2022 comme dans une boucle spatio temporelle

Les deux dernières années ont occasionné leur lot de défis pour chacun de nous, ce n’est rien de le dire! Alors cette année, avec ce passage à 2022, j’ai un malaise avec le fait de souhaiter la bonne année.

Parce qu’avec cette remontée de la pandémie qu’on expérimente tous en ce moment, j’ai en ce qui me concerne l’impression qu’on est tous comme pris dans une boucle temporelle. Ici au Québec, c’est depuis avant-hier le retour du couvre-feu et d’un quasi-confinement… Bref, le parfait mélange pour la déprime.

J’essaie de me concentrer sur le positif. De me souvenir que chez-nous, nous avons cette chance de n’avoir pas perdu nos emplois, de «s’avoir» les uns des autres. De ne manquer de rien. Rien de matériel du moins. Parce que, pour ma part en tout cas, carencée de liens signifiants, sociaux, amicaux et émotifs, je le suis à un point tel que je ne parviens même pas à trouver les mots pour l’exprimer.

N’empêche! La pandémie m’a fait découvrir que j’avais un bon mari et qu’on était ensemble pas mal plus solides que je le pensais.

Je parle rarement de lui ici autrement que comme «L’homme de la maison» mais que je vous le confie aujourd’hui: voilà vingt ans que nous sommes ensemble. On s’est connus en 2001 dans le milieu de travail où j’étais alors, tout juste avant l’écrasement des célèbres tours du World Trade Center. Au cours des vingt dernières années, on a connu de merveilleux moments comme des crises. Certaines dans les eaux de celles que traversent tous les couples. D’autres qu’on n’aurait jamais imaginé avoir à vivre, comme la perte d’un enfant par exemple. Vingt ans plus tard, une pandémie mondiale, rien de moins, me fait réaliser qu’on est pas mal plus solides que je l’aurais cru. Parce que clairement, passer deux ans en télétravail dans un petit condo montréalais avec un adolescent qui au surplus s’est retrouvé lui aussi par moments à devoir faire l’école à distance sur un coin de table, ça vous teste une dynamique familiale assez rudement merci!

Mais je n’oublie pas que beaucoup ont perdu leur emploi, qu’à la pandémie s’ajoute le stress de faire vivre sa famille et ou de juste payer les factures, que des femmes sont isolées avec un mari violent, avec le risque de se faire tuer. Je n’oublie pas que des personnes âgées sont seules et que tous, on a nos fragilités qui rendent cette pandémie difficile, d’une façon ou d’une autre.

Alors ce que j’ai envie de nous souhaiter à tous en 2022, c’est de la douceur, de la bienveillance et surtout, d’avoir au moins une personne qui soit là pour nous. Car on a surtout besoin de ça en 2022 je pense – plus que le faux espoir que la nouvelle année sera fabuleuse – savoir qu’il y a quelqu’un qui est là pour nous. Et qu’on n’a pas besoin de faire semblant que ça va bien et que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, licornes à l’appui.

Aussi et enfin, parce que je suis consciente que j’ai pas mal délaissé ce lieu depuis deux ans, un peu pas mal parce que l’atmosphère ambiant m’a semblé particulièrement difficile, en plus de me donner plus d’une fois le sentiment que j’étais lourde et mes mots inutiles, je vous remercie vous qui êtes toujours là à me lire.

Car même si je sais que je suis loin de produire de la grande littérature, le fait de ces quelques mots que j’arrive à «pondre», ça me donne le sentiment de ne m’être pas encore irrémédiablement éteinte.

Parce qu’à n’en pas douter, les vents contraires depuis quelques temps, ils ont pas mal plus à voir avec des bourrasques qu’avec de légers vents du sud.

Pages féminines d’un autre temps…De l’éducation des femmes selon Rousseau

L’éducation idéale d’une femme selon Rousseau.

Mesdames, sachez-le! Les hommes survivraient bien sans nous, mais pas nous sans eux!

