La fin de l’ère glaciaire

Crédit: IStock

Non mais quel titre, direz-vous ! Surtout avec cette canicule qui touche Montréal actuellement n’est-ce pas ?

Mais lien il y a ! N’en doutez pas !

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Deux fois par jour, depuis quelques semaines, en me rendant au travail ou bien en en revenant en fin de journée, je passe au coin de la rue Sainte- Élisabeth. Cette rue ou selon certaines archives sur lesquelles ma mère est un jour tombée, mon arrière-grand-mère Lucienne aurait habité, quelque part dans les années trente ou quarante…

Chaque matin et chaque soir depuis deux semaines, je me rends au camp de jour de mon fils, celui-là même qui se donne au pavillon des sports de cette université que j’ai moi-même fréquentée pendant quelques années. Et qui est construite en plein cœur de ce qui était à l’époque de Lucienne le Red Light de Montréal…

Chaque fois, c’est plus fort que moi, j’ai une pensée pour cette femme, mon arrière-grand-mère, ne pouvant m’empêcher de réaliser à quel point nos vies sont différentes. Cette femme qui selon toutes vraisemblances, ne voulait pas d’enfant. Et qui a malgré tout « failli » dans le dossier « famille », semant bien malgré elle les graines d’une descendance nombreuse de plus de trente personnes…

Elle n’en reviendrait probablement pas si elle savait !

Depuis quelques jours, je pense beaucoup à elle. Parce que même si j’ai l’impression d’être dans un cul de sac ces temps-ci en ce qui concerne mes recherches à son sujet, j’ai au moins une satisfaction. Celle de savoir que même si je n’aurai sans doute jamais toutes ces réponses que je souhaiterais tellement, tout cela n’aura pas été totalement inutile.

D’abord parce que jusqu’à tout récemment, il n’y avait que deux personnes de ma famille avec qui je pouvais parler de ces recherches. Ma mère bien sûr. Mais également ma cousine, la fille du frère de ma mère. D’environ douze ans plus jeune que moi, c’est par moi qu’elle a découvert de grands pans de notre saga familiale. Son père, mon oncle, n’ayant jamais abordé le sujet avec elle.

Tout ce passé étant probablement trop douloureux pour lui…

Bien sûr, Kat a bien tenté de « tâter » le terrain avec son père, glissant ainsi, comme le plus naturellement du monde au détour d’une conversation, que je faisais des recherches sur Lucienne, que nous avions retrouvé sa trace dans le Montréal des années trente. Et que nous avions également trouvé ou elle était enterrée. Ce à quoi il avait coupé court en disant simplement « que de toutes ces affaires-là – le fait qu’elle se soit prostituée- on ne savait pas si c’était vrai… ». Ce à quoi Kat avait simplement conclu en lui demandant ce que ça pouvait bien faire que ce soit vrai?

C’est pourquoi lorsque je suis allée dans la région d’où je viens, il y a deux semaines, je n’aurais jamais imaginé aborder le sujet avec lui autour d’un souper. Ni même osé envisager glisser un mot sur la chose.

Sauf que, à notre plus grande surprise à toutes les deux, ma cousine et moi, c’est mon oncle qui m’a prise au dépourvu, abordant le sujet moins de cinq minutes après mon arrivée.

Lors de ce souper, nous nous sommes mis à parler, comme le plus naturellement de monde, de ces vieilles histoires dont Kat n’avait jamais entendu mot.

Jusque-là.

De la pauvreté qui avait été la leur. De la négligence de Jeanne, ma grand-mère, envers ses enfants. De cette époque ou mon grand-père avait été hospitalisé pendant un moment à Toronto pour une dépression majeure. Laissant Jeanne seule avec leurs six enfants… et quarante dollars par semaine pour vivre. Cette époque ou lui, mon oncle, portait deux pantalons, l’un par-dessus l’autre pour cacher les trous…  Et ou mes trois tantes, dont les plus jeunes des jumelles, avaient été placées en famille d’accueil…. Et qui étaient revenues à la maison uniquement parce que ma mère, l’aînée, avait été retirée de l’école pour s’occuper de ses sœurs alors qu’elle-même n’était qu’en sixième année.

De tout cela, Kat n’avait jamais rien su.

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Alors je me dis… Peut-être que ces réponses que je souhaite tellement concernant Lucienne, je ne les aurai jamais toutes. Mais peut-être que l’important se situe ailleurs finalement.

Dans ce fait par exemple de sentir ce qui pourrait ressembler à la fin de l’ère glaciaire. Ce froid presque sibérien qui a trop longtemps recouvert nos liens familiaux depuis des décennies maintenant…et qui semble maintenant vouloir fondre.

Au moins au peu.

Et voir que c’est possible de se remettre à respirer.

Enfin !

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2 commentaires sur “La fin de l’ère glaciaire

  1. Très spécial en effet qu’aujourd’hui tu te retrouve à passer sur la rue où ton arrière grand-mère aurait habité. Ton oncle en aurait peut-être beaucoup à raconter mais il préfère garder la vie de Lucienne en secret. J’ai moi-même une amie qui m’a confié un grand secret il y a des années. Sa famille n’est pas au courant ni son mari. Et j’ai promis de ne jamais en parler. Je tiendrai cette promesse jusqu’à la fin de ma vie. Pour toi qui est entrain d’écrire un livre sur ta famille ce doit être en effet une barrière difficile à franchir car il y a des bâtons dans les roues. Les secrets traversent les années mais aussi ils peuvent se transformer avec le temps. Ils peuvent s’embellir où s’enlaidir selon dépendant aussi de celui où celle qui le raconte n’est-ce-pas? Je te souhaite une bonne fin de journée Marie. J’espère pas trop dans la noirceur du manque d’électricité.

    1. Allo Étoile ! C’est bien vrai que toutes les familles ont leurs secrets! Rarement par mauvaises intentions, juste parce que les gens ont eu peur du jugement ou de je ne sais quoi encore ! Mais pour qui part à leur découvertes, ce sont des heures et des heures de ce plaisir de chercher, un peu comme dans une intrigue 😉

      Quant à l’électricité, par chance nous n’en avons pas manqué ici mais juste en face de chez-nous, ils n’en ont pas depuis vendredi soir !! Et ce matin, vers 7h, nous avons été réveillé par un transformateur qui a sauté. J’ai l’impression que ce n’est malheureusement pas près de revenir pour eux 🙁

      Marie xx

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