De tout, de rien…Ou si peu

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Vous n’êtes sans doute pas sans avoir remarqué que je me fais plus discrète depuis quelques temps.

Bien sur, je ne peux nier que l’automne est bien entamé maintenant! Et que par conséquent, je ne peux faire autrement, tout comme vous sans doute, que de m’être faite happer par la course folle du quotidien. Mais, outre ce qui n’est qu’un fait factuel qui revient chaque année sans faillir, un peu comme le tic tac incessant d’une horloge, je suis également forcée d’avouer…que j’ai le sentiment que les mots se soient un peu taris…

Parfois, j’ai un peu l’impression, en regardant tout ce flot de tout et n’importe quoi que nous vomit, seconde après seconde le web, d’être moi-même un grand rien dans ce gigantesque déferlement de «contenus». Un contenu que dans le meilleur des mondes, tous voudraient voir «commercialisable»…

Alors ? Un peu paradoxalement, ça me laisse sans mots.

Comme paralysée

Et.

Je me tais.

*****

Je suis consciente que j’ai de nombreux lecteurs d’un peu partout dans le monde. Et que, par conséquent, l’anecdote que je vais vous raconter ici résonnera peut-être un peu moins pour certains d’entre vous. Toutefois, cette histoire, comme vous pourrez le constater après m’avoir lue, vous semblera étrangement universelle dans ce qu’elle raconte en filigrane (mon dieu que j’aime ce mot !) 

Dimanche soir, ici au Québec, était diffusé à la télévision le Gala de l’ADISQ. Une célébration annuelle visant à célébrer la musique et les artistes du domaine musical d’ici.

Mais voilà! Deux jours après l’événement, de quoi parle-t-on sur le web et dans les médias sociaux ? Et non, pas des récipiendaires!. Ni même de la qualité de l’animation. Ni même de cet hommage rendu à René Angelil, feu imprésario de Céline Dion.

Non ! Ce qui est devenu presque une «affaire nationale» depuis deux jours c’est la façon dont Safia Nolin, sacrée révélation de l’année lors de ce Gala, s’est présentée pour réclamer son prix.

On parle un peu partout de cette «histoire»… Dans Le Devoir notamment.  Mais aussi dans La Presse et ailleurs. Mais bien sur, il suffira certainement de googler Safia Nolin et L’ADISQ pour avoir une bonne idée de la déferlante sans fin qui a suivi la diffusion de ce gala.

D’abord, pour ceux qui ignorent qui est Safia Nolin, il faut savoir qu’il s’agit d’une jeune chanteuse, inconnue il n’y a pas si longtemps, originaire de Limoilou près de Québec. D’origine arabe par un père qui s’est poussé alors qu’elle était toute petite, Safia a par conséquent été élevée par une mère seule, auprès d’un frère et d’une soeur. Victime d’intimidation pendant son parcours scolaire, elle a quitté l’école à 15 ans.

Rien de bien réjouissant jusque là, convenons-en !

Mais voilà! Parce que les histoires ne finissent pas toujours mal, en 2012 Safia remporte un prix dans un festival de musique ce qui lui offre l’occasion d’enregistrer un premier disque. Littéralement sauvée par cette musique qui était en elle.

C’est donc ce dimanche que l’industrie a décidé de l’honorer en lui remettant ce prix de révélation de l’année.

Mais son «crime»?

O’ Sacrilège ! S’être présentée devant la foule pour réclamer son prix, non pas habillée en robe de designer mais  plutôt d’un jean et d’un t-shirt.

Aussitôt se sont mis à déferler dans les médias sociaux – Twitter en tête de liste – une marée de commentaires que je qualifierais d’odieux. Certains signés sous pseudonyme (parce que c’est facile d’être méchant de façon anonyme derrière un clavier d’ordinateur n’est-ce pas ?). Dans le genre «C’est qui cette grosse mal habillée»… Et soyez rassuré ! Je ne citerai ici aucune des autres horreurs qui ont ainsi circulé de façon tout à fait gratuite.

Mais, je l’avoue, toute cette histoire me laisse sans voix.

Parce que, bien loin d’être un fait unique, le même genre d’histoire s’est notamment produit au printemps dernier alors que Jenny Beavan, la créatrice des costumes du film Mad Max s’était elle aussi présentée pour réclamer son Oscar, non pas en robe du soir, mais en jean et perfecto de cuir. Suscitant elle aussi, avant Safia Nolin, les regards de mépris.

Chaque fois que j’aborde le sujet du double-standard concernant ce qu’on attend des hommes versus de nous, les femmes, je me dis qu’il faut que je change de clou. Que j’ai suffisamment tapé sur celui-là. Qu’il faut en revenir.

Sauf que voilà ! En tant que société, même si au quotidien, nous voulons croire qu’aujourd’hui, il faut favoriser une diversité corporelle loin des modèles imposés de façon à transmettre à nos enfants un monde dans lequel ils pourront être eux-même, la vérité c’est qu’il existe encore et toujours ce double standard bourré de préjugés, imprégné de sexisme et de méchanceté.

Nous pourrions presque parler de féminité normative. Un carcan duquel rien ne doit jamais dépasser de votre jupon.

Et, comme on l’a d’ailleurs souligné dans La Presse, la vérité c’est que personne ne relèvera jamais qu’un artiste masculin se soit présenté habillé d’une façon plus ou moins convenable dans un événement public. Mais qu’une femme ose se présenter autrement qu’en robe du soir  et gare à elle ! Car elle pourra être assurée d’une chose !

Être lynchée sur la place publique…

Et cela, peu importe que pour la principale intéressée, ce moment ait été, n’eut été ce lynchage odieux, rien de moins que le plus beau moment de sa vie. Mais surtout, la preuve par mille qu’il est possible de venir d’un milieu difficile et de s’élever en réalisant ses rêves. Et d’obtenir même la reconnaissance de ses pairs pour cela.

Tout cela étant oublié, un peu tristement, pour une pathétique question d’habillement.

Quoi qu’on en dise….je me dis que parfois, lorsqu’on est incapable d’être heureux du bonheur des autres, mieux vaudrait sans doute se taire !

Mais surtout, que la laideur n’est pas toujours là ou on l’avait imaginée…

Et finalement, c’est tellement violent tout cela ! J’ai peine à imaginer qu’on en soit là.

Alors tout ce que je dirai, c’est chapeau Safia ! Ne pas faire l’unanimité, il y a bien pire que cela dans la vie !

Mais Dieu que la route est longue pour avoir le simple droit d’exister !

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2 commentaires sur “De tout, de rien…Ou si peu

  1. J’avoue que je comprends ton désarroi. La presse (et les gens en général) n’ont-ils vraiment rien de mieux à faire que de dépenser autant d’énergie pour juger une personne sur quelque chose d’aussi futile…
    Comme tu le dis, il y aurait sûrement eu bien d’autres aspects bien plus intéressants et constructifs à partager de cet événement que cela.
    Effectivement on trouve de tout sur Internet, le pire comme le meilleur. A nous de faire le tri, en évitons au maximum les dossiers « presse people » ou autres informations qui nous ferons déprimer plutôt que grandir.

    1. Bonjour ! Effectivement, parfois je me dis que peu importe qu’on ait quitté le secondaire depuis une éternité, nous sommes toujours dans une grande cours d’école ! D’un côté ceux qui se croient gratifiés de correspondre à un moule. Et de l’autre, tous les autres. Tant pis pour vous si vous ne suivez pas les règles ! Ça a probablement toujours été ainsi. Sauf qu’avec le web maintenant, ça nous saute au visage avant qu’on ait eu le temps de dire ouf! Et surtout, ça nous renvoie une image de nous, en tant que société, dont nous sommes bien loin de pouvoir être fiers !

      Merci de ton passage ici 🙂

      Marie

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