«Faites-en une honnête femme, et soyez sûre qu’elle en vaudra mieux pour elle et pour nous.
S’ensuit-il qu’elle doive être élevée dans l’ignorance de toute chose, et bornée aux seules fonctions du ménage ? L’homme fera-t-il sa servante de sa compagne ? Se privera-t-il auprès d’elle du plus grand charme de la société ? Pour mieux l’asservir l’empêchera-t-il de rien sentir, de rien connaître ? En fera-t-il un véritable automate ? Non, sans doute ; ainsi ne l’a pas dit la nature, qui donne aux femmes un esprit si agréable et si délié ; au contraire, elle veut qu’elles pensent, qu’elles jugent, qu’elles aiment, qu’elles connaissent, qu’elles cultivent leur esprit comme leur figure ; ce sont les armes qu’elle leur donne pour suppléer à la force qui leur manque et pour diriger la nôtre. Elles doivent apprendre beaucoup de choses, mais seulement celles qu’il leur convient de savoir.

Soit que je considère la destination particulière du sexe, soit que j’observe ses penchants, soit que je compte ses devoirs, tout concourt également à m’indiquer la forme d’éducation qui lui convient. La femme et l’homme sont faits l’un pour l’autre, mais leur mutuelle dépendance n’est pas égale : les hommes dépendent des femmes par leurs désirs ; les femmes dépendent des hommes et par leurs désirs et par leurs besoins ; nous subsisterions plutôt sans elles qu’elles sans nous. Pour qu’elles aient le nécessaire, pour qu’elles soient dans leur état, il faut que nous le leur donnions, que nous voulions le leur donner, que nous les en estimions dignes ; elles dépendent de nos sentiments, du prix que nous mettons à leur mérite, du cas que nous faisons de leurs charmes et de leurs vertus. Par la loi même de la nature, les femmes, tant pour elles que pour leurs enfants, sont à la merci des jugements des hommes : il ne suffit pas qu’elles soient estimables, il faut qu’elles soient estimées ; il ne leur suffit pas d’être belles, il faut qu’elles plaisent ; il ne leur suffit pas d’être sages, il faut qu’elles soient reconnues pour telles ; leur honneur n’est pas seulement dans leur conduite, mais dans leur réputation, et il n’est pas possible que celle qui consent à passer pour infâme puisse jamais être honnête. »

(«De l’éducation des femmes – Émile, ou de l’Éducation», Jean-Jacques Rousseau, 1762, source Galliga)

Coups de coeur 2021 – Le shopping intelligent

S’il y a bien une chose que les deux années de pandémie qu’on a tous et toutes derrière la cravate m’auront fait réaliser, c’est bien celle-ci. Avant mars 2020, comme vous peut-être, j’achetais beaucoup trop de vêtements.

Et dans mon cas, c’est vraiment peu de le dire!

Parce que, si vous êtes comme moi, vous savez pertinemment que l’on résiste difficilement au doux appel de la nouvelle pièce de vêtement qu’il «nous faut tellement dans notre garde-robe». Car si pour certaines ce sont les chaussures qui constituent un piège financier, dans mon cas, je suis folle de vêtements…et de sacs à main. Il me suffit d’ailleurs de passer devant une boutique de sacs pour que l’Homme de la maison et fiston lèvent de concert les yeux au ciel! Parce que clairement, ils voient venir de loin le guet apens.

Bon ! J’exag`ère tout de même un peu, vous l’aurez compris. Mais pas tant quand même, je vous en passe un papier!

Bref! Tout cela pour en venir à la première belle découverte que j’ai faite cette année et que j’ai envie de partager ici. La Reine du Shopping.

La Reine du Shopping, ou Verry Smart selon l’appellation de son site internet, c’est Laurence Bareil, une jeune journaliste et animatrice québécoise qui rapidement dans sa carrière, a développé une réelle passion pour la mode responsable, l’économie circulaire et la rentabilisation des vêtements. Et plutôt que la consommation à outrance, l’habitude du shopping intelligent.

Elle a d’ailleurs publié un livre il y a quelques années, «La bible du shopping intelligent» dans lequel elle partageait ses judicieux conseils afin de faire d’une part de meilleurs achats (l’ABC de l’entretien des vêtements, ce qui fait un vêtement de bonne qualité, comment reconnaître les différentes matières, etc) . Mais surtout, de valoriser ce qu’on a déjà. Ce que souvent, on sous-estime clairement parce que, comme elle le dit elle-même, les plus beaux trésors dorment parfois déjà dans notre penderie.

