Laisser aller

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C’est difficile n’est-ce pas de laisser voler nos enfants de leurs propres ailes? Cela en sachant très bien qu’ils tomberont parfois.

Parce que la vie est ainsi faite n’est-ce pas que nous tombons tous un jour ou l’autre.

Espérant leur avoir transmis tout ce qu’il leur faut pour se relever chaque fois. Mais craignant que ce ne soit pas encore le cas. Ou pas assez…

Parfois, en regardant mon garçon qui aura déjà dix ans la semaine prochaine, je réalise à quel point je suis mère poule. Et à quel point surtout, j’ai de la difficulté à le laisser prendre de l’autonomie.

Et c’est paradoxal n’est-ce pas parce que ce que je souhaite le plus au monde pour lui c’est justement qu’il devienne autonome ! Mais voilà! Juste à l’idée de le laisser aller seul au dépanneur par exemple, j’en ai des sueurs froides.

Je me mets alors à imaginer tout ce qui pourrait arriver. Mais qui n’arrivera fort probablement jamais, je ne le sais que trop bien ! Qu’il se fasse enlever par un fou passant justement sur son chemin par exemple. Frapper par un autre, de ceux, fous du volant, qui n’ont pas encore compris la signification des lumières rouges. Qu’il se perde en route. Qu’il ne retrouve pas son chemin…

Et quoi d’autre encore ?

Mais au fond, ce ne sont sans doute là rien d’autre que mes peurs à moi. Celles de la mère qui devra bien se redéfinir un jour prochain. Non plus comme la « protectrice » d’un jeune enfant incapable de voir à ses propres besoins. Mais de plus en plus comme la mère d’un pré-ado en voie déjà de me dépasser en grandeur.

Je ne peux alors m’empêcher de repenser à cette pré-adolescente que j’ai moi-même été vers 8 ou 10 ans. Celle qui passait ses journées dans le boisé près de chez-nous avec les autres jeunes de ce village perdu ou j’habitais. Passant des heures à construire ce qui ambitionnait de devenir un camp en bois rond. Mais qui finalement, est demeuré pour toujours un enchevêtrement de branches et de fines brindilles qui n’auraient jamais au grand jamais survécu au vent le moindrement motivé…

Qu’importe ! Nous ne sortions du bois que pour venir dîner. Puis pour souper. Avant de finalement revenir nous coucher. Cela après que nos mères ne nous l’aient crié au moins dix fois !

Et d’une façon un peu incroyable – je suis forcée de l’admettre presque quarante ans plus tard! – aucun de nous n’est jamais mort d’ainsi passer nos journées aussi loin du regard de nos mères. Tout au plus en sommes nous revenus parfois avec une égratignure ici ou là.

Mais très certainement, rien pour écrire à sa mère! C’est le cas de le dire !

Aussi, je me demande… Que s’est-il passé ces quarante dernières années pour que tous, autant que nous sommes, ayons ainsi été comme parachutés dans un monde dans lequel nous avons peur de tout! De ce qui se retrouve dans ce qu’on mange, de l’étranger qui s’installe à côté de chez-soi, de ce qu’on ignore comme de ce qu’on connait trop bien.

Mais aussi, parfois, de ce qui pourrait arriver à nos enfants s’ils quittaient ne serait-ce que cinq secondes notre regard… À preuve, tous ces enfants qui aujourd’hui portent sur eux un téléphone cellulaire un peu comme on porte une laisse. Non pas pour qu’ils puissent communiquer à leur guise. Mais plutôt pour que nous, parents toujours inquiets, puissions les rejoindre en tous temps !

En ce qui me concerne, je n’ai pas encore franchi ce pas d’imaginer qu’un téléphone donné à mon fils pour me rassurer soit la solution à mon problème de « mère-poulitude ».

Mais je ne peux m’empêcher de vous le demander…

Dites ! Ça se soigne ?

*****

Ajout: Aujourd’hui, 19 mai, au lendemain de la publication de ce billet, je tombe sur cet article du Journal le Monde qui parle exactement du même sujet que celui dont je parlais hier, soit notre exagération lorsqu’on parle sécurité de nos enfants. Le Monde se demande ainsi dans cet article « Et si on lâchait la bride de nos enfants? »

Comme quoi, cette question, on est pas seuls à se la poser n’est-ce pas ?

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