Jeter l’ancre

Ressentez-vous parfois comme moi ce sentiment d’absurdité une fois la période des fêtes terminée, face à tous ces préparatifs et cette énergie dépensée pour une période aussi courte ? 

De laquelle nous attendions pourtant repos alors que paradoxalement, nous en ressortons épuisés ?

Je dois avouer que lorsque le 2 janvier je m’attaque au retrait de mon arbre de Noël, je me pose des questions…

Peut-être est-ce en quelque sorte un certain besoin d’ancrage qui se manifeste de façon plus évidente à Noël alors que les rituels et traditions deviennent une nécessité, malgré la fatigue accumulée et le travail nécessaire à la planification de tous ces soupers. Petits plaisirs qui bien qu’éphémères, nous permettent de revenir à l’essentiel… Et de prendre le temps d’être en présence de ceux qui nous sont chers, parents, amis, enfants…

Pour moi, mon grand-père du côté maternel était un peu ce genre d’ancrage. Il m’apparaissait évident que le monde devait bien tourner dans le bon sens, tant que lui en faisait partie. Mais ça, c’était avant… Car lorsque j’ai réalisé que cette fois-ci, je ne lui enverrais pas de carte de Noël, – 2010 l’ayant vu partir pour un autre monde – j’ai aussi réalisé que je ne pouvais me mentir éternellement et jouer les aveugles envers mon histoire familiale pour laquelle j’avais pourtant mis tellement d’énergie à me dire indifférente…

Car paradoxalement, ce sont un peu tous les deuils de 2010 qui m’ont donné envie de me rapprocher de ma famille, tant du côté maternel que paternel… Et oui ! À une époque hyper-individualiste ou rien n’est moins « in » que d’avoir un certain esprit de famille… Ou d’avoir soudainement un besoin intense de se sentir relié à quelque chose, peut-importe les drames ou les incohérences qui ont pu en jalonner la trame… Et me sentir enfin « entière », avec mes parts d’ombre et de lumière !

Car quelque chose d’étrange s’est produit cette année ! J’ai découvert que malgré toutes les horreurs que je pouvais découvrir sur mon père, toutes les étrangetés que je pouvais entrevoir sur mon histoire familiale, j’avais besoin de les connaître ces horreurs ou ces étrangetés ! Non pas par besoin de me vautrer dans le noir et le plus sombre encore. Mais bien plutôt pour savoir à quoi j’avais décidé de pardonner. Avant de tourner définitivement la page et de me donner le droit de vivre. À moi ! Car pour pouvoir se réinventer soi-même, n’est-il pas essentiel de savoir d’où nous venons ? Pour avoir une vue parfaite de tout ce que nous ne sommes pas. Et au final, cesser d’avoir honte…

Mais plus encore, peut-être est-il essentiel d’enfin accepter de ne pas trouver de modèles pour la personne que nous n’avons jamais cessé d’être finalement ! Et décider d’être cette personne de toute nos forces, jusqu’à notre dernier souffle… Peut importe les « qu’en-dira-t-on? » !

La plus merveilleuse chose que m’ait apporté 2010 est peut-être d’avoir su ressentir à quel point en tant qu’humain, nous avions besoin d’ancrage. Dans une société ou plus rien ne dure, ou l’éphémère et le jetable sont devenus la norme et ou rien ne va jamais assez rapidement…

Oser aller à contre-courant !

Au lieu de risquer de devenir tous fous de notre solitude… Désespérés de notre sentiment d’inutilité…

Et si la clé du bonheur ou encore, la meilleure façon de remporter la bataille était justement de ne jamais cesser d’aller à contre-courant ? Vous ne pensez pas ?

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