Mais mon gros coups de coeur de l’année, ce sont les «lives» (ou publications en direct) que Laurence met en ligne chaque jour sur ses pages Instagram et Facebook et dans lesquels elle présente ses fabuleuses trouvailles seconde main. Des vêtements qu’elle nous montre surtout comment porter de multiples façons afin de rentabiliser leur prix.

Et qu’est-ce que ça signifie pour elle une trouvaille? Un vêtement, habituellement de grande marque, pour lequel quelqu’un quelque part a payé le plein prix. Imaginez par exemple un veston Christian Dior dont la valeur à neuf peut facilement tourner autour de 4,000$. Un vêtement très peu porté par son propriétaire et sur lequel, pour une raison ou une autre, Laurence met la main pour une bouchée de pain, on ne sait où (parce que bien sur, c’est son secret!) Et que, ce qui est vraiment formidable ici, elle revend sur son site internet à un prix parfois dix fois moindre que sa valeur. Mais je parle de Christian Dior mais j’ai aussi vu au fil des mois offertes des pièces de Kate Spade, Marc Cain, Brunello Cucinelli, de Coach, ainsi que des pièces de créateurs québécois tels Marie St-Pierre, Denis Gagnon et Andy The-Anh parmi bien d’autres.

Le dimanche matin, au cours d’un «live» d’une durée de deux ou trois heures, une Laurence toute pétillante essaie devant nous ses nouvelles trouvailles de la semaine qu’elle nous montre comment agencer de mille et une façons. De petits bijoux qu’elle déniche qui, soyez en avertis, s’envolent en un clin d’oeil parce que, par la force des choses, elle n’a habituellement qu’un exemplaire de chacun.

C’est ainsi que j’ai moi-même mis la main sur un fabuleux cardigan perlé Karl Lagerfeld en parfaite condition que je ne me serais jamais au grand jamais procuré à plein prix. Et que je porterai avec un bonheur infini alors que sa propriétaire n’en voulait juste plus. Ou encore, un incroyable foulard Guy Laroche en mélange de laine, d’angora et de fourrure de lapin. Pour celui-ci notez qu’ au moment ou j’écris ce billet, il lui reste quelques exemplaires, des foulards neufs avec étiquette, donc jamais portés…. Rien de moins qu’un mystère plus grand que celui de la Caramilk à mon avis. Mais bon, ça ça n’engage que moi n’est-ce pas? Bref! Je dis ça, je dis rien! À vous de voir!

N’empêche! Vous comprendrez donc que la folle de vêtements en moi est heureuse de milles façons en réalisant que je paie moins cher pour des morceaux que je ne me serais jamais procuré autrement. D’une qualité que j’aurai envie de conserver longtemps. Et que surtout, je contribue d’une certaine façon à la tendance de l’économie circulaire qui vise une plus grande conscience des impacts de nos choix sur la planète.

Bref! J’ai cette année pris pleinement conscience de l’impact suréaliste de la consommation de vêtements à outrance sur l’environnement et sur la planète elle-même. Mais aussi et surtout, sur les conditions de misère de ceux qui confectionnent cette «fast fashion» (en Chine, en Inde et ailleurs) et qui ensuite, vient ensuite embourber les dépotoirs de la planète. Parce que, on le sait maintenant n’est-ce pas? L’industrie du vêtement est une des plus polluantes de la planète.

Bref! C’est l’un de mes grands coups de coeur de l’année!

Mes coups de coeur de 2021

Je ne sais pas pour vous mais en ce qui me concerne, avec cette nouvelle flambée de Covid sous l’impulsion d’Omicron, j’ai l’impression d’être arrivée à un point de saturation. On entend tellement parler que de cela, qu’il me semble que mon cerveau n’arrive plus à voir autre chose.

Ce qui, qu’on se le dise, m’apparait particulièrement mortiphère.

N’empêche, même si ce serait clairement un euphémisme que d’affirmer que j’ai probablement moins écrit que je l’aurais souhaité en 2021, demeure qu’au cours de cette année un peu particulière, quelques découvertes sont devenues de vrais coups de coeur. Dans le genre «révélations» que, histoire de se concentrer sur le positif, j’ai envie de partager avec vous.

