L’insoutenable lourdeur des objets qui nous entourent

Crédit: Pexels

Ces jours-ci, alors que nous sommes finalement parvenus, l’Homme de la maison et moi, à vendre cet infernal duplex qui nous en a fait voir de toutes les couleurs depuis trois ans, j’ai un peu cette impression de littéralement trier ma vie. Et c’est ainsi dans cette opération visant à préparer notre déménagement pour un appartement beaucoup plus petit que je me vois maintenant obligée de me défaire du superflu…

Et ce processus, ça me ramène, comme dans un flashback au cinéma, un an en arrière alors que je vidais l’appartement de ma mère partie en résidence… Je me souviendrai toujours comme d’un choc ce moment précis ou j’ai réalisé que tout ce qu’elle avait amassé comme si c’était de l’or, sa vie durant, personne n’en voulait plus désormais. Des objets du quotidiens, des babioles ramassées par hasard ou pour rien, de belles nappes dont elle ne s’est jamais servie, parce qu’elle les conservait pour une occasion spéciale. Occasion qui ne s’est jamais présentée il va sans dire.

Ou plus réalistement, parce que le moment venu, ma mère avait probablement oublié la nappe en question…

Des tas d’objets, désormais orphelins, que j’ai alors du jeter pour les uns, donner dans d’autres cas. Ou littéralement abandonner sur place, sans même un dernier regard.

Du coup, ce qui semble être une répétition un an plus tard, alors qu’en quittant notre duplex, j’ai le sentiment de refermer un chapitre un peu tumultueux de ce qui d’ici peu, se conjuguera au passé, ça me fait réfléchir à notre lien aux objets.

Et, en me préparant moi-même à déménager, j’ai comme envie de  redéfinir ce qui est vraiment utile. Pour me défaire de l’inutile.

Ces photos que je n’ai pas regardé depuis des lustres, mal cadrées pour certaines, embrouillées parfois. Ces livres que j’ai lu il y a 20 ans et que je ne relirai vraisemblablement jamais (la vérité étant que compulsivement, je résiste difficilement à l’achat d’un nouveau livre, même si 13 à la douzaine m’attendent encore sur ma table de chevet). Les cadres qui allaient dans ma première maison mais qui n’ont pas trouvé leur place depuis, autrement qu’en s’empilant dans les recoins de ces penderies dont j’ai fini par oublier jusqu’à l’existence. Cette nappe brodée de marguerites en rubans, achetée au marché de Noël, à Prague en 2010. Un trésor que je conservais soigneusement (tiens donc! pour une occasion spéciale! ) et que je n’ai encore jamais utilisé (parce que je la trouve trop belle!) Des objets déco qui ont oublié leur raison d’être et qui prennent désormais la poussière. Les jouets de mon fils, retrouvés par hasard dans une boîte oubliée dans un recoin du sous-sol, à notre arrivée il y a trois ans. Des CD à n’en plus finir… que je n’écoute plus. Parce que, voyez-vous, la musique aujourd’hui, elle se trouve dans le grand nuage. Comme nous, de plus en plus dématérialisée,….

Toutes ces babioles, menus objets et autres égarés de l’existence sensés nous définir en tant qu’individus. Mais qui au final, finissent par nous enfermer sous leur poids.

***

Ce midi, assise au soleil avec une amie, celle-ci me disait justement, un peu comme dans un effet de synchronicité, que son plus cher désir ces temps-ci serait de n’éprouver plus aucun désir. Non pas pour les humains, mais plutôt pour quelque objet que ce soit. Un peu comme un ultime pied de nez à notre société de consommation qui fait de nous des esclaves de l’accessoire.

Avec cette promesse de nous rendre heureux.

Mais qui au final, comme nous avons fini par en convenir, nous demandent une énergie folle.

Pour les épousseter, les classer, les oublier parfois. Pour leur trouver un coin, loin de notre regard, de façon à oublier, par moments, au moins trois secondes et quart, ce chaos qui fini par nous dépasser.

Rien de moins qu’une énergie phénoménale pour les gérer!

En discutant, mon amie me racontait qu’elle et son conjoint en étaient venu à louer un mini-entrepôt dans lequel ils n’avaient eu d’autre choix que d’entreposer tout ce fratras qui n’entrait pas dans leur petit condo du centre-ville. Une idée que, je l’avoue, l’Homme de la maison et moi avons justement évoquée ces derniers jours pour disposer de tout cet excédent qui n’entrera pas dans notre nouvel appartement. Et / ou que nous ne seront pas parvenus soit à vendre, soit à accepter de nous défaire.

Et une grande question s’est alors mise à tournoyer dans ma tête en entendant cette amie me parler de son mini-entrepôt. Et tout ces objets que nous sommes prêts à envisager de remiser pendant un an, dans le meilleur des cas, ou plus longtemps encore, plus réalistement, et dont nous devront vraisemblablement envisager de nous passer pendant très longtemps… Et si ce n’était pas là, encore, un peu le symbole criant de ces pansements que l’on crains de retirer d’un coup? L’éternelle remise à plus tard d’une décision inéluctable?

Celle de se défaire, une fois pour toute, de tout ce superflu qu’il nous faut une énergie folle à organiser.

Mais clairement, à l’évidence peut-être bien, la preuve ultime que nous n’en avions peut-être pas aussi besoin que nous le pensions…

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