seulement sous Gorbatchev). Le gouvernement russe craignait en fait tellement la publication de ce livre que l’auteur, Boris Pasternak a passé une grande partie de sa vie suivi et espionné par des sbires du gouvernements qui le suivaient à la trace. Et que ça a par ailleurs valu à Olga Vsevolodovna Ivinskaïa, celle qui a été la muse et la maîtresse de l’auteur jusqu’à sa mort, d’être envoyée au goulag pendant des années. Car c’était là rien de moins que le traitement que le gouvernement réservait aux «dissidents» et autres ennemis de l’état. Lorsque Pasternak a remporté le Prix Nobel à l’étranger, un prix qu’il a bien sur été forcé de refuser (alors que le livre était interdit de publication en Russie), Pasternak a été qualifié de traîte à la Nation avant d’être banni purement et simplement de l’Union des écrivains soviétiques.

À travers ce roman de Lara Prescott, on découvre la fascinante période des années cinquante au cours desquelles une armée de femmes secrétaires ont tenu divers rôles s’apparentant à de l’espionnage.

J’ai pour ma part adoré ce livre qui fait réaliser à quel point certains livres ont pu au moment de leur publication constituer le réél combat d’une vie pour leur auteur. Une histoire qui dépasse dans le réél et en retournements tout ce que l’auteur aurait lui même pu imaginer dans la fiction.

Très très gros coup de coeur!

Vous l’avez lu ? Je suis curieuse de savoir ce que vous en avez pensé.

L’arbre de l’oubli, Nancy Huston

S’il y a une autrice que j’apprécie plus particulièrement, et cela depuis ma jeune vingtaine, c’est bien elle. Nancy Huston qui avec son dernier livre, «Arbre de l’oubli» se penche une fois encore sur ces thèmes omniprésents dans ses livres que sont l’identité, la transmission et les crises familiales. Mais surtout, sur toutes ces thématiques et questionnements eux-aussi tout aussi présents ces années-ci dans l’actualité: le féminisme, la procréation, le genre, la laïcité. Mais aussi et surtout, la réalité noire.

Vu comme ça, on pourrait avoir l’impression que ça tire partout et dans toutes les directions. Mais l’intrigue est si bien construite je dirais que le résultat ne peut que nous toucher.

L’histoire? Celle de Shayna, le personnage qu’on pourrait dire central et qui, lorsque l’histoire débute en 2016, arrive à Ouagadougou avec son compagnon, Hervé. Puis, au fil des chapitres, d’autres époques (2016, 1945, 1960, 1994), d’autres lieux (Ouagadougou, Bronx, Manhattan) et d’autres personnages surtout (Joël, Jérémy, Lili Rose, Shayna) qui au fil des pages, construisent sous nos yeux le panorama de deux familles, l’une juive et l’autre protestante et qui sont liées par leurs enfants. Ces derniers semblant avoir une relation un peu mitigée avec la religion.

En découvrant cette histoire de Shayna, jeune fille noire élevée dans une famille blanche et juive, qui se cherche et se questionne sur son identité, je l’avoue, je me suis demandé si l’autrice avait le droit d’écrire là-dessus. Parce qu’en ce moment, c’est clair que c’est excessivement délicat de prétendre écrire ce que l’on pense que l’autre devrait ressentir, surtout si d’office on a pas la même couleur de peau. Parce que la vérité c’est que dans ce livre, l’autrice ratisse large. Procréation et Shoah, inceste, prostitution et tourisme sexuel, santé mentale, identité, le droit des femmes sur leur corps, rien n’échappe au scalpel de son écriture précise.

Le passage qui m’a personnellement le plus touchée? Celui-ci:

«Les Marrons, interjecte Felisa, avaient le droit de nommer leurs enfants, mais seulement de façon provisoire. Chaque fois que l’enfant changeait de propriétaire il recevait un nouveau nom. D’où Malcolm X, bien sûr. Les femmes elles aussi, dis-tu en la coupant, devraient toutes s’appeler X. Jusqu’à tout récemment, elles aussi devaient changer de nom en changeant de propriétaire. À la naissance elles portaient le nom de leur père, plus tard celui de leur mari. Ma grand-mère Eileen était fière de s’appeler non seulement Mme Darrington mais Mme David Darrington! Et même si on garde son nom de jeune fille, comme les féministes de la première vague, il n’a rien de féminin bien sûr, c’est toujours le nom du père. (…)

Pourquoi on fait semblant? Tout le monde sait que seule compte la généalogie masculine. Regarde la première page de la Bible: des mâles qui font jaillir des mâles, une génération après l’autre, à l’infini. (…)

Je crois que je vais m’appeler Shayna U dorénavant. U comme Utérus: un des mots les moins euphoniques et les moins aimés qui soit. Curieux, n’est-ce pas, que le nom de notre premier foyer sonne si moche à nos oreilles!»