Alors les prochains jours, et cela jusqu’à la fin de l’année, ce sera ¸ça. De beaux secrets trop bien gardés que je partagerai avec le plus grand bonheur.

Et il y en aura pour tous les goûts. Des titres de livres que j’ai lus (comment faire autrement n’est-ce pas?), des personnalités pétillantes que j’ai découverte à travers des publications en direct sur les médias sociaux, des initiatives, …

Et vous? Qu’est-ce qui a contribué à illuminer au moins un peu votre année?

Bien-cuit qui vivra le dernier

La semaine dernière en Écosse, se tenait la COP26, cette réunion des chefs d’États de partout dans le monde, rassemblés pendant quelques jours pour parler des changements climatiques et des changements nécessaires pour en contrer les ravages.

Une semaine plus tard, c’est un peu comme tous les sujets dans les médias. On est passé à autre chose. Jusqu’à la prochaine fois.

Pour ma part, j’angoisse, littéralement, pour mon fils ainsi que pour la jeune génération qui va définitivement en prendre plein la face des conséquences de ces changements climatiques.

C’est pourquoi, lorsque sur facebook je suis tombée sur une publication d’un abonné qui se croyait bien intelligent en racontant pourquoi la jeune génération se plaignait pour rien, je suis devenue vraiment en colère!

Dans ce massage largement partagé, un abonné de facebook relayait une publication dans laquelle il racontait à quel point une journaliste de SkyNews avait bien remis à leur place les jeunes qui avaient manifesté pour le climat, photo de Greta Thunberg à l’appui. La jounaliste en question les avait «remis à leur place» en leur disant, et je résume dans mes mots, qu’étant la génération qui avait accès aux ordinateurs, qui avait des télés dans chaque pièce de la maison, qui me marchait plus pour aller à l’école (comme dans le bon vieux temps n’est-ce pas?), qui forcément, surconsommait (clairement, ce sont les jeunes qui consomment tout ce que la vie moderne offre!) et bien… que c’était eux les égoïstes mal élevés. Qu’ils n’avaient qu’à se la fermer! Et tiens donc! Tant qu’à faire! Éteignez votre climatiseur (vous vous plaindrez alors pour quelque chose!), allez vous faire un sandwich au lieu de nourriture emballée. Et comme les Témoins de Jéhovah l’auraient certainement proclamé avant lui, réveillez-vous!

Bref! Du gros n’importe-quoi farci de raccourcis intellectuels crasses qui m’a donné envie de hurler derrière mon clavier!

Car très clairement, je trouve ça un peu facile de dire qu’on s’en lave les mains et que les jeunes ont juste à s’arranger avec leurs troubles! Mon fils a 15 ans et j’angoisse à l’idée que sa vie va être très difficile. Aussi, il ne me viendrait jamais au grand jamais à l’idée de dire qu’ils ont juste à se priver de ce que les autres générations ont eu de possibles avant eux. Les changements climatiques, c’est la responsabilité de tout le monde je pense!

Mais on oublie certaines choses importantes ici et qui sont loin d’être des détails anecdotiques.

On oublie d’abord qu’il y a bien des jeunes devant des écrans parce que leurs parents les y stationnent devant alors qu’ils n’ont même pas deux ans… Parce qu’un enfant derrière un écran, ça ne fait pas de bruit n’est-ce pas?

On oublie que du monde qui surconsomme, il y en a de toutes les générations. Notamment certains plus âgés qui sont tout fiers d’affirmer dans les tribunes de journaux qu’eux ont travaillés assez fort toute leur vie, qu’ils méritent amplement de profiter de leur retraite. À chaque génération ses défis, arrangez-vous!

On oublie aussi que les populations les plus impactées par les changements climatiques en ce moment, ce sont paradoxalement aussi celles qui polluent le moins et qui vivent dans des huttes dans des bidonvilles. Alors que les plus grands pollueurs, se sont le 1% des personnes les plus riches qui polluent et surconsomment plus que la moitié de la population de la planète. Parce que non, tout le monde n’a pas une télé dans chaque pièce de la maison. Tous les jeunes ne font pas leurs cours sur des ordinateurs. À preuve la plupart de ces écoles montréalaises qui tombent en ruine. Et ces professeurs qui au début de la pandémie, étaient si mal préparés qu’ils n’étaient même pas en mesure de donner des cours à distance! De cela aussi on pourrait parler bien longtemps !

