La mer(e) veille

Crédit: Photo-libre.fr

Je disais hier combien il pouvait sembler difficile parfois d’être de bons parents – une bonne mère dans mon cas – alors que partout, nous recevons de la société le message que quoi que nous fassions, cela semble bien souvent mieux dans la cour du voisin…

Hier soir, en relisant de nouveau ces articles du récent supplément du Courrier International axé sur les modèles de parentalité autour du monde (« Parents. Mais comment font-ils ? Tour du monde des grands principes et des petits compromis familiaux », No 1134, 26 juillet au 15 août 2012), je n’ai pu m’empêcher de sourire sur cet extrait…

« Mon expérience personnelle me dit que les meilleures mères sont les Italo-Américaines, parce qu’elles sont tendres et chaleureuses, mais surtout en raison des cannellonis. Ma mère irlando-américaine était une piètre cuisinière, si bien qu’enfant, après avoir consciencieusement mangé les restes du malheureux animal qu’elle venait de carboniser, je les vomissais puis je dévalais la rue jusqu’à la maison de Richie Giardinelli, dont la mère préparait des gratins de macaronis, des boulettes de viande ou des cannellonis. Je n’ai jamais rencontré une mère plus aimée de ses enfants que Mme Giardinelli, même si elle n’était pas très différente de toutes les autres mères Italo-américaines que j’ai connues. Celles-ci adorent leurs enfants, prennent soin d’eux, les défendent, et c’est pour cela qu’une fois devenus adulte ces enfants deviennent généralement des soutiens de leur communauté. Si je devais renaître, j’aimerais le faire dans une famille italo-américaine, pour la chaleur, l’affection, la passion et la générosité, mais surtout pour les cannellonis. » (- « À la recherche du parent parfait », The Wall Street Journal, repris par le Courrier International, Joe Queenan)

Ce simple extrait m’a fait réaliser combien, être une bonne mère pour nos enfants, bien souvent, cela résidait dans des détails bien loin de ce qu’on aurait pu imaginer. Alors que ces souvenirs de la relation que nous avons nous-même eu avec nos parents, se résument parfois à de petits moments autrement sans importance mais qui pour notre âme d’enfant, ont pris une couleur indéniable.

Quant à moi, j’ai fini par me dire que si je devais renaître aujourd’hui, étrangement, je choisirais exactement la même famille. La même mère complètement dépassée par ses trois mariages. Qui cuisinait elle aussi affreusement mais dont la pouding au chômeur (recette typiquement québécoise, il va sans dire!) qu’elle cuisinait demeure encore aujourd’hui un magnifique arôme d’enfance dans ma mémoire. Elle qui aujourd’hui tremble de tous ses membres une vie qui n’a pas été tout à fait ce qu’elle avait espéré.

Je choisirais encore la même grand-mère, Jeanne, qui a c’est le moins que l’on puisse dire, ré-inventé la notion de vie familiale alors qu’elle a passé les dernières années de sa vie….avec une femme. Sans toutefois avoir divorcé de mon grand-père. Qui lui même, est décédé quelques sept ans après elle, sans jamais avoir retiré de sa table de chevet la photo de cette femme avec qui il a fait le plus improbable des mariages.

Et puis, étonnamment, je choisirais de nouveau le même père dont j’apprends aujourd’hui à me réapproprier la présence. Quelques trente-trois ans après sa mort….

Car tous, sans doute, ont contribué à faire de moi cette fille qui ne se contente pas de voir la vie à travers un cadre. Et cela, c’est sans doute le plus beau cadeau que je pouvais recevoir.

 

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4 commentaires sur “La mer(e) veille

  1. Je me souviens plus jeune m'être dit,comment ça se fait que j'ai une mère comme ça?J'étais parfois découragée par l'ampleur de mes responsabilités dans notre famille.Papa qui travaillait au loin parti à la semaine,mère dépressive à l'extrème.Je devais m'occuper de ma soeur et mon frère.Parfois je me sentais dépassée. Par chance j'avais une grand-mère qui n'était jamais bien loin.Ma mère a été mon enfant et l'est encore parfois. Mais je l'aime beaucoup et je ne la changerait pas pour aucune autre.Je me souviens aussi,des piques-niques improvisés à l'arrière de la maison. Maman tournait une cuve pour la lessive à l'envers y placait un linge à vaiselle pour nappe et on mangeait nos sandwichs avec une orangeade ou un liqueur aux fraises.Je me sentais bien comme ça se peux pas. C'est drôle quand même,en jasant avec mon frère et ma soeur de constater combien nos souvenirs d'enfance sont différents.On a pas vu les évènements du même oeil. Ma mère a fait de son mieux avec ce qu'elle était et j'ai fini par accepter. Elle me confie parfois des regrets et elle pleure.Je l'écoute quand même se vider le coeur.Je lui dis que le passé est derrière et que seul le moment qu'on passe ensemble compte.Excellent billet Marie,ça fait réfléchir. Passe un bon Lundi et sois heureuse!

    1. Bonjour Étoile ! C'est tellement vrai que dans une même famille, nous pouvons être dix et ne pas avoir forcément la même vision ou le même souvenirs de certains événements que nous avons pourtant tous vécus… C'est absolument la même chose dans ma famille ! Nous ne gardons pas les mêmes souvenirs des mêmes événements, selon la place que nous occupons dans la famille (aîné ou petit dernier). Et bien sur, au delà de cette place occupée, il faut aussi tenir compte du fait que nous ne vivons/n'intégrons pas les choses de la même façon, en fonction de nos personnalités, de notre sensibilité et de mille autres choses dont nous ne sommes même pas conscients, la plupart du temps. Mais c'est bien de se remémorer ces beaux souvenirs qui nous font du bien non ? Le souvenir bien souvent d'événements bien banals mais qui pour nous, signifient l'enfance. Comme tes piques-niques improvisés 😉 Moi, je me souviens encore de la fenêtre de la salle de bain chez mon grand-père… On y voyait à perte de vue sa terre qui dans mes yeux d'enfant, était sans fin. Un jour, avec mes tantes les plus jeunes (des jumelles sept ans plus âgées que moi), nous avions pris des arbres morts et nous les avions « plantés » dans la neige, dans un genre de cercle. Adulte, j'ai longtemps revus ce cercle derrière la maison, persuadée que c'était ces arbres que nous avions plantés… Mais consciente qu'il était impossible qu'ils aient pu « renaître » dans la neige… Comme quoi, la mémoire nous joue parfois, elle aussi, des tours 🙂

      Une belle journée à toi !

      Marie

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