Il était une fois, une société d’apprentis sorciers

Des apprentis sorciersVoilà une semaine que je me dis que je devrais faire un billet là-dessus.

Sur cette tendance de nos sociétés modernes à favoriser le droit individuel au profit du droit commun.

Sur ces dérives auxquelles nous assistons, impuissants, et sans même nous questionner sur les conséquences. ..

Un peu comme des apprentis sorciers qui se disent tout simplement « Si c’est faisable techniquement, pourquoi s’en priver? »

Allez, avouez ! J’imagine que vous vous demandez, à cet instant très précis, ou je peux bien vouloir en venir avec mes skis n’est-ce pas ?

Imaginez l’histoire. Dans une société moderne et ouverte, deux hommes décident d’enfanter.

– Mais heuhhh ! (Oui, oui ! Je vous entends penser !) Un, deux ou même dix hommes, ça ne peut pas faire de bébé n’est-ce pas ? Du moins pas sans la participation active d’une femme ?

Une idée qui m’avait toujours semblée – à moi aussi – tout avoir de l’évidence !

Or voilà ! Nous sommes au Québec, une société dite ouverte. Le royaume de la tolérance (enfin, dans le métro aux heures de pointes, je serais portée à en douter, mais bref !!) Des qualités qu’on nous envie à bien des endroits sur le globe, il faut bien le dire !

C’est ainsi que depuis une semaine, on ne parle que de ça ! De ces deux hommes, dont un comédien bien connu ici, qui se disent tout bonnement un beau matin « Et si c’est faisable, pourquoi nous en priverions-nous ? Non mais bordel, on a des droits nous aussi ! »

Et c’est ainsi que ces jours-ci, sur toutes les tribunes, nous pouvons voir et entendre ce comédien (contre qui je n’ai rien au demeurant !) expliquer pourquoi son conjoint et lui ont décidé de s’offrir les services d’une mère porteuse pour enfanter leurs deux petites jumelles à naître, quelque part cet été.

Au programme ? Des ovules commandés et reçus directement des États-Unis. Puis une mère porteuse, amis du couple homosexuel, acceptant gracieusement de porter les jumelles mais s’étant assurée au demeurant (ils ont même fait des papiers à ce sujet !) qu’elle ne se retrouverait pas obligée de les élever advenant que les deux hommes changent d’idée en cours de route !

O-M-G !!!

Nous sommes bien loin ici de la belle expérience, renversante d’humanité, vécue au moment où on réalise que quelqu’un grandit en nous. Une personne qui sera en quelque sorte la poursuite d’un « nous » un peu égoïste jusque-là. Un petit être qui nous donne envie de réinventer le passé pour que son avenir à lui, soit meilleur !

Enfin, vous voyez ce que je veux dire !

Et le droit des enfants, comme l’ont dit d’autres avant moi ? Et le droit de connaître ses origines, comme l’ont crié d’autres encore?

Basta ! Aucune importance puisque ces petites filles là auront été voulues, n’est-ce pas? Et qu’elles seront aimées ! Et l’amour on ne blague pas avec ça ! Les romans se tuent à faire l’apologie de cet amour qui guérit tout !

Car l’amour, ça règle vraiment tout, c’est clair !

Personnellement, toute cette histoire me trouble énormément ! Non pas que je sois contre les gais et lesbiennes ! Bien au contraire ! Car il est de notoriété publique dans mon entourage que ma grand-mère a vécu les dix dernières années de sa vie…avec une femme !

Et non ! Chez nous, les grands-mères, ça ne cuisinait pas forcément des biscuits !

N’empêche ! Clairement, je suis tout à fait en mesure de savoir – pour avoir vu ma grand-mère – à quel point un état qu’on ne choisit pas (l’homosexualité) peut contraindre quelqu’un à l’exclusion ! Combien cet état de fait peut provoquer de rejet dans une famille, de honte et de deuils pour les uns comme pour les autres (même si aujourd’hui, ces personnes ont la chance d’être mieux acceptées qu’a pu l’être ma grand-mère en son temps !)

Toutefois, je suis profondément troublée devant cette constatation qu’aujourd’hui, le droit individuel (entendre, le désir d’un individu) puisse passer avant le bien collectif.

Alors que j’avais toujours été convaincue que notre droit individuel se terminait là ou commençait celui des autres, je l’avoue maintenant, des questions, il m’en vient des dizaines !

– Comment ces petites filles trouveront-elles leur identité, sachant qu’une femme (une tante spéciale !) a signé un papier affirmant qu’elle était d’accord pour les enfanter mais pas pour être leur mère?
– Comment ces deux papas aujourd’hui auto-proclamés réagiront-ils le jour ou l’une des deux filles (ou même les deux!) voudra(ont) connaître ses(leurs) origine(s) ?
– Comment ces deux hommes comptent-ils remplacer la présence d’une mère ? Parce que bien sûr, une mère ce n’est pas un père, quoi qu’on en dise! Tant dans sa façon de penser que d’agir, de décider ou de gérer les situations, un homme, même gay, ce n’est pas une femme !

Et j’aurais envie d’ajouter :

– Et le corps des femmes bordel ? En est-on vraiment rendus à une telle marchandisation de l’humain ? L’utérus de la mère qu’on loue comme cet enfant qu’on s’offre ?

Dans La Presse ce matin, on pouvait lire ceci de la chroniqueuse Nathalie Petrowski:

«Les mères chez les Legendre-Bombardier sont congelées, décongelées, leurs ovules expédiés par avion avant d’être implantés dans un ventre étranger. Les Legendre-Bombardier n’y sont évidemment pour rien. Ils n’ont rien inventé et ne font que recourir à une industrie florissante où le lien privilégié et intime entre une mère et son enfant est rompu et où la mère est compartimentée et découpée en tranches et en fonctions: celle qui fournit l’ovule, celle qui produit l’embryon, celle qui porte et qui expulse

Personnellement, c’est un peu «ça», ce phénomène de découpage de la maternité qui me bouleverse et me met si mal à l’aise, je pense.

Est-ce que tout s’achète vraiment ?

Juste parce que «techniquement», c’est possible ?
****

Voilà une semaine que je me dis que je devrais faire un billet là-dessus. Sur cette tendance de nos sociétés modernes à favoriser le droit individuel au profit du droit commun.

Sur ces dérives auxquelles nous assistons, impuissants, et sans même nous questionner sur les conséquences. ..

Un peu comme des apprentis sorciers qui se disent tout simplement « Si c’est faisable techniquement, pourquoi s’en priver? »

Vraiment, tout cela me trouble !

Et une seule question tourne en boucle dans ma tête : « Est-ce que parce que c’est faisable techniquement, c’est forcément acceptable éthiquement? »

La question se pose je pense !

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