On oublie par ailleurs que le ravage des océans de plastique, on en parle depuis des décennies déjà. Et signe indéniable que les changements climatiques sont l’affaire de tous, la problématique de la pollution des océan est observée depuis les années cinquante.… Soit bien avant la naissance des jeunes qui aujourd’hui manifestent pour un peu d’air et de verdure. Bien avant la mienne aussi.

On oublie enfin tous ces animaux marins qui meurent sur les plages et qu’on retrouve l’estomac rempli de déchets de plastique divers et autres restes de ces masques jetables qu’on a consommé à outrance depuis deux ans déjà.

Bref! J’angoisse.

Parce qu’aussi catastrophique soit la situation, les solutions ne sont pas tant à la portée du commun des mortels. Car on peut bien recycler, composter, diminuer sa consommation, voyager moins, transporter sa tasse réutilisable et son sac fait de matières recyclées pour transporter ses éventuelles courses d’aliments en vrac… Si le 1% des plus riches et si les gouvernements ne prennent pas les décisions difficiles qui s’imposent, jeunes ou moins jeunes et bien nous sommes tous cuits.

Entre toutes les mères, Ashley Audrain

J’ai sans aucun doute très peu écrit au cours de la derni`ère année. Mais une chose est certaine! C’est que j’ai beaucoup lu!

Et, «Entre toutes les mères» de l’auteure Ashley Audrain, c’est sans doute le livre le plus perturbant que j’aie lu depuis fort longtemps.

Ce que ça raconte? L’histoire d’une femme, Blythe Connor qui au moment ou elle devient enceinte, n’a qu’un souhait. Celui de ne pas reproduire ce qu’elle a elle-même vécu avec sa mère. Aussi, lorsque sa fille Violet vient au monde, elle se dit qu’elle lui donnera tout l’amour qu’elle mérite.

Mais voilà! Il faut vraiment avoir déjà eu des enfants pour savoir qu’entre l’idée fantasmée que l’on se fait de la maternité avant de la vivre, et la réalité après, il y a tout un monde. Parce que véritablement, la maternité c’est l’équivalent d’un sac à surprises. On ne sait pas plus comment elle se déroulera que quel genre de mère on sera… avant de l’être.

Et je peux le certifier, il n’y a pas de meilleur révélateur de tout cela que les nuits sans sommeil, l’inquiétude qui devient soudainement comme votre ombre et enfin, ce sentiment vite acquis qu’il n’y a pas deux enfants pareils.

Et dans ce livre, c’est justement ce que j’ai trouvé si fascinant. Avec quelle justesse l’auteure a su dépeindre les émotions contradictoires ressentie par cette mère face à un enfant qui finalement, n’est pas celui qu’elle avait imaginé. Car Violet est un bébé difficile qui ne souris jamais. Très vite, la mère se demande ce qui cloche, ce qu’elle fait mal, si le problème c’est sa fille ou bien elle qui est inadéquate. Parce que la vérité, c’est qu’en compagnie de son père, la petite est toute autre. Et d’ailleurs, rapidement le père balaie les doutes de son épouse en mettant le tout sur le dos de l’épuisement ressenti par la maternité. Bref! Blythe est seule.

Et au fil du roman, en tant que lectrice, j’ai moi aussi été balottée. Par moments je me suis dit que c’était elle le problème. À d’autres, je me suis mise à me dire que c’était la petite fille qui était particulièrement perturbée car clairement, Violet n’aime pas sa mère et elle fait en sorte de le lui faire comprendre. En un mot, on se retrouve constamment à douter de ce qu’on perçoit dans cette relation entre la mère et son enfant.

Bref! C’est un magnifiquement construit, à la façon d’un thriller. Mais surtout, très perturbant parce que ça touche précisément à cette image d’aptitude presque innée qu’on aime associer à la maternité pour les femmes.

Bref! Je ne raconte pas la fin du livre mais je vous préviens. C’est un véritable choc. Parce que Blythe vivra une seconde maternité, à des années lumières de la première.

