Le silence au coeur du bruit

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Ces temps-ci, et c’est sans doute un euphémisme que de le dire, j’écris peu. La meilleure formulation toutefois serait probablement d’avouer que je n’écris pas du tout.

Un peu comme si, étourdie par le bruit ambiant, partout, tout le temps, je ne parvenais plus à entendre ma voix. Comme dans une foule un peu trop bruyante qui vous donne le sentiment, malgré la multitude qui vous entoure, d’être seule au monde.

Et ce samedi, alors que je savourais les dernières couleurs de l’automne – celles-ci semblant bien les dernières au monde à savoir que le vent allait d’un instant à l’autre les balayer comme d’un revers de la main, je me suis demandée si moi-aussi, je n’étais pas un peu comme ces feuilles. À l’orée d’un nouveau début.

Sans le savoir encore.

Mais, bien réalistement, je me dis aussi que ce silence, ce n’est peut-être au fond rien d’autre que l’effet de novembre qui arrive. Et qui chaque fois, d’une année à l’autre et même si je l’oublie ensuite, me donne envie d’aller me cacher sous une couverture.

Et comme les ours, de disparaître pour l’hiver.

*****

Il y a quelques années déjà, j’avais écrit un billet qui, chaque fois que je le relis, me semble résonner d’une façon qui me semble particulièrement juste. Et cela, à une fréquence qui se rapproche dangereusement de celle d’un métronome. Au point de me demander parfois si la vie, ce ne serait peut-être pas un peu cela aussi. Les mêmes éternels questionnements auxquels on se retrouve confrontés à intervalles réguliers.

Dans ce billet, je racontais ainsi ce que j’avais voulu appeler alors ma «théorie du chandail trop petit».

Vous savez ?

Ce genre de chandail-doudou que vous portez depuis des années et que vous porteriez jour et nuit, sept jours sur sept si vous le pouviez. Parce qu’il est confortable. Que vous vous y sentez bien. J’oserais dire, presque en harmonie avec l’univers quand vous le portez. Et cela, malgré le tissus qui commence à laisser voir le jour. Ou encore, en dépit du phénomène de mode auquel ce chandail a d’ailleurs cessé de se soumettre depuis des lustres.

Puis ? Un beau matin, vous vous levez avec ce sentiment qu’il y a quelque chose de différent que vous ne savez nommer pour l’heure. Dans le genre vague inconfort que vous préférez – pour le moment – attribuer au mauvais côté du lit sur lequel vous avez posé le pied ce matin-là.

J’écrivais alors ceci.

«Nous n’en saisissons pas nécessairement le sens immédiatement mais on fini bien par se rendre à l’évidence: notre chandail commence sérieusement à être trop petit ! On peut toujours se dire qu’on continuera de le porter un peu, soit le temps nécessaire pour finir la saison peut-être ? Mais vient forcément un jour ou on ne peut plus faire semblant, faute d’avoir l’air d’un saucisson mal emballé ! Ce chandail a beau avoir été le plus confortable du monde, faire malgré ses années l’envie de tous, il ne nous va tout simplement plus !»

Bref !

J’ai le sentiment depuis quelques temps d’être un peu dans ce genre d’inconfort. Un malaise que je ne sais pour le moment pas à quoi attribuer. À l’automne québécois qui cette année, a semblé avoir des problèmes de personnalité limite. Se prenant pour l’été certains jours. Un peu comme s’il refusait d’accepter le poids de ses couleurs trop voyantes. Ou encore, un inconfort que je devrais attribuer à mes hormones. Celles-ci semblant tentées de jouer certains jours les enfants capricieux et qui à l’orée de ma cinquantaine (le mot à bannir ici étant bien sur pré-ménopause, vous l’aurez compris!), ont envie de ruer dans les brancards pour se la jouer Diva. Un peu à la Kate Winslet qui dans Titanic, au moment ou le bateau coule, crie «Et moi? Et moi? Et moi?».

Le problème, vous l’aurez deviné, c’est que je n’ai rien de Kate Winslet moi. Et que par conséquent, cet abordage (ou sabotage) d’hormones, c’est pas mal moins cool dans la vraie vie.

Et puis, je l’avoue, l’idée que le bateau puisse couler (comme tout le reste, oserais-je dire!), c’est loin de m’exciter beaucoup!

Bref! J’ai comme une envie ces jours-ci de faire la morte. Et de me terrer sous mes couvertures.

À l’abri du monde. Et du bruit.

*****

Ces temps-ci, et c’est sans doute un euphémisme que de le dire, j’écris peu. La meilleure formulation serait probablement d’avouer que je n’écris pas du tout.

Un peu comme si, étourdie par le bruit ambiant, partout, tout le temps, je ne parvenais plus à entendre ma voix. Comme dans une foule un peu trop bruyante qui vous donne le sentiment, malgré la multitude qui vous entoure, d’être seule au monde.

Et la vérité c’est que partout ou je regarde, j’ai l’impression que tout le monde a une opinion à exprimer. Une idée à crier. Une opposition à imposer. Aujourd’hui, Pierre, Jean et Jacques (et parfois, Julie, Lucie et Pierrette aussi!) veulent bloguer et, illico, décident tous en même temps de se créer un blogue pour faire cadeau au monde de leurs connaissances.

Des blogues de cuisine ? En veux-tu, en voilà ! Chacun vous promettant mer et monde, même la recette du macaroni au fromage le plus simplissime du monde (oui, oui, j’ai vu sur un blogue un billet qui me promettait la meilleure salade de pâtes du monde! De façon un peu surprenante vous direz, j’ai…résisté à l’envie d’essayer!).

Des «spécialistes» du «blogging»? Vous en trouverez treize à la douzaine. Promesse de se mettre riche en bloguant incluse en sus.

Mais s’il ne s’agissait que des blogues ! Car il suffit de tomber sur un forum quelconque ou encore, d’oser aller lire les commentaires à la suite d’un article quelconque pour…avoir la nausée en deux secondes et quart. Parce qu’aujourd’hui hélas, ce n’est plus «in» de réfléchir avant de commenter. La mode étant désormais à l’instant. Fut-il disgracieux.

Bref ! Dans tout ce brouhaha qui en ce qui me concerne n’a d’autre effet que de m’étourdir, je n’ai plus qu’une envie.

Celle d’annuler mon abonnement à internet et de me faire ermite.

Au moins jusqu’à demain.

Ou encore, en attendant de trouver un nouveau chandail à aimer.

Mais à tout le moins, de trouver quelque chose à écrire qui ne l’ait pas été dix-mille fois déjà.

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