Les pieds dans le vide

Crédit: Pexels

Il y a des matins comme ça.

Les mots qui se chevauchent. Les idées qui s’emmêlent.

J’ai beau m’évertuer alors à tenter de trouver le point central de mes réflexions, celui qui me permettra éventuellement d’écrire – parce qu’il faut bien un sujet de départ n’est-ce pas ?

C’est peine perdue.

Alors inutile de préciser sans doute que de trouver un titre, on en parle même pas !

Un peu à l’image d’un puzzle dont les morceaux sont éparpillés. Mais derrière lesquels on pressent un ensemble qui vaut néanmoins la peine de chercher, et chercher encore, la meilleure façon d’assembler tout ça.

*****

Je ne sais pas si c’est l’occasion de la journée de la femme qui, comme chaque année, à mis sur la sellette depuis quelques jours une quantité assez phénoménale d’articles traitant de ces inégalités qui touchent les femmes de partout. 

Ou encore, si ce ne serait pas plutôt l’accumulation de toutes ces nouvelles depuis des semaines, des mois, voire, des années qui chacune démontre que partout dans le monde, ici comme ailleurs, être femme, finalement c’est bien compliqué.

Parce qu’en naissant femme, je le réalise avec de plus en plus d’acuité, ça signifie partir avec un nombre d’embûches franchement supérieur quant vient le temps de se réaliser que ce ne l’est pour l’autre moitié de l’humanité.

Des exemples ? Écrire quant on est femme, c’est savoir que nos écrits seront franchement très rarement – sinon jamais! – cités. Que nos chances de publier seront des dizaines de fois moins importantes que si nous avions été un homme.

Parce que clairement – et un peu tragiquement je trouve – la littérature des femmes est rarement prise au sérieux. À preuve, les grandes remises de prix qui toutes, presque sans exception, couronnent année après année, des hommes. À preuve cette liste des dix auteurs les plus lus dans le monde qui tous, sont des hommes. Et cela, peu importe que l’on parle de la liste des classiques que l’on trouve ici. Ou bien celle des auteurs contemporains dans laquelle figurent les Marc Lévy, Guillaume Musso, Joël Dicker et autres auteurs masculins de ce monde ou le masculin semble devoir l’emporter jusqu’à la fin des temps.

Les femmes étant franchement minoritaire au classement.

On parle de ce phénomène ici par exemple.  Puis ici.  Et .

Mais je me dis qu’à cela s’ajoute peut-être un autre phénomène, tout aussi insidieux. Soit ce fameux syndrome de l’imposteur qui trop souvent, fait en sorte qu’en tant que femme, on se discrédite peut-être un peu soi-même aussi…

J’en suis venue à cette réflexion la semaine dernière alors que je discutais par internet avec une jeune femme, rédactrice en tous genres. Celle-ci ayant débuté sa petite entreprise sur le web, offrant à ses clients de rédiger pour eux divers documents (lettres, billets de blogues, thèses, etc..) se retrouvait ainsi franchement dépassée par une demande grandissante. À tel point qu’elle se voyait maintenant obligée de trouver des collaborateurs pour prendre le relais sur certains dossiers.

Beau problème n’est-ce pas ?

Sauf qu’en discutant avec elle, alors que je lui parlais de mes expériences et que je tentais de la convaincre de mes compétences, j’ai été renversée de découvrir à quel point j’avais moi-même minimisé ces dites compétences que je tentait maintenant de lui vendre.

Et puis, après l’avoir pratiquement convaincue (elle était prête à me donner un premier mandat!), j’ai été prise comme d’une révélation.

Soit que moi, cette fille qui écrit pour le web depuis presque dix ans, sous mon propre nom au demeurant, je n’étais tout simplement plus une débutante. Et que par conséquent, je n’avais finalement que très peu d’intérêt à écrire des textes que d’autres signeraient de leur nom…

Trop vielle pour me cacher derrière les autres, me suis-je dit !

*****

Depuis quelques semaines, j’ai ce sentiment d’une vague aux formes imprécises mais qui semble vouloir se diriger vers moi avec la précision d’un compas. Un mouvement que je n’ai pas vu venir mais qui maintenant, m’envahie avec force.

Un besoin irrépressible.

Celui d’être. Au-delà des conventions sociales. Au-delà de ce qu’on attend de moi en tant que femme, en tant que mère, en tant qu’épouse. Bien au-delà en fait de toutes ces étiquettes qui vous encorsettent jusqu’à ne plus vous laisser respirer.

J’ai envie d’écrire et que mes mots n’aient pas de sexe.

J’ai envie que mes écrits respirent plus que moi, la femme, je ne l’ai pu à certains moments de ma vie.

Et qu’après ma mort, me reste ce sentiment d’être parvenue, même de façon fragmentaire, à mettre un peu d’ordre dans tous ces mots dissipés et emmêlés qui parfois, m’ont donné le sentiment de se chevaucher dans un joli chaos informe.

Ou encore, ceux là, des mots qui m’ont tenue éveillée à certains moments.

Ou ces autres encore qui m’ont au contraire réveillée au milieu de certaines nuits, pressée alors d’aller les couchers, eux, sur papier…

Et cela, même si je ne devais jamais être prise au sérieux.

Parce que je n’aurai pas su faire autrement.

Ou mieux.

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