La vie au temps du coronavirus…Là ou on perd ses repères

Jour 51

J’ai beau tenter de retourner les choses de tous bords, tous côtés, j’ai le sentiment ces jours-ci que je suis la seule au monde en en avoir vraiment marre de tout ça.

La crise. L’isolement. Les nouvelles qui disent et contredisent. Les spécialistes qui à la queue-leu-leu viennent nous dire qu’ils ne savent rien. Et qui occupent pourtant l’entièreté du temps d’antenne disponible pour nous le dire. Les journées qui s’additionnent les unes aux autres, toutes d’un même gris délavé, et qui se désintègrent dans un quotidien devenu soluble. La normalité d’hier sur laquelle on ne peut désormais plus se reposer, un peu comme un tapis qui nous aurait été d’un coup et brusquement retiré de sous les pieds. Mais aussi, marre de tous ce bruit d’une majorité plus occupée à parler qu’à écouter.

J’en ai marre de ce pré-supposé retour à un prétendu « essentiel » derrière lequel se terrent la solitude des uns, les pertes d’emplois de d’autres, ou encore, les faillites.

Et puis, ces gens qui font leur pain? Va-t-on me l’expliquer c’est quoi l’affaire?

J’ai l’impression que ça, cette soudaine frénésie de tout un chacun à s’improviser boulanger, c’est rien de moins que de l’aide médicale à mourir.

Ç-A M-E T-U-E!

Car voyez-vous, j’en ai fait du pain moi! Non pas un, non pas deux mais bien trois! Trois pains ratés que j’ai envoyé aux poubelles illico parce qu’ils étaient complètement ratés! Non mais vraiment! C’est quoi le fun, peut-on me le dire ? Est-ce que ça mérite vraiment de vider les tablettes des supermarchés ? De se ruer massivement sur la farine et la levure de façon à provoquer cette pénurie qui n’a absolument rien de rationnel?

Et puis Trump, le président du pays voisin qui suggère innocemment de nous injecter du désinfectant pour affronter le Covid…

Vas y champion? Montre nous la voie !

Et ces résidences dans lesquelles, sous prétexte de les protéger, on séquestre nos aînés… Des femmes et des hommes captifs de ces fameuses portes devenues barricades pourtant joliment ornées d’arc-en-ciel, et qui ne laissent désormais plus passer que des civières …

Ça va bien aller, ne nous disait-on pas ?

J’ai beau savoir qu’on a rien inventé. Que tout cela ce sont des étapes normales. Comme pour ces populations qui ont vécu des épidémies bien avant nous, que ce soit la peste au Moyen-âge, le Choléra dans les années 1800, ou encore, la grippe espagnole au début du XXème siècle. D’abord le déni. Ensuite l’incrédulité. Puis la peur de l’autre et la recherche d’un coupable…

Nous n’avons dans les faits tellement rien inventé que je vais là décevoir bien des « délinquants du confinement » auto-proclamés (ou bien proclamés par leurs voisins!) en vous disant qu’en 1743, Casanova lui-même en confinement dans une ville Italienne touchée par la Peste avait entrepris, pour tromper l’ennui tout autant que l’interdit, d’avoir une relation amoureuse avec sa voisine du dessous…. par un trou du plancher (*).

Désolée pour ceux que cette anecdote pourraient décevoir, on a rien inventé.

Aussi, j’ai beau savoir qu’on a rien inventé, que tout passe…

La vérité c’est qu’aujourd’hui, j’en ai vraiment marre.

J’ai beau me dire que pour une rare fois dans l’histoire de l’humanité, peu importe la couleur de notre peau, qu’on soit un homme ou une femme, qu’on habite un point géographique ou son opposé sur la planète, qu’on soit riches ou pauvres, nous sommes tous pareils face à cette épidémie. Inquiets pour nos proches, avides de réponses et anxieux de savoir de quoi sera fait l’avenir.

J’ai beau tenter de retourner les choses de tous bords, tous côtés, j’ai le sentiment ces jours-ci que je suis la seule au monde en en avoir vraiment marre de tout ça.

Mais voilà, la vérité c’est que même ça je ne le sais pas. Même là-dessus j’ai probablement tout faux.

Alors tout ce que je peux faire aujourd’hui et maintenant c’est de manger mes émotions…

À défaut d’un bon pain fait de mes blanches mains, il va sans dire! Et cela, c’est probablement ma seule certitude!

(*) Source: Cananova, Mémoires, Tome premier, 1725-1756, bibliothèque de la Pléiade

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