«Je me rappelle avoir un jour réalisé l’importance qu’avait mon corps pour notre famille. Pas mon intellect, ni mes ambitions littéraires. Pas la personne que j’étais, avec mes trente-cinq ans d’expérience. Uniquement mon corps. J’étais nue devant le miroir après avoir retiré mon sweat-shirt couvert de la purée de petit pois que Sam avait crachée. Mes seins étaient flétris comme la plante verte que j’avais oubliée d’arroser dans notre cuisine. »

L’évidence c’est qu’on ne peut pas demeurer de glace devant ce roman. Car si certains ont peut être `ressenti de la colère envers cette mère qui semble si peu maternelle, moi-même me suis comme mise à avoir profondément envie de la prendre dans mes bras. Parce que non, la maternité ce n’est pas ni facile ni inné. Quoi qu’on en dise! Ça vient avec une charge énorme, d’autant plus quand on traîne avec soi le poids de son histoire familiale.

Bref! Soyez prévenus! C’est un véritable «page turner»! Et je vous assure que cette lecture vous restera en tête très longtemps!

Vous l’avez lu? Je suis curieuse de savoir ce que vous en avez pensé.

Fiction familiale

Je l’ai souvent écrit ici, alors ce ne sera pas là une grande révélation. J’ai toujours été fascinée par les histoires qu’on se raconte. Et dont bien des romanciers seraient jaloux tellement elles relèvent de la plus grande des fictions! Des histoires que l’on raconte – à soi mais aussi aux autres – avec le plus grand sérieux comme si elles étaient scientifiquement démontrées.

Et donc, forcément incontestables…

Et je parle ici de notre histoire personnelle.

Parce que, comme je l’ai déjà écrit, une famille peut tout aussi bien compter des dizaines d’individus de générations différentes ou pas, en racontant un événement de l’univers familial commun, personne n’aura la même version. Et à certains moments, on pourra même avoir l’impression de ne même pas être dans la même histoire…

Et vraiment, en ce qui me concerne, je trouve ce phénomène vraiment fascinant!

Mais, j’ai beau être fascinée, chaque fois que j’y suis confrontée, je suis un peu choquée. Comme je l’ai d’ailleurs vécu il y a quelques semaines.

Mon frère me racontait ainsi qu’une de nos tantes était allée le visiter. Ne me demandez pas comment, la conversation a, un moment donné, dérivé sur la mort de notre père.

Parenthèse ici: ça aussi c’est un mystère. Comment se fait-il qu’en réunion de famille, on finisse quasi toujours par parler d’événements survenus quarante ou cinquante ans plus tôt ? J’ai la certitude que c’est un mystère plus grand encore que celui de la Caramilk. Parce que le mystère de la Caramilk, je vous le dis, c’est surfait!

Bref! La tante en question s’est mise à obstiner mon frère que notre père n’était pas décédé en 1979 mais en 1982. À preuve ? Elle s’en souvenait clairement puisqu’elle était là à l’époque. Non pas sur les lieux o`ù il est décédé bien sur, mais dans l’entourage.

Si j’ai, je l’avoue, été d’abord choquée qu’elle vienne ainsi s’obstiner aussi violemment sur un événement qui nous concerne aussi intimement (la mort de son père, ça nous marque et on s’en souvient n’est-ce pas?), j’y ai rapidement vu une genre de confirmation de ce que je pressens depuis longtemps. Soit que la mémoire collective, et par conséquent les histoires qu’on se raconte, ça n’a rien à voir avec la vérité. Et beaucoup plus avec nos prismes émotifs individuels.

Qu’importe qu’une date soit inscrite sur la pierre tombale de notre père? Que l’état civil lui-même fasse état de juin 1979 ? Que je me souvienne moi-même comme si c’était hier que j’avais eu dix ans une semaine plus tôt? Cette tante, définitivement, en savait plus que nous sur la question!

Il s’agit là bien sur d’un événement somme toutes un peu insignifiant et qui n’aura aucune espèce d’impact sur la suite du monde, pas plus que sur qui nous sommes.

N’empêche!

