Le Motherhood Challenge ou la glorification de la bonne mère de famille

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Avez-vous vu passer sur les médias sociaux, Facebook, Instagram ou Twitter, ce nouveau défi à la mode – dans le genre du Ice Bucket Challenge qui a déferlé l’an passé – mais dont le but cette fois-ci n’est rien d’autre que de clamer haut et fort à quel point on est une bonne mère?

Le but de se «Motherhood Challenge» auquel je l’avoue, j’ai moi-aussi souscrit de bonne grâce malgré mes réserves ? Afficher les signes de notre maternité. Puis, taguer les copines ensuite pour les inviter à faire de même.

Je suis tombée la semaine dernière sur cet article de Slate dans lequel on racontait à quel point ce nouveau phénomène a pu crisper de nombreuses personnes devant le fait qu’une fois encore, en attribuant des points aux bonnes mères auto-proclamées qui s’auto-congratulent à tour de bras, on en rajoute du coup…une couche supplémentaire sur ce fameux syndrome de la glorification des mères de familles. Et l’idée qui en découle que les femmes qui ont des enfants sont forcément supérieures à celles qui n’en ont pas.

Peu importe que ce soit par choix (ce qu’il ne faut surtout pas avouer, même sous la torture!) ou bien par la force des choses.

Et par ricochet, que celles qui allaitent sont clairement supérieures à celles qui choisissent de ne pas allaiter. Et encore, que celles qui choisissent de demeurer à la maison sont forcément des saintes par rapport à celles qui décident de continuer d’occuper un boulot… Celles-ci étant clairement des monstres d’égoïsme n’est-ce pas?

Personnellement – et ce ne sera pas la révélation du siècle ici! – je me suis toujours sentie franchement saoulée par cette idée qu’une femme doive nécessairement avoir des enfants pour se sentir complète.

Qu’on s’entende ici ! J’ai toujours su que je voulais des enfants. Et convaincue que j’en aurais effectivement.

Mais le moment venu. Avec le père que j’aurais choisi. Et pas à la sauvette. Parce que c’était arrivé comme ça.

Mais j’avoue que j’ai détesté cette période de ma grossesse pendant laquelle j’ai eu l’impression que mon corps avait soudainement cessé de m’appartenir. Lorsque par exemple, le premier quidam à croiser ma route semblait s’être soudainement auto-permis de toucher mon ventre sous prétexte que c’est donc beau et impressionnant d’imaginer que la vie puisse ainsi grandir en nous. Ou encore, lorsque sur le point d’accoucher, médecins, infirmières et préposés défilaient dans ma chambre d’hôpital pour venir vérifier à quel point j’étais dilatée…

Et après, on se demandera encore comment il se fait qu’après un accouchement, la libido ait disparu sans demander son reste alors que notre corps semble être devenu plus fréquenté que la Gare Centrale à l’heure de pointe ! La grossesse à mes yeux ayant symbolisé pendant un temps la plus visuelle des images destinée à illustrer la fin de mon corps comme étant le symbole de ma féminité. Celui-ci devenant ni plus ni moins que l’équivalent de la cuisinière qui trône dans toute bonne maison… Un outil à usage domestique destiné à fabriquer des enfants et à assurer leur survie alimentaire.

Vous dire à quel point la maternité ne m’est pas venue comme une illumination !!

Le «Motherhood Challenge» à mon sens, ça m’apparaît donc comme la répétition – mais de façon un peu plus insidieuse – de cette pression sociale qui fait en sorte que les célibataires, par exemple, se font presque harceler pour expliquer pourquoi ils ou elles sont encore seul(e)s à trente ou quarante ans. Ou encore, qu’une femme qui ne veut pas d’enfant – par choix – se fasse dire qu’elle changera forcément d’idée un jour.

Parce que clairement, ne pas vouloir d’enfant, c’est forcément contre-nature n’est-ce pas ?

Et que le fait de se reproduire devrait forcément être le but ultime de la vie de toute femme digne de ce nom !

Clairement, avec ce genre de défi, on se croirait revenu dans les années quarante ! La société ne semblant décidément pas se faire à cette idée que les femmes puissent se définir de mille autres façons qu’à travers la lorgnette étroite de la maternité !

Et cela, je trouve ça troublant ! Tout autant que désespérant.

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2 commentaires sur “Le Motherhood Challenge ou la glorification de la bonne mère de famille

  1. J’ai partagé ton billet sur mon Facebook!
    Parce que je partage totalement comment tu te sens…
    La pression est forte pour être si bonnes, si maternelles…
    Mais seulement à la façon « photogénique » de la chose…
    Comme si on devait être en représentation constante.
    La maternité se vit les cheveux hirsutes, en pyjama dépareillé, en party avec des amis pendant que les p’tits s’amusent à on ne sait quoi à côté…
    La maternité est multiples et pas seulement hollywoodien, avec la taille de guêpe trois jours après l’accouchement, et des enfants magnifiques. Parfois ils sont laids, sales et franchement exaspérants! Mais on les aime pareil…!
    (mes enfants sont magnifiques en passant! hihi!)
    Merci d’écrire.
    J’adore ça!

    1. Merci Julie !! C’est super gentil de partager ! Je suis contente de te revoir ici !

      Et oui, effectivement, quand on regarde ces images parfaites de familles encore plus parfaites qu’on tente de nous vendre comme modèle ultime auquel nous devrions toutes nous conformer, on ne peut faire autrement que de se sentir inaptes ! Chez-nous aussi le jupon dépasse souvent. Je crie souvent et je déteste ça. Parce que j’ai peur que les voisins nous entendent, bien sur 😉 Mais surtout, parce que j’ai alors l’impression d’être la seule au monde à ne pas savoir m’y prendre. Je travaille et j’adore mon boulot. Mais je trouve assez agressant de devoir m’en justifier face à cette pression qui veut nous faire croire qu’on serait de bien meilleures mères si nous demeurions à la maison. Que nos enfants seraient bien plus heureux alors. Que l’humanité verrait d’un coup ses problèmes disparaître tant qu’à y être !

      On sait bien que tout cela, c’est du vent. Que pas une femme sur terre ne contrôle tout. Mais c’est un peu comme les extra-terrestres: même si nous n’en avons jamais vu, on continue de nous vendre l’idée. Parce que pendant qu’on se sent coupable, on revendique moins peut-être ?

      Tu vois, c’est le meilleur sujet pour me faire réagir 🙂 Mais que je n’entende personne me dire que c’est en raison de mes hormones :-))))

      Bonne journée à toi ! Et repasse par ici: je ne suis pas sorteuse !

      Marie

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