La fin du débat

Nous sommes loin de la révélation du siècle n’est-ce pas ? En ce moment au Canada, nous sommes actuellement en pleine campagne électorale, des élections fédérales devant se tenir dans quelques semaines.

Aussi, j’écoutais il y a quelques jours par brides le débat qui s’est tenu à la télé entre les aspirants Premier Ministre, et je me suis faite une réflexion. Celle qu’il m’apparaissait comme presque obscène qu’en 2019, alors qu’on a bien d’autres chats à fouetter (l’environnement et le réchauffement climatique parmi bien d’autres dossiers tout aussi chauds) on en soit encore à parler de ça.

Et j’ai nommé, l’avortement.

C’est moi ou bien c’est presque insultant qu’en 2019, la question de l’avortement soit encore entre les mains de décideurs hommes ? Quatre grands gaillards qui on consacré rien de moins que presque le quart de la tribune télévisuelle qui leur était octroyée pour répondre à une seule et même question posée des dizaines de fois, sur tous les tons et de toutes les façons. Êtes-vous pour ou contre l’avortement ? Pensez-vous que les femmes doivent pouvoir décider de leur corps? Et, advenant que vous soyez élus, allez-vous ré-ouvrir le dossier de la criminalisation de l’avortement?

C’est moi ou bien on a l’impression d’être tombés dans un genre de «Back to the future» dans lequel, par un quelconque phénomène de brèche spatio temporelle, nous ne serions plus en 2019, mais plutôt retournés des décennies en arrière?

Vraiment, on se serait crus revenus aux années cinquante!

Et pourtant, ce ne sont pas les dossiers d’intérêt qui manquent. L’environnement, le réchauffement climatique, le débat sur la mort dans la dignité, les écoles qui souffrent de sous-financement chronique, les soins de santé auxquels il semble parfois plus difficile d’accéder qu’au sommet de l’Everest lui-même… Pour ne nommer que ceux-ci.

Vraiment! Qu’on nous laisse tranquilles avec cette menace constante de venir gérer nos corps! Un «espace» que les hommes politiques ont la trop fâcheuse tendance de considérer comme un territoire sous leur gouvernance…

Personnellement, je trouve affreusement pathétique que les hommes politiques s’acharnent encore à s’enfarger dans la question de l’avortement, honteusement en décalage avec notre époque.

Ce «débat qui ne devrait pas en être un», ça me ramène moi-même au début de mes vingts ans. Un nouvel amoureux, un manque de vigilance, le fait d’être un peu inconsciente comme on l’est souvent à cet âge et voilà, je me suis retrouvée enceinte. Une discussion avec le gars concerné m’a emmenée, dans le temps de le dire, à me dire que ce lien-là avec cette personne-là, ce n’était pas ce que je voulais. Que ce n’était pas le bon moment, ni même le père que je souhaitais pour mes enfants. Et qu’à la limite, le temps d’un clignement d’oeil, pour un simple moment d’égarement, je m’enlignais sur la même route que ma mère: celle de me retrouver trop jeune avec des enfants et prisonnière d’une relation qui n’aurait jamais du se nouer. Parce qu’on le sait n’est-ce pas ? Le père de son ou de ses enfants, on y est liées pour la vie. Qu’on qu’il advienne.

Et cela, même à vingts ans, je le savais.

Honnêtement, je n’ai jamais regretté cette décision et cela, même si c’est bien évident que je ne connais pas une femme qui se dise un beau matin « oui, moi dans ma vie, j’aimerais bien ça vivre un avortement ». La vérité c’est qu’un jour, en fonction de circonstances particulières et pour mille et une raisons qui n’appartiennent qu’à toi – et dans lesquelles, clairement, le politique n’a rien à voir! – tu en viens à la conclusion que c’est ce qui s’impose.

Inutile de dire donc que quand j’entends dans une campagne électorale que le sujet de l’heure de ceux qui ne sauront jamais de quoi on parle quand on parle d’avortement se trouve justement l’avortement, j’avoue que ça laisse perplexe.

Et on se demande après cela pourquoi le citoyen moyen se désintéresse tellement du politique… Le niveau de confiance moyen envers les gouvernement s’étiolant de jour en jour. Pour ma part, je rêve du jour ou l’avortement ne sera même plus un sujet tant ça relèvera de l’évidence que ça ne concerne personne d’autre que la personne concernée.

Mais bon, je dis ça, je dis rien !

Mais mon Dieu qu’elle avait raison elle !

«N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.» (Simone de Beauvoir)

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