Page 213-214

Pour ma part, en raison des thématiques particulèrement actuelles de ce livre, j’ai adoré. Mais je l’avoue, pour avoir lu pratiquement tout ce que Nancy Huston a pu écrire, je suis chaque fois bouleversée et renversée par la finesse de son écriture. Parce que d’une façon un peu inexplicable, elle a un don fou pour prendre des histoires qui peuvent sembler diamétralement opposées et parvenir quand même à les faire converger dans l’universel.

Vous l’avez lu ? Dites moi ce que vous en avez pensé.

Mister Big ou la glorification des amours toxiques, India Desjardins

J’ai peu parlé livres depuis des mois mais c’est loin d’être faute d’avoir lu! Parce que si en 2020 j’étais assez fière d’avoir englouti près d’une trentaine de livres au cours de l’année, je me suis donné le défi en 2021 d’en lire encore davantage.

Et, comme on parle beaucoup de violence conjugale, et de ces trop nombreux et inexcusables féminicides qui ponctuent les bulletins d’infos avec une régularité choquante (en ce moment au Québec, nous en sommes rendus à dix depuis le début de 2021, un chiffre qu’on atteint généralement en une année entière!), j’avoue que mes lectures de ce début d’année ont comme été un peu teintées de cette réalité actuelle.

Ma dernière lecture en liste? Celle de l’autrice québécoise India Desjardins qui dans «Mister Big ou la glorification des amoures toxiques» fraichement sorti en librairie a pris le prétexte de la série culte «Sex in the city» pour se pencher sur l’influence de la fiction dans nos choix amoureux. Sujet qui pourrait sembler superficiel au premier regard mais qui s’avère extrêment riche en réflexion. Car je vous le dis! C’est une lecture vraiment très intéressante et qui figurera certainement dans mes coups de coeur de 2021 (ces choses-là, on les sent n’est-ce pas?)

Le questionnement de départ de l’autrice est celui-ci: La fiction peut-elle influencer notre perspective du monde? Et en particulier nos choix amoureux? Et pour répondre à cette question existentielle, India Desjardins part de «la» fiction culte entre toutes (série fétiche d’une horde de mes congénères et de moi-même, je le confesse!) pour tenter, en décortiquant la relation des personnages de Carie et Mister Big, de démontrer qu’en réalité, cette relation présentait tous les traits de la violence psychologique par excellence. La relation malsaine type, pour le dire autrement.

Et pour appuyer sa thèse, l’autrice trace un parrallèle avec de nombreux autres films et séries télé qui, individuellement, viennent confirmer la règle. Soit que pour la majorité d’entre elles, les fictions qu’on nous présentent ont pour caractéristique presque unique de nous présenter des personnages féminins toujours secondaires, fragilisés et qui pour atteindre le nirvana du succès, doivent forcément parvenir à obtenir la validation sous la forme de l’amour d’un homme. Et que, ce faisant, on se retrouve trop souvent avec des modèles qui de façon plus ou moins voulues par leurs auteurs, valorisent une certaine forme d’amours toxiques et inégalitaires.

Outre la réflexion qu’ India Desjardins porte sur une des séries phares des années 2000 et que j’ai personnellement le plus écouté dans ma vie, j’ai particulièrement aimé le fait qu’elle cherche des solutions à une problématique réelle. Soit que peu importe la forme d’art – que ce soit autant en peinture, en littérature qu’en fiction – les hommes sont toujours présentés comme le «modèle unique» de base de l’humain. Et en fiction, ça pourrait se résumer ainsi. Un homme distant mais dépositaire du succès, ambivalent au possible. Pensez Mister Big. Cet homme qui est toujours en limousine forcément conduite par un chauffeur. On ne dira jamais ce qu’il fait comme boulot mais on nous laisse imaginer qu’il gère rien de moins que le monde. Cela alors que les femmes elles, sont quasi systématiquement reléguées au second rang. Dans le genre, ce personnage imparfait qui pour évoluer doit nécessairement obtenir sa validation du regard des hommes. Et le seul chemin pour y parvenir, ça semble d’obtenir l’amour de l’un d’eux. Le mariage constituant le nirvana des meilleurs espoirs féminins.