J’y ai vu prendre forme sous mes yeux cet espère de mur invisible que je sens dans notre famille depuis toujours. Que dis-je? Une muraille littéralement! Entre ceux qui imaginent détenir le droit de raconter leur version. Une version dans laquelle ils prendront leurs souvenirs comme des vérités inaliénables. Et qui au passage, se donnent le droit de donner une version modifiée de la votre, votre histoire. Qu’importe les faits.

***

Cette anecdote somme toutes sans conséquences est venues s’ajouter à un autre événement survenu il y a quelques mois.

Cet événement, je l’avais d’ailleurs déjà raconté ici. Soit, par un concours de circonstances un peu mystérieux, la découverte surprise de la montre ayant appartenu à mon arrière-grand-mère Lucienne. Un objet qui à une époque où on jette pas mal tout, est parvenue jusqu’à moi de façon je dirais rien de moins que miraculeuse. Comme si d’où elle se trouve, Lucienne avait deviné que j’étais probablement la seule à attribuer de la valeur à un tel objet.

Bon, on s’entend que c’est moi qui donne ce sens à l’événement. Mais la vérité c’est que n’importe qui d’autre de la famille qui serait tombé dessus l’aurait tout simplement jetée. Alors que moi je vénère littéralement cette montre qui ne fonctionne évidemment plus. Mais qui est plus chère à mon coeur que n’importe quoi d’autre au monde (à part ma famille, bien sur!)

N’empêche! En voulant partager mon excitation d’avoir mis la main sur cet objet du passé, je me suis fait symboliquement agresser par une autre tante pour qui cette montre était l’équivalent d’Hiroshima. Rien de moins que radioactive. Et qui me l’a d’ailleurs fait comprendre avec une violence que je ne parviens toujours pas à comprendre. Mais complètement choquée que je puisse avoir un autre regard sur ce qui est notre histoire familiale à toutes deux. Mais une histoire sur laquelle selon elle, je n’aurais aucun droit. Sauf celui de la subir.

Bref! Ça me fascine!

Mais je veux croire qu’à travers les générations, c’est moi qui aujourd’hui ai la plume en main. Et avec celle-ci, mon droit d’écrire et de donner un sens à cette histoire qui est aussi un peu la mienne. Quoi qu’on en dise!

Et le sens que j’ai justement envie de donner à tout cela se trouve dans la symbolique – à travers cette montre revenue du néant – de ce temps qui se remet en marche.

Une version infiniment plus poétique et jolie je trouve. Et qui surtout, n’engage que moi. Et ne fait de mal et n’enlève rien à personne.

Ces fleurs que l’on arrache pas

Je l’ai dit! J’ai vraiment cru que l’écriture c’était fini pour moi. Que je n’y arriverais plus.

Et puis, un moment donné l’hiver dernier, alors que je me sentais particulièrement déprimée, sur le point d’exploser en raison de cet impératif besoin de créer qui n’arrivait plus à s’extérioriser, je me suis remise à peindre. Et, j’ai tout bonnement repris mes pinceaux auxquels je n’avais pas touché depuis au moins vingt bonnes (et moins bonnes!) années!

Et, je l’avoue, j’ai été un peu choquée de voir à quel point je savais encore. Et qu’à la limite, c’était presque comme si je n’avais jamais arrêté de peindre! Et cela même si pendant longtemps, je m’étais dit que pour moi la peinture, et bien c’était fini. Que ça avait été une activité que j’avais exercé avec l’innocence de la jeunesse. Vous savez! Celle qui ne se demande pas si elle a le talent pour. Et qui si elle se l’était avoué, aurait dit qu’elle se serait bien vu en Picasso…

L’oreille coupée en moins, ais-je besoin de le préciser?

Et, comme tout est dans tout, cette dizaine de toiles que j’ai peintes depuis, je les aie créées sur la thématique de mes Insoumises! Ces femmes de ma lignée matrilinéaire (comme on dit en généalogie, tel que je l’ai appris récemment).

Bref! Ce que je n’arrivais plus à mettre en mots, je me suis mise à le laisser gicler sur la toile comme s’il n’y avait pas de lendemain.

Et, la beauté de ces retrouvailles avec la peinture, comme avec un vieil ami qu’on pensait mort d’inanition, c’est que j’ai alors su avec certitude que ce serait pareil pour l’écriture.

