Liv Maria, Julia Kerninon

J’ai toujours été fascinée par les multiples facettes qui se côtoient en un seul humain. Et le fait que parfois, ce sont les personnes les plus près de nous que, paradoxalement, nous connaissons le moins.

Voilà résumée toute l’idée qui m’a semblé traverser le dernier livre de Julia Kerninon, «Liv Maria» que je viens de lire avec bonheur. Merci à l’éditrice, Annika Parance qui me l’a gentiment fait parvenir!

Ici, l’histoire qui est racontée c’est celle de Liv Maria Christensen, une jeune fille qui vit sur une île, un peu en retrait du monde. Un jour, à la fin du printemps de ses dix-sept ans, un voisin agresse la jeune fille. Et – est-ce pour protéger leur fille ou bien leur réputation, on ne le sait pas précisément – ses parents décident alors de l’exiler au loin, chez une tante qui habite Berlin, sous prétexte d’apprendre l’anglais. Et, c’est là précisément que se nouera littéralement son destin en la personne de ce professeur d’anglais dont Liv Maria tombe follement amoureuse, le temps d’un été. Une histoire doublement interdite ici puisque l’homme, beaucoup plus âgé qu’elle pourrait être son père. Mais surtout, parce qu’il est marié et lui-même père dans une vie parallèle …

Pour lui, cette histoire avec Liv Maria, c’est un peu comme une parenthèse, ou encore, un pique-nique qu’on s’accorde loin de chez-soi. Alors que pour Liv Maria, c’est rien de moins que l’éblouissement de l’amour qui se révèle à elle.

Sans trop en révéler de l’intrigue, on peut donc dire que tout part de là, de cette rencontre, dans ce qui se révèle être un très beau portrait de femme. Et, la (les) grande(s) question(s) que semble poser l’autrice à travers son livre, ça se résume un peu à ceci:

«Que saisissons-nous des gens la première fois que nous posons les yeux sur eux? Leur vérité, ou plutôt leur couverture? Leur vernis, ou leur écorce?»

Je dirais que cette citation, c’est pas mal le coeur de ce livre qui nous montre justement à quel point sous une identité, peuvent parfois cohabiter mille vies, par forcément en accord l’une avec l’autre… Parce que vient le jour où Liv Maria, après maints détours, se retrouve dans une vie aux antipodes. Celle d’une femme mariée, même de deux garçons et dont le secret de la vie d’avant plane un peu comme l’ombre d’un corbeau… Parce que bien sûr, comme dans tous les romans il faut bien quelques revirements, l’histoire réservera évidemment à Liv Maria quelques écueils qui viendront aviver notre lecture. Un peu moins la paix d’esprit de l’héroïne, qu’on se le dise!

Vraiment, c’est un de mes coups de coeur de cet automne qui débute. Une écriture toute en finesse. Et certains passages que j’ai trouvés fabuleusement bien écrits, notamment cette scène d’amour que j’ai d’ailleurs surlignée en jaune fluo tant j’aurais aimé l’avoir écrite! Des mots dans lesquels on ne peut faire autrement que de ressentir pleinement le vertige dans lequel se trouve Liv Maria et à quel point cette expérience sera marquante pour elle. Une écriture qui m’a semblé être rien de moins que de la dentelle.

«Ce qu’on pouvait faire avec un corps – avec deux corps. Les frottant l’un contre l’autre comme des silex, longtemps, patiemment, jusqu’à faire jaillir des étincelles, puis le feu, le feu ravageant toutElle n’avait jamais deviné, jamais soupçonné la transformation qui s’opérait lorsque deux corps se touchaient – comment les peaux cessaient d’être peaux, les muscles d’être muscles, comment tout cela semblait se redresser et se mettre à chanter. C’était l’odeur de la pluie sur la route, sur la terre, dans les herbes…» (Pages 52-53)

Vous l’avez lu? Sinon c’est définitivement à ajouter à votre liste.

Une lecture définitivement moins légère qu’on pourrait le penser.

«Liv Maria», Julia Kerninon, Annika Parance Éditeur

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