La vie au temps du coronavirus…Là par où entre la lumière

«Il y a une fissure dans toute chose. C’est ainsi qu’entre la lumière…» (- Léonard Cohen)

Jour 20

Alors qu’il y a tout juste deux ou trois semaines, je désespérais de ma vie la plupart du temps plus que banale, la vérité c’est que par les temps qui courent, je monterais rien de moins qu’à genoux les marches de l’Oratoire St-Joseph si ça me donnait la certitude d’y trouver en haut un minimum de normalité…

Parce qu’ici au Québec comme partout ailleurs sur la planète d’ailleurs, entre il y a quelques semaines et maintenant, ce sont nos vies telles qu’on les imaginaient immuables qui ont été complètement bouleversées.

À travers tout cela, je suis assez fascinée ces jours-ci de constater à quel point peu importe où on se trouve sur la planète, parce que tous nous sommes confrontés à ce même envahisseur appelé coronavirus, nous nous retrouvons d’un coup tous pareils. Et cela au-delà de notre âge, de notre sexe, de notre lieu de résidence, de notre nationalité, du continent sur lequel nous vivons…

Tout autant que nous sommes, confinés chez-nous dans un enfermement pas tout à fait volontaire – qu’on se le dise! Et face à un intrus qui, un peu comme un enfant gâté, à décidé du jour au lendemain de chambouler nos vies. D’abord en douce de sorte qu’on imaginait bien sur pas sur le coup à quel point. Mais à l’évidence, à l’image d’un visiteur qui s’impose, d’abord le pied dans la porte, et qui dans le temps de le dire, vous confine vous dans un coin de la maison avec à peine l’espace nécessaire pour respirer.

Moi même en télé-travail depuis trois semaines, j’avoue que je suis passée par plusieurs niveaux de hauts et de bas au fil de ces journées. Des périodes de 24 heures qui se sont additionnées les unes aux autres pratiquement comme un copier-coller invariable de couleur gris-beige. Aussi, si la deuxième semaine c’est l’Homme de la maison qui est devenu invivable, cette semaine qui vient de se terminer, c’est plutôt moi qui me suis mise à me sentir aussi démunie que déprimée. Mais surtout, tellement isolée et seule que je préférais m’isoler encore plus pour le taire.

Parce qu’en ces temps troublés ou les gens préfèrent s’envoyer des arc-en-ciels et se répéter comme un mantra que ça va bien aller, le réalisme m’apparaissait comme une valeur un peu passée de mode.

C’est pourquoi hier en tombant sur un article partagé par ma cousine sur les réseaux sociaux, je pense que j’ai un peu compris la raison de mon malaise. Ce sentiment d’être seule sur mon petit bateau alors que tout le monde autour de moi m’apparaissait comme être passé de l’autre côté du miroir. Un monde rempli de licornes et de « ça va bien aller » qui paradoxalement, me faisait me sentir encore plus seule sur mon petit bateau.

En bref, cet article fort intéressant expliquait que si la pensée positive aidait souvent à passer à travers les moments difficiles, elle pouvait aussi, de façon un peu perverse, contribuer à ce que les gens qui ne partagent par cette vision positive du futur se sentent eux inadéquats, coupables et incompris…

Bref! Encore plus seuls sur leur petit bateau. Eux aussi.

En lisant cela, je pense que j’ai compris ce qui moi me hérissait tant dans ces arc-en-ciels et ces « Ça va bien aller »qui circulent pourtant partout ces temps ci à la vitesse d’un virus lui aussi hyper contagieux… Cette impression d’être plongée dans un monde ou il est impossible d’avoir une conversation qui ne m’apparaisse pas comme un brin surréaliste, et dans laquelle l’écoute et l’empathie soient possibles… Ce genre de conversation dans laquelle si tu as le malheur d’exprimer ressentir de la tristesse, tu passes inévitablement pour un négatif à qui on répond un « ça va bien aller » destiné à couper court à tout argument contraire. Un peu comme on le ferait avec un enfant pour le rassurer face à une banale peur nocturne. Mais un « Ça va bien aller » qui semble tellement décalé et, surtout, inefficace pour me rassurer moi face à cette crise mondiale dans laquelle nous sommes tous plongés, sans savoir quand ça se terminera. Et pire, si nous n’y perdrons pas un proche en cours de route…

Surtout, un « Ça va bien aller » qui interdit à ceux qui ne le ressentent pas d’exprimer l’innommable. Par exemple, la tristesse. Ou pire, la colère. Celle que je ressent moi-même par moments face à cette limitation rapide et jamais vue pour ma génération de tous ces droits qui nous semblaient pourtant couler de source jusque là. Par exemple, aller travailler au bureau. Ou encore, faire ses courses sans avoir l’impression de se retrouver en Russie soviétique avec des files d’attentes interminables et des tablettes vides. Ces dernières étant continuellement dévalisées au point de nous faire craindre des pénuries alimentaires… Une expérience qui lorsque je l’ai expérimentée, m’a donné l’impression malaisante d’avoir été projetée en l’espace de trois secondes et quart dans un épisode de La servante écarlate. Sans en avoir été avertie bien sur! Et surtout, sans qu’on me demande mon avis.

Et la sensation surtout que je sois bien la seule au monde à trouver l’expérience assez effrayante merci!

Et je ne parle même pas ici des femmes qui se retrouvent piégées avec un conjoint violent. Ou encore, de ces millions d’enfants privés d’école, notamment ceux qui sont ainsi prisonniers d’une famille ou la violence est servie en guide de petit-déjeuner et qui n’ont plus la soupape de l’école pour se sentir un peu normaux.

« Ça va bien aller » disaient-ils?

Alors, au lieu du « Ça va bien aller » qui peut sembler pour certains comme moi, un peu déconnecté de la réalité (dans certains cas, un peu violent je dirais même), pourquoi ne pas s’écouter vraiment l’un l’autre? S’encourager avec des « C’est difficile mais ne lâche pas, je suis là pour toi »? Et, choisir plutôt que véhiculer un « Ça-va-bien-aller-cul-de-sac » de véhiculer ce genre de message plus empathique qui ne donne pas l’impression que la tristesse soit anormale et inexprimable.

Bref! J’ose le dire (ou l’écrire surtout!) ici!

Allez! Ça va faire les « Ça va bien aller »!

Parce que je ne sais pas pour vous mais personnellement, ces mots en ces temps un peu chaotiques m’égratignent et me hérissent très clairement plus qu’ils ne me réconfortent vraiment!

Je le crie haut et fort! Certainement que ça finira pas mieux aller. Mais c’est fort probable aussi que d’ici là, ce soit franchement la galère !

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