Parmi les solutions que l’autrice entrevoit, celle notamment d’enseigner l’histoire des femmes. De présenter par exemple autrement les écrits des femmes, d’accorder une plus grande importance aux sujets que celles-ci choisissent d’exploiter en art et à leur façon de les exploiter.

Elle cite par exemple l’œuvre pourtant archi-connue partout dans le monde de la canadienne Lucy Maud Montgomery, «Anne la maison aux pignons verts» qui, bien que phénomène ne s’étant jamais démenti, a toujours été boudé par les universitaires. La vérité c’est qu’on enseigne ce qu’on considère comme étant le génie universel. Et que celui-ci semble devoir se conjuguer toujours au masculin. Comme si l’autre partie de l’humanité, féminine, ne valait rien qui vaille la peine d’être enseigné.

«C’est vrai qu’on a tendance à enseigner ce que l’on considère comme le génie universel. Il faut habituer les étudiants et étudiantes à réfléchir à la place des écrivaines dans le canon littéraire, en leur rappelant que si elles en font si peut partie, c’est que le canon a été défini pendant des siècles par les hommes». (Page 147, citation du professeur d’université Alain Farah)

Vraiment! Une lecture fort pertinente et actuelle, il faut en convenir!

Vous l’avez lu? Je suis curieuse de savoir ce que vous en avez pensé!

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Les MOOC vous connaissez? Ces cours offerts en ligne de façon massive et gratuite, et cela, sur les thématiques les plus diverses.

Un peu comme sous un certain effet de synchronicité, le livre de India Desjardins m’est justement tombé dans les mains alors que je terminais tout juste l’une de ces formations en ligne sur laquelle je suis tombée un peu par hasard en février dernier. Mais dont la thématique, en plus d’être définitivement dans l’air du temps, semblait m’être destinée.

Cette formation, un MOOC culturel proposé par le Grand Palais avec le soutien de la Fondation Orange et intitulé Peintres femmes à travers les âges, porte justement sur ces femmes artistes en peinture qui ont été d’une façon un peu inexplicable rayée de l’histoire de l’art. Un domaine ou comme dans bien d’autres, le féminin est encore aujourd’hui ultra-minoritaire. Une magnifique occasion je trouve de découvrir des artistes des siècles passés malheureusement méconnues telles Angelika Kauffmann, Constance Meyer, Suzanne Valadon et Mary Cassatt notamment. Mais aussi, des peintres femmes à qui les musées modernes semblent enfin faire un peu de place, telles Elisabeth Vigée Le Brun et Berthe Morisot. Ou encore, d’autres aux parcours plus tragiques, telle Artemisia Gentileschi. Toutes ayant en commun d’avoir du lutter pour simplement avoir le droit de peindre en leur temps.

La beauté de ce MOOC c’est qu’il a été pensé pour appuyer l’exposition «Peintres femmes, 1780-1830» initialement prévue ce printemps au Musée du Luxembourg. Pandémie oblige, les plans sont en suspens en ce qui concerne cette exposition pour l’heure. Mais n’empêche que ce MOOC m’a donné à moi l’impression de voyager! Et pour ajouter à l’illusion, je n’ai pas hésité une seconde à commander le fabuleux livre de l’exposition directement du Musée. Du grand bonheur! Le lien pour s’inscrire est tout juste ici.

Et si le principe des MOOC vous plait et que comme moi la thématique des femmes artistes vous inspire, je vous propose également cette autre option portant de son côté sur les femmes artistes plus contemporaines et qui ont œuvré de 1900 à nos jours. Intitulé «Elles font l’art», ce MOOC est ainsi offert sur la plateforme FUN, en collaboration avec le Centre Pompidou. Composé de cinq séquences qu’il est possible de parcourir à son rythme, ce MOOC sera accessible jusqu’au 25 juin. Ce cours permet de découvrir les parcours de femmes artistes des courants des avant-gardes des années 1910-1930, du tournant féministe des années 1960-1970, mais aussi, les artistes d’aujourd’hui.

