Charlotte, David Foenkinos

Ce sera sans aucun doute mon coup de coeur de l’automne, la magnifique et bouleversante nouveauté de l’auteur David Foenkinos dans laquelle il part sur la trace de la peintre juive allemande Charlotte Salomon.

Une artiste au parcours fascinant bien que horriblement tragique.

Il faut dire que je l’attendais celui-là depuis cette conférence à laquelle j’avais assistée lors du dernier Métropolis Bleu tenu à Montréal le printemps dernier. Une conférence au cours de laquelle Foenkinos avait évoqué ses années de recherche et d’écriture ayant mené à ce livre qui l’a littéralement obsédé pendant longtemps.

Et cette fascination, c’est le moins qu’on puisse dire qu’on la sent très clairement tout au long de ces 223 pages qui se lisent néanmoins d’une traite, comme un long poème en prose.

«Face aux incohérences maternelles, Charlotte est docile. Elle apprivoise sa mélancolie. Est-ce ainsi qu’on devient artiste? En s’accoutumant à la folie des autres? » (Charlotte, page 24)

On découvre ainsi à travers les mots de Foenkinos le destin singulier de cette femme dont l’héritage familial a été des plus moribonds alors qu’elle allait découvrir au lendemain du suicide de sa grand-mère que toutes les femmes de sa famille avaient fait de même avant elle. Sa mère, alors que Charlotte n’a que dix ans, dont on fait passer le suicide pour une grippe fatale. Sa tante, soeur de sa mère, première Charlotte de qui elle a reçu le nom et qui s’était elle aussi suicidée quelques années plus tôt, en 1913. Et plusieurs autres jusqu’à sa grand-mère vers 1940…

Pour conjurer le sort, Charlotte s’attaque dans les deux dernières années de sa vie – alors qu’elle s’est réfugiée chez ses grands-parents dans le Sud de la France – à ce qui sera son oeuvre – «toute sa vie» comme elle le dira elle-même: «Vie? ou Théâtre?» (Leben? oder Theater). Un ensemble de quelques 1325 gouaches qu’elle peindra dans l’urgence et avec fureur avant de les confier à son médecin tout juste avant d’être déportée à Auschwitz à l’automne 1943.

Comme si elle avait su d’avance.

Alors âgée de 26 ans et enceinte de quelques mois, il semble qu’elle ait probablement été envoyée à la chambre à gaz dès sa descente du train…

«Il lui fallait pour quelques temps disparaître de la surface humaine, et pour cela consentir à tous les sacrifices, afin de recréer des profondeurs de son être son propre univers.» (Charlotte, page 176)

La lecture de ce livre dédié à Charlotte Salomon m’a laissée avec une incroyable envie d’en savoir plus sur elle, de me déplacer même au bout du monde pour avoir ce privilège de contempler ses oeuvres! Une envie sur laquelle il faudra vraisemblablement m’asseoir puisque la dernière exposition lui ayant été consacrée semble avoir eu lieu en France…en 2006 !

N’empêche ! J’ai été littéralement bouleversée par ce destin de femme comme desssiné à l’encre de la folie, par ce sentiment d’urgence qui semble avoir guidé la vie de cette peintre et qui semble presque suinter de chacune des pages.

En attendant qu’un responsable de Musée décide de créer une exposition sur cette peintre qui mériterait d’être plus connue, ses oeuvres elles reposent depuis 1971 au Musée juif d’Amsterdam auquel son père et sa belle-mère ont légué l’entièreté de cet héritage…qui la plupart du temps, est entreposé dans les sous-sol du Musée…

Et vous, vous avez lu «Charlotte» ? Vous avez aimé ?

Charlotte Salomon, 1940-1942, Charlotte Salomon Foundation
Charlotte Salomon, Self portrait in oil, 1940

***

Mise à jour: Aujourd’hui, 4 septembre 2014, je découvre que ce livre de Foenkinos est parmi les candidats pour le Goncourt 2014.

Joie !

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