Ne tuons pas la beauté du monde ou Instagram et la dénaturation de tout ce qui bouge

Signe que le phénomène prend de l’ampleur, on en a beaucoup parlé cet été sur le web ainsi que sur les médias sociaux. Notamment dans cet article criant de vérité sur lequel je suis tombée il y a quelques jours.

Dans celui-ci, on raconte en effet à quel point Instagram peut être devenu une nuisance pour les sites naturels, envahis d’«Instagrammeurs» et autres «influenceurs» auto-proclamés qui envahissent littéralement certains sites naturels. Au point d’en tuer toute l’âme et la beauté, lorsqu’il ne s’agit pas de les piétiner littéralement.

Et, on parle ici de sites naturels mais je serais tentée d’élargir ce fléau aux sites touristiques. Eux-aussi se trouvant écrasés sous le poids de hordes de touristes venus, non pas découvrir un lieu spécial et chargé de symbolique et / ou d’histoire, mais plutôt quérir la photo parfaite. Celle qui apportera son lot de «Like» sur les réseaux sociaux.

Ce phénomène, je l’ai vraiment expérimenté lorsque je suis allée à Barcelone, en juillet dernier.

Mais bon! Parenthèse ici. Je ne jouerai pas les naïves en prétendant que je ne m’attendais pas à ce flot de touristes dans l’une des villes les plus touristiques au monde, à un moment de l’année des plus achalandés qui plus est. Honnêtement, je savais pas mal à quoi m’attendre en choisissant de partir en voyage en juillet. Toutefois, j’avoue que j’ai été pas mal renversée par ce phénomène des Instagrammeurs qui – qu’on se le dise! – arrivent sur un site, siphonnant littéralement tous l’air alentour en un temps record. Des jeunes femmes qui arrivent, sous un soleil de plomb, vêtues d’une robe de soirée digne du tapis rouge pour les Oscars, maquillées comme pour des photos de magazines,…et qui monopolisent la place, déterminées à l’avoir cette photo parfaite qu’elles pourront téléverser sur leurs réseaux… Des jeunes hommes aussi, qui s’installent pour poser avec l’aisance d’un Prince des Milles et une nuits à qui tout est du…

Tant pis pour les milliers d’autres touristes qui, à côté, ne souhaitaient que profiter des lieux!

Nous avons beaucoup ri en les cherchant sur Instagram. Parce que la plupart du temps, d’une façon un peu ridicule, le mot clic #SagradaFamilia nous amenait, non pas l’image de la célèbre construction. Mais une suite de photos d’Instagrammeurs dont on ne voyait que la petite personne. Tant pis pour la Sagrada, n’est-ce pas ! Pas de place pour elle sur la photo !

Inutile de dire que ça a été la même chose au Parc Guëll ou nous avions pourtant réservé nos billets pour 8h le matin, imaginant bien naïvement qu’il y aurait moins de monde…. Mais aussi, à la Pedrera tout autant que sur la célèbre Rambla. Chacun cherchant à capturer son cinq minutes de gloire…

La photo qui illustre ce billet, je l’ai moi-même prise à deux pas de la Sagrada Familia, l’un des sites parmi les plus visités au monde avec quelques 7,000 visiteurs… par jour (si je me souviens bien!). Alors je vous laisse en conclure que ma photo, elle est bien loin d’être le reflet de l’achalandage monstre que l’on est forcés de constater lorsqu’on s’y rend. Mais comme j’habitais littéralement à deux pas de ce monument, j’ai pu m’y rendre très tôt le matin, seule façon envisageable d’obtenir cette photo dépouillée de vie humaine.

La vérité, c’est que le souvenir que je conserve de ce voyage, ça s’apparente à un genre de Disney World. Du monde partout, tout le temps, jour et nuit. Du bruit et des magasins de souvenirs aux deux portes aussi. Mais surtout, l’omniprésence des perches à selfies et des Instagrammeurs convaincus d’être la vedette de l’heure.

Mais la vérité, c’est que de plus en plus, partout où l’on va, il semble impossible de se recueillir pour apprécier ce que l’on voit. Que ce soit à Figueres où, au Musée Dali, je suis sitôt sortie de la salle que j’y étais entrée (tous ceux qui se trouvaient dans la dite-salle étant en ligne pour prendre une photo au cœur d’une installation «Daliesque»). Qu’ici, dans le Vieux-Montréal où une ruelle bordée de fleurs attirent son lot de chasseurs de photos à toutes heures du jour. Il est devenu impossible de seulement apprécier ce que l’on voit. De seulement être présent pour ressentir.

Je ne sais pas encore quelle destination je choisirai pour mon prochain voyage. Mais je me prends à rêver que ce soit loin de la foule.

On peut rêver n’est-ce pas ?

Mais je suis curieuse! Et vous ? Avez-vous expérimenté ce phénomène ailleurs?

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