Il est donc encore temps d’en profiter.

Alors? Vous avez expérimenté ces MOOC thématiques? Venez m’en parler! Je suis impatiente de savoir si vous les avez aimées autant que moi!

La salle de bal, Anna Hope

Ce livre d’Anna Hope, «La salle de bal», il était sur ma liste de lecture depuis des lustres. Et pour cause! L’auteure y racontant l’histoire romancée de son arrière-grand-père interné à l’asile vers 1911 en Angleterre.

L’histoire est celle d’une jeune femme, Ella Fay qui en 1911 est internée à Sharston dans le Yorkshire. Sa folie? Avoir brisé une vitre de la filature qui l’emploi depuis son plus jeune âge. D’abord déterminée à s’enfuir, elle fini par se résigner à cette vie ponctuée notamment, chaque vendredi, d’un bal des pensionnaires. Une vie dans laquelle le moindre «débordement» vous vaut la camisole de force. Et gare à vous si vous pensiez faire la grève de la faim puiqu’on vous gavera alors, peut importe que mort s’ensuive. Ella y fait la rencontre Clem, une autre pensionnaire semblant venir d’une famille aisée et avec qui elle devient amie. Et surtout, de John, un Irlandais mélancolique de qui bien sur, elle tombe amoureuse (on est dans un roman après tout!).

Au-delà du romanesque de cette histoire, l’auteure présente du même coup un pan méconnu de l’histoire britannique alors que Churchill, à l’époque ministre Britannique de l’intérieur, aurait manifesté un grand intérêt pour l’eugénisme. Et en particulier pour un projet de Loi qui aurait eu pour résultat la stérilisation d’un nombre significatif de ces gens qu’on qualifiait alors de «faibles d’esprits». Quant on sait qu’à l’époque, un rien suffisait à vous envoyer à l’asile – une femme donnait naissance seule à un enfant ou encore, la banale pauvreté figurant dans cette liste des inaptitudes qui vous qualifiaient illico pour l’internement – inutile de dire que les livres d’histoire ont été particulièrement avares de détails sur le sujet au fil du temps. Mais le plus troublant c’est que ce projet de loi sur les faibles d’esprits a finalement été voté sous une forme modifiée en 1913, sous le nom de Mental Dificiency Act (Loi sur la santé mentale) laquelle permettait la ségrégation des «faibles d’esprits». Sans toutefois la fameuse clause qui aurait permis la stérilisation forcée…

Et je l’avoue, j’ai été particulièrement touchée par cette histoire, mon propre arrière-arrière-grand-père, Édouard Martel étant lui-même mort à l’asile St-Michel-Archange de Québec le 24 octobre 1918. Il y avait été envoyé en raison de l’épilepsie dont il était atteint. À l’époque, on croyait qu’il s’agissait d’une maladie contagieuse qu’on classait sans plus de cérémonies au niveau des maladies mentales…

À travers ce livre, on se rend compte, un peu de la même façon que dans le livre «Dix jours dans un asile» de Nellie Bly dont j’avais déjà parlé ici que la vie en institutions psychiatriques au début du XXième siècle était particulièrement difficile. Et surtout le lot des miséreux de la société et des femmes notamment.

« Bref, je savais que si je l’épousais, je serais malheureuse.
– Tu l’as expliqué à ton père ?
– J’ai essayé. Il ne m’a pas écoutée. Je crois qu’il était content de ne plus m’avoir sur les bras. Je crois qu’il se disait que personne ne voudrait m’épouser à cause de ma façon d’être.
– Pourquoi ? C’est quoi ta façon d’être ?
– Oh, toute de travers, répondit Clem avec un sourire fugitif. Je suis toute de travers. »
Ella la dévisagea. Clem était grande et blonde. Elle savait danser et jouer du piano. Sa bouche qui remontait aux commissures semblait faite pour sourire. Si elle était toute de travers, alors comment ils étaient, les autres?
»
(p. 152)

Bref! Un beau coup de coeur pour ce premier livre de mon défi lecture de 2021!

Vous l’avez lu? Qu’en avez-vous pensé ?

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