La lettre à Helga, de Bergsveinn Birgisson

« Mon neveu Marteinn est venu me chercher à la maison de retraite. Je vais passer le plus clair de l’été dans une chambre avec vue plongeante sur la ferme que vous habitiez jadis, Hallgrímur et toi. »

Ainsi commence la réponse – combien tardive – de Bjarni Gíslason de Kolkustadir à sa chère Helga, la seule femme qu’il aima, aussi brièvement qu’ardemment, d’un amour impossible.

Honnêtement, j’ai été complètement emportée par cette longue lettre d’amour écrite par un vieil homme, Bjarni Gíslason de Kolkustadir, à cette Helga, la femme qu’il a toujours aimé mais qu’il n’a pas su suivre.

On y suit la trace de cet éleveur de brebis qui en Islande dans les années 1940-50, est écartelé entre son amour pour Helga – la femme d’un voisin – et son sens du devoir. Mais aussi, qui se sait prisonnier de cette responsabilité qu’il sait avoir envers sa femme – avec qui il est pourtant profondément malheureux – mais à laquelle il ne peut et ne veut se soustraire. Un parcours dans lequel nous avons presque l’impression par moments de sentir l’odeur de la terre et d’entendre la voie des anciens. Mais aussi, comme il m’a semblé, une écriture presque organique dans laquelle le monsieur n’a pas peur d’appeler un chat un chat en parlant de ses ébats des plus charnels mais trop fugitifs avec cet amour de jeunesse.

Une écriture qui par ailleurs, et presque à mon insu, m’a attrapé dans ses filets, posant la question que nous nous posons probablement tous un jour: Et si? Et si j’étais passé(e) à côté de l’amour ? Et si j’avais eu peur d’oser ?

Et étrangement, en lisant cette longue lettre d’amour, c’est à mon propre grand-père que je me suis mise à penser. Un homme qui a passé sa vie à vivre de la terre. Reboisant cette terre que son propre père avait déboisée avant lui. Et je n’ai pu m’empêcher de me demander si lui aussi, un jour, dans sa jeunesse, avait ressenti ce genre d’amour pour une femme. Un souvenir qu’il aurait gardé secret jusqu’à sa mort.

Bien que je l’ai lu il y a quelques mois déjà, je n’ai pu faire autrement que d’avoir envie d’en parler lorsque ce weekend, il m’est tombé sous la main en classant mes livres.

Vraiment une belle lecture pour un janvier froid! (on pas 😉

Bergsveinn BIRGISSON, La Lettre à Helga, traduit de l’islandais par Catherine Eyjolfsson, éditions Zulma, 2013

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