Manuel de cuisine raisonnée, École normale de Saint-Pascal

Inutile de le dire! Les trouvaillent littéraires ne se retrouvent pas toujours uniquement dans les nouveautés des libraires. Et justement cet automne, je suis tombée sur ce qui est rien de moins qu’un petit bijou de littérature que l’on peut classer sans hésiter dans la catégorie «Must To have» de toutes bonnes bibliothèques!

Un vieux manuel aux pages désormais jaunies, destiné aux jeunes filles d’autrefois (futures maîtresses de maison, il va sans dire!). Celui-ci a connu de nombreuses rééditions au fil du temps, bien sur. Toutefois, l’une des premières éditions, celle de 1919 vaut vraiment le détour tant les propos qu’on tenait à l’époque envers les jeunes femmes étaient sans équivoque.

Et ça se résumait en bien peu de mots. Du genre «loin de votre maisonnée Mesdames, point de salut!»

Alors aujourd’hui, j’ai décidé de faire d’une pierre deux coups et d’intégrer dans mon calendrier littéraire de l’Avent une chronique «Pages féminines d’un autre temps» en vous présentant ce «Manuel de cuisine raisonnée» rien de moins que sorti des boules à mites. Et pour notre plus grand bonheur, il est accessible en ligne sous forme numérique ainsi que dans plusieurs bibliothèques publiques. Facile donc de pouvoir le consulter. On le retrouve également en version numérique à ce lien.

D’office, le but de ce livre est présenté dès l’introduction. Alors qu’à l’époque, semble-t’il, les divers ouvrages sur le marché se présentaient comme des livres de recettes seulement, et non pas d’économie domestique en en tant que tel, les auteurs de celui-ci avaient un but beaucoup plus «nôble» avec le leur. Soit d’offrir un livre qui, se destinant aux jeunes filles des niveaux élémentaires, aurait pour mission de leur enseigner les principes qui feraient d’elles de bonnes ménagères et de futures maîtresses de maison à nulle autre pareilles. Comment? En leur présentant les règles et principes de la bonne ménagère, rien de moins. Et de tout ce qui «ennoblit d’autant l’art de la personne qui cuisine, et relève sa mentalité.» (page.5)

Rien que ça!

«Toute femme s’ennoblit au contact de la science domestique, elle acquiert un sentiment plus vif de la réalité des choses, une pondération qui est en même temps une force pour la vie.

Dans la série des fonctions domestiques, cuisiner semble pour un grand nombre de femme une occupation inférieure; or, il n’existe pas de tâche secondaire pour la ménagère qui comprend ses fonctions: tout travail est ce que le fait celui qui l’accomplit

(page 7)

J’ai vraiment craqué, je l’avoue, pour ce chef-d’oeuvre de sexisme d’une autre époque!

Plus loin, on lit ceci:

«La science domestique est donc un puissant moyen d’éducation sociale; elle démontre même aux femmes du grand monde que la fortune ne les libère d’aucun de leurs devoirs vis-à-vis de ceux qui les entourent, et que la maîtresse de maison tient dans ses mains l’avenir de la famille et de la nation.»

(page 9)

On le voit vraiment dans les vieux journaux d’époque à quel point la société d’alors s’acharnait à valoriser le rôle des femmes afin de les garder à la maison. Mais je trouve encore plus fascinant la lecture des vieux livres comme celui-ci destinés au public féminin et qui ne visait visiblement qu’un seul message, soit la valorisation du rôle de la ménagère.

L’édition de 1926 publiée à Ottawa énonçait d’ailleurs quelques postulats sur la conduite morale de la femme : 

«On parle beaucoup de nos jours des droits des femmes, du rôle qu’elle est appelée à jouer, même sur la scène politique, pour le relèvement de la société. Les uns rient, les autres crient, la plupart gémissent devant le nouvel état des choses. La femme avertie comprend pourtant qu’elle n’a pas à évoluer sur un autre théâtre, ni assumer d’autres charges pour satisfaire aux exigences modernes sans s’attirer les anathèmes des traditionnalistes. Elle se rend vite compte que nulle part, elle ne trouvera à utiliser plus avantageusement les ressources de son cœur, de son esprit et de sa volonté à satisfaire plus largement son besoin de se donner aux siens, d’être utile à la société, de servir son pays qu’en son propre foyer… Et dans son foyer, le problème qui sollicite tout d’abord son attention; c’est la cuisine… Enfin la science de l’alimentation a son influence jusque sur la moralité publique. Que de pauvres ouvriers sont devenus des alcooliques, puis des criminels pour avoir été mal nourris d’abord (…). Comment donc la femme se laisserait elle entrainer loin de son véritable champ d’action? (…) C’est en comprenant mieux qu’elles rempliront la tâche assignée par Dieu dès le commencement à la femme et dont Marie, la Vierge admirable, a magnifié en les sacrifiant les plus humbles détails ».

Que dire de plus, n’est-ce pas ? Sinon qu’on parle là d’une très fascinante époque dont on ne s’ennuit tellement pas!

***

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