Frissons

Crédit: IStock

En relisant mon billet d’hier, je ne peux m’empêcher de ressentir un certain malaise…

Ce même malaise en fait qui chaque fois que j’écris des choses plus personnelles, me fait me sentir comme une lionne en cage, tournant et retournant sur moi-même, avec cette envie presque douloureuse…de venir tout effacer.

Retirant un à un ces mots que j’ai écris plus tôt…

Parce que d’une certaine façon, je me sens peut-être beaucoup plus à nue en partageant ce genre de texte… qu’en avouant mon poids comme je l’ai fait, il y a quelques jours, pour la journée sans maquillage…

Parce que dans les deux cas, c’est « bas les masques! » n’est-ce pas ?

Et puis, chaque fois, je crains un peu la réaction de ma mère que tout ce « pataugeage » dans le passé perturbe un peu…

Sauf que de remettre ainsi la main sur un vieux texte oublié et – sous l’impulsion du moment – le partager en public, c’est un peu comme de se promener avec une immense pancarte.

Aucun échappatoire possible bien sur !

Mais en même temps, c’est un peu comme de laisser tomber ses vêtements un à un, au moment ou le printemps pointe le bout de son nez et qu’il pousse un peu plus chaque jour l’hiver dans ses derniers retranchements….

Et sentir sur sa peau – et dans son âme ! – un joyeux sentiment de liberté.

Parce que ces mots lancés aux quatre vents et qui déjà m’appartiennent par conséquent un peu moins,  me donnent l’impression d’être comme un léger vent du nord qui après m’avoir fait légèrement frissonner, laisse sur moi un indescriptible sentiment de liberté et de légèreté.

N’empêche ! Je ne peux m’empêcher de craindre cet appel de ma mère, tentée de composer le 911 alors qu’elle me croit à l’agonie….

Mais c’est qu’elle est d’abord une mère j’imagine. Mais surtout, une mère impliquée dans tous ces mots que je lance aux quatre vents comme la peinture sur un mur par un peintre fou…

Et qui ne peux s’empêcher de craindre d’être éclaboussée.

Mais n’en demeure pas moins que l’expérience me questionne, moi aussi.   Et chaque fois, je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi je m’obstine à écrire. Pourquoi je m’acharne ainsi à nourrir ces démons, à gratter les anciennes plaies, à disséquer presque au scalpel des sentiments qu’il vaudrait peut-être mieux laisser cicatriser sous des pommades faites d’oubli…. Et dont la fréquentation, j’en suis consciente, me confine à être confondue avec ces êtres étranges que personne ne comprendra jamais…

Mais écrire, je l’imagine, c’est probablement accepter d’être seule. De n’être peut-être jamais comprise. De patauger dans cet éternel sentiment de m’égarer sur un chemin de traverse alors qu’il serait tellement plus simple de faire comme tout le monde et d’oublier. Et de vivre dans le présent comme s’il n’y avait pas eu d’hier. Pas plus que de demain.

Mais continuer néanmoins d’écrire malgré tout. Parce que c’est la seule chose que je puisse faire.

Peut-être qu’au bout du compte, il n’y a rien pour l’expliquer vraiment….

«Écrire, c’est le seul moyen que j’ai trouvé de « dealer » avec tout cela, avec les peurs qui me rongent, les questions qui me torturent, mes incapacités. La première fois que je me suis lancé dans l’écriture, j’ai eu cette révélation : je peux enfin toucher le monde, je peux enfin être au monde vraiment. Même si mes romans racontent souvent à quel point la vie est un maelström dans lequel on patauge, à quel point on est dans le cambouis en permanence, à quel point on se débrouille tous comme on peut, tout s’éclaire enfin. Mon incapacité à être au monde a produit des livres qui me permettent de me tenir debout. Je pense que si je n’avais pas les bouquins… Mais il n’y a pas que cela, non, il n’y a pas que cela : il y a la cellule familiale, ma compagne et mes deux enfants. C’est ça, ce qui me tient.» (-L’écriture selon Olivier Adam, auteur du roman « Les lisières »,. Enviedecrire.com)

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4 commentaires sur “Frissons

  1. Bon matin Marie,

    Tu dis que tu ne sais pas pourquoi tu t’obstines à écrire sur ce passé. Je crois que tu le feras tant que tu ne seras pas guérie de cette expérience. En guérit t-on jamais ? Je ne le crois pas, mais on a mal un peu moins souvent. Bien sûr on continue à vivre notre quotidien, à sourire et même rire, mais de temps à autre il y a ce petit coup de poignard qui tourne dans notre coeur et tout revient à la surface.

    En écrivant ce que tu ressens, c’est une façon d’aider la guérison. J’ai lu quelque part que l’écriture c’est le cri silencieux de ce que l’on ne peut dire à haute voix. Je le crois.

    Mais, parce qu’il y a toujours un mais, tu vas de plus en plus vers la guérison. Et ne regrette pas d’avoir partagé ce billet. Tu as sûrement aidé d’autres femmes à vouloir partager, ne serait-ce qu’avec une amie. Ça fait du bien d’avoir une oreille attentive.

    Passe une belle fin de semaine !

    Marjo xx

    1. Bonjour Marjo ! Que j’aime cette phrase que tu cites, comme quoi l’écriture c’est le cri silencieux de ce que l’on ne peut dire à haute voix. Et c’est drôle car aujourd’hui justement, j’assistais à un atelier littéraire dans le cadre du Métropolis bleu. Le sujet en était justement de savoir si la littérature pouvait réellement s’avérer un refuge face aux crises et aux difficultés. Bien sur, la réponse diffère selon que l’on est lecteur ou bien écrivain. Toutefois, je crois sincèrement que l’écriture permet de dire par écrit ce que l’on ne dirait pas dans la vie réelle.

      Et puis, ça m’a emmenée à me dire que pour écrire justement, nous avions besoin de les nourrir ces bêtes intérieures. Sans quoi, il n’y aurait rien à dire n’est-ce pas ? Et puis l’une des écrivaines présentes disait très justement qu’écrire, c’était un peu aller à ras le sol et de façon presque épidermique dans sa façon de voir le monde. En quelques sortes, de prendre un événement et de le grossir mille fois, presque comme dans un microscope. Et peut-être qu’il n’y a que l’écriture qui permet cela car vivre de cette façon, de façon aussi intense, nous deviendrions carrément fous je pense 🙂

      Un merci sincère de tes bons commentaires ! Ça donne envie de continuer !

      Un bon weekend à toi !

      Marie xx

  2. Bonjour Marie, Est-ce que tu t’es déjà demandé combien de personnes autour de toi,ta famille,tes amis,tes voisins etc…portent des masques? Moi au contraire je t’admire d’avoir cette force de te laisser aller ne serais ce que par les mots tout en sachant que tu es lu par plusieurs.J,ai déjà fais des écritures et donner des conférences pour aider des personnes séparées je m’ouvrais aux autres .Je le faisais loin de chez-moi pour ne pas avoir de proche à mes côtés.Pas que j’avais des grandes choses à cacher mais je n’avais pas le goût de m’ouvrir à eux. Par la suite j’ai déchiqueter le tout pour ne pas laisser de trace. Mais même si j’ai fais ce geste,et mis un pensement sur mes plais elles sont encore présentes mais moins douloureuses. Avec les années heureusement elles s’atténuent.Je suis tout à fait d’accord avec Marjo,En guérit-on jamais?Complêtement je ne crois pas.Mais avec le temps on laisse tomber un masque et parfois on s’apperçoit qu’on a en plusieurs couches.Ce qui est mon cas. Je me suis rendu malade et j’en porte encore les blessures.Prends soin de ton coeur et bonne route dans l’univers de l’écriture les mots aident à voir clair en nous.Bonne journée.

    1. Bonjour Étoile ! Tu as tellement raison quant au nombre de couches que l’on peut trainer avec soi, bien souvent sans le savoir ! Peut-être que c’est cela le grand défi de nos vies ! Parvenir à laisser tomber tout ce qui nous empêche d’être vrai face à soi même mais aussi, face au monde. Méchant défi, j’en conviens ! Mais quel sentiment lorsqu’on y parvient n’est-ce pas ?

      Prends soin de toi surtout ! Toi aussi, tu es passée par ce cheminement d’écrire. Et même si tu as tout détruit, au moins toi, tu sais la force que ça a pu demander.

      Je t’envoies plein d’énergie !

      Marie xxx

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