Joyeux Noël, de Alexandre Jardin

« Croyez-moi, il est possible de mener sa vie en disant tout. Une existence sans déni ? Sans angle mort ! s’écria la jeune femme. Vous n’avez donc aucun secret ? Si, des montagnes ! rétorqua-t-elle. Alors ? Mes secrets me construisent, mes angles morts me détruisent. Puis elle ajouta avec jubilation: A Noël, j’offrirai le plus beau des cadeaux: ma vérité ! A ceux que j’aime, ma famille. C’est comme cela qu’il faut vivre ! Nous serons vieux plus tard. Joyeux Noël ! »

Ces derniers jours, j’avais rendez-vous avec Alexandre Jardin. Car si je ne lisais pas « Joyeux Noël » ces jours-ci, en pleine période des fêtes, quant aurais-je envie de le faire?

À décharge, il faut bien avouer pourtant que bien qu’il se passe à Noël, ce livre aurait tout autant avantage à être lu, peu importe le moment!

Car il faut savoir d’abord que ce livre a été écrit par Alexandre Jardin, un peu comme une suite logique de son livre précédent, «Des gens très bien» (dont j’avais d’ailleurs parlé tout juste ici !), dans lequel il s’autorisait le dévoilement – pas nécessairement apprécié par les autres membres de son clan – de son histoire familiale. Et du rôle joué par son grand-père, Jean Jardin, dans le gouvernement de Vichy. Un gouvernement qui envoya des centaines et des centaines de familles juives françaises dans des camps de concentration lors de la deuxième guerre mondiale, au début des années quarante.

Et ce serait un euphémisme d’affirmer que ça n’ait pas plu à toute la tribu Jardinesque, qu’on se le dise!

Avec « Joyeux Noël », il revient à la charge, non pas en en rajoutant une couche avec les frasques de ses aïeux, mais en racontant plutôt celles d’une famille Bretonne. Celle de Norma Diskredapl vivant sur une île – cette « miette de France » comme il la nomme fort joliment! – sur laquelle désormais, on ne dit que la vérité.

Fut-elle crue !

Mais quel cheminement rocambolesque pour en arriver là!

Avec Norma par exemple, cette lectrice de Jardin digne des plus grands personnages de romans et qui un jour, lors d’une séance de signature, s’est présentée à lui, lui demandant le plus simplement du monde si en dessous de À « Norma Diskredapl » il ne pourrait pas ajouter la mention « qui a été violée à l’âge de six ans ».

– « Pardon? »

– « Oui, j’ai été violée…à six ans et internée en clinique, deux fois, par mon père qui tenait à ce que je sois folle »

Haussant les épaules, elle ajouta avec une gaieté qui sonnait juste :

– « C’est ainsi! On ne va pas en faire une histoire. Ni non plus le cacher »

Elle a ainsi profité de l’occasion pour du coup remettre à l’écrivain un « dossier » détaillé de plus de quarante pages sur les frasques, sur plusieurs générations, des membres de sa famille, les Diskredapl qui disons-le, forment une famille des plus disfonctionnelles. Et pour le moins cinglée! Une famille qui, détentrice d’une montagne de secrets, pratique le déni comme on entre en religion : avec ferveur! Et qui un jour de Noël, est frappée par « une bourrasque de vérité » semant un chaos indescriptible.

Et qui en fera «tanguer» plus d’un... 

Je dois avouer que j’ai bien aimé cet effet de « huis clos », véritable « pied de nez aux gardiens de l’aveuglement », pour cette famille qui ose enfin dire les «vraies affaires»… Prête a en payer le prix, pour en retirer les bénéfices !

« Réunis dans la faible lumière du cimetière de l’île de Norma, les Diskredapl étaient, ce matin de janvier 2004, sur le point d’affronter une secousse étrange et rude. Un miraculeux malheur. Le secret de famille qui allait leur être asséné face aux îliens était inconciliable avec l’opinion flatteuse qu’ils se faisaient d’eux-mêmes. Aucun ne se sentait capable de l’admettre avec sang-froid. Pourtant, ce clan avait toujours vécu à l’extrême du possible en offrant à l’île sa ration d’imprévu. A chaque génération, les Diskredapl semblaient bien avoir obéi au sens de leur nom. »

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