Histoire populaire de l’amour au Québec, Jean-Sébastien Marsan

Lorsque je m’arrête deux secondes et quart pour analyser la pile de livres qui trônent sur ma table de chevet, je ne peux qu’être un peu troublée par une évidence. Celle que certaines thématiques sont surreprésentées dans mes lectures.

C’est pourquoi lorsque je suis tombée sur ce titre – «Histoire populaire de l’amour au Québec – De la Nouvelle-France à la Révolution tranquille» (Tome 1 – Avant 1760) de l’auteur Jean-Sébastien Marsan – je me suis dit que c’était là une merveilleuse occasion de sortir de mes sentiers battus.

Ce que la couverture nous annonce? « Au Québec, tout le monde a entendu parler des Filles du roi, du labeur de la colonisation, des coureurs de bois qui convoitaient les Amérindiennes, etc. Mais qui se souvient des « bons soirs » pour les fréquentations? Des mariages à la «gaumine», des «sommations respectueuses», des dispenses ecclésiastiques qui permettaient de convoler avec un cousin ou une belle-soeur, ou encore des mariages «remarquables», lorsque les frères d’une famille épousaient les soeurs d’une autre famille? Il est arrivé qu’un veuf et son fils épousent une veuve et sa fille!»

En fait, ce que j’ai trouvé fascinant de ce livre c’est qu’au-delà de la thématique historique clairement annoncée, l’auteur nous amène vraiment au cœur du domestique et du quotidien de l’époque.

Mais aussi, lorsque que comme moi on s’est amusé à déterrer son arbre généalogique à 360 degrés, remontant jusqu’aux premiers arrivants dans ce qui était alors la Nouvelle France, j’ai trouvé que cette lecture n’en devenait que plus riche encore. Parce que, de ces personnages que met en scène Jean-Sébastien Marsan, il arrive qu’on retrouve ses propres ancêtres.

Car on l’oublie peut-être mais si on prend le temps de remonter nos origines à ces débuts de la Nouvelle-France, la vérité c’est qu’on découvre assez vite que nous finissons tous inévitablement par nous découvrir des ancêtres communs. Et c’est justement ce qui dans cette «Histoire populaire de l’amour au Québec» m’a tellement interpellée. L’exercice, au-delà des noms que l’on a peut-être déjà entendus, de découvrir des personnages de chair avec leurs histoires et leurs destins si particuliers.

Parmi eux, Étienne Brulé, né à Paris vers 1592 et qui est mort assassiné et…mangé par des Hurons vers 1933. Celui-ci serait vraisemblablement le premier Européen a avoir traversé les rapides de Lachine en canot.

Ou encore, l’histoire abracadabrante de Pierre Piché, un français originaire de la région de Poitiers qui s’est installé en Nouvelle-France en 1662. Trois mois après son arrivée, il reçoit une lettre lui annonçant la mort de Marie Lefebvre, son épouse restée en France. En 1665, il se remarie à Neuville près de Québec, avec Catherine Durand, fille du Roi nouvellement arrivée dans la colonie. En 1671, coup de tonnerre! Il apprend que sa première femme est toujours bien en vie de l’autre côté de l’Atlantique. Bigame sans l’avoir voulu, il obtient donc l’annulation de son deuxième mariage, repart en France chercher Marie…qui perd, cette fois définitivement, la vie pendant la traversée. Le mariage de Pierre et de Catherine Durand est par conséquent réhabilité le 9 septembre 1673…

Et c’est sans oublier le destin de ces filles du roi – elles furent 764 – qui ont été envoyées en Nouvelle-France entre 1663 et 1673. On a longtemps pensé faussement que celles-ci étaient des prostituées alors qu’en vérité, il s’agissait majoritairement d’orphelines. À Montréal seulement, elles ont donnés naissance à 526 enfants. L’auteur raconte combien à l’époque le ratio hommes-femmes était si déséquilibré que les colons devaient carrément jouer du coude pour espérer convoler. La vérité c’est que certains ont eu à faire face à trois ou quatre annulation de promesses de mariage, la dame ayant visiblement trouvé meilleur parti entre-temps.

Vraiment, j’ai adoré ce livre que j’ai lu sans pouvoir m’arrêter tellement j’avais l’impression de me retrouver en plein cœur du romanesque. Mais j’ajouterais, en même temps qu’il fait prendre la portée de l’expérience incroyable que ça a du représenter pour les gens de l’époque d’ainsi faire table rase du passé (famille, pays, connu) pour aller refaire leur vie et fonder une colonie de l’autre côté de l’océan. Cela à une époque ou le voyage prenait carrément des semaines, voire des mois, sans même la certitude de survivre à la traversée. Une réalité inimaginable aujourd’hui alors qu’en l’espace de quelques heures, il est est possible de faire le même voyage en avion.

Ce livre se trouve être le premier tome de ce qui est voulu par l’auteur comme une trilogie. Pas de date de sortie connue pour le deuxième «chapitre» qui devrait quant à lui porter sur les changements sociaux provoqués par le Régime anglais, la première révolution industrielle, l’urbanisation et l’ultramontanisme. Pas plus pour le troisième livre qui portera enfin sur le xxième siècle jusqu’à l’orée des années 60. Mais définitivement, je serai au rendez-vous.

Si vous ne l’avez pas lu, jetez-y un œil. C’est définitivement une bonne idée de titre à glisser sous le sapin !

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