Et, j’y pensais justement la semaine dernière. Que ce projet de livre dont le titre de travail est toujours «Le Sang des insoumises» (jusqu’à preuve du contraire), et bien j’avais presque oublié à quel point il était avancé.

Parce que l’automne passé, celui d’il y a un an déjà, parmi toutes ces actions que j’ai entreprises pour passer à travers la pandémie, je me suis pris une coach d’écriture. Et, en revoyant mes notes prises alors, je me suis rappelée que tout était déjà là. Qu’il me restait juste à écrire. Et, en repassant à travers mes notes de ces rencontres virtuelles (pandémie oblige!) que j’ai eu avec cette coach bienveillante, j’ai ressenti de nouveau cette émotion que j’avais eu lorsqu’on a comme mis le doigt sur la trame qui s’imposait. Cette évidence que la narratrice, et bien ce ne pouvait être personne d’autres que ma fille, mon ange parti trop tôt. Et, pensée un peu étrange je le conçois, qu’elle, ma fille, elle pourrait dire ce que moi je n’arrive pas à dire. Parce que sa motivation (un personnage doit forcément en avoir une n’est-ce pas?) ce serait justement cela. Vivre. À travers nous. Et que ces événements de prime abord si laids dans nos vies à toutes (ma mère, Jeanne, Lucienne, sa mère avant elle) se trouveraient illuminés sous le regard d’Annabelle.

Bref! J’y repense et je suis émue.

Et, je me dis que l’écriture c’est sans doute un peu comme la maternité. Ce bébé que l’on porte en soi, il a déjà tout pour exister. Il faut juste lui laisser le temps, comme une fleur, de venir au monde.

Sans qu’il ne soit nécessaire de tirer dessus.

Le repos de la guerrière

La semaine dernière, derrière un événement un peu anodin, dans le genre plaisir coupable dont on ne se vante pas, j’ai eu ce qu’on pourrait qualifier de révélation.

Et c’est ainsi qu’un peu sur un coup de tête, je suis allée me faire tirer les tarots. Vraiment le genre de chose qu’on est un peu gênée d’avouer, je le dis d’emblée. Mais en réalisant que ça devait bien faire une bonne vingtaine d’années que je n’y étais pas allée, je me suis dit et pourquoi pas? Qu’au pire, ce serait juste sympa. Qu’à la limite, je pourrais mettre ça sur le dos des envies un peu weird liées à l’Halloween. Que très certainement et dans le pire des cas, ce serait comme de lire le journal alors que n’importe qui avec un minimum de jugeotte sait très bien que tout n’est pas à prendre au pied de la lettre…

Bref! J’y suis allée pour m’amuser.

Et, je ne sais pas si c’est parce que la fille était sympa, que la conversation a toute suite été facile, que je me suis sentie d’un coup comme avec une vieille connaisance. Ou plus simplement, parce que derrière mon masque, mes yeux lui ont semblés un peu comme un livre ouvert… Bref! La vérité c’est qu’au delà de ses «prédictions» de ce qui selon ses cartes allait se produire dans ma vie au cours de la prochaine année, elle a dit une chose qui, même si elle peut sembler évidente, m’avait pourtant échappé. Soit que les dernières années ont été difficiles et exigentes émotivement et cela, à bien des niveaux.

Par exemple, en accompagnant ma mère dans ce cheminement cahoteux que lui impose le Parkinson. Et quiconque est passé par là avec un de ses parents saura de quoi je parle n’est-ce pas? Trouver une résidence, vider son appartement et «liquider» en quelques jours tout ce qui comptait pour elle. Et dans mon cas en plus, gérer le processus d’enquête avec le protecteur du citoyen parce qu’à la résidence où elle était, ma mère a été, un moment donné, victime de mauvais traitements de la part d’une préposée… Au point où j’ai du faire venir la police un dimanche soir. Puis la déménager d’urgence dans une autre résidence quelques temps après…

Et je le dis aujourd’hui! Dieu merci! C’était avant la pandémie! Ce qui a fait que malgré tout, pendant les mois ou je ne pouvais pas aller la voir au début de la pandémie, je savais qu’elle était au moins en sécurité dans sa nouvelle résidence.

Et à cet événement, s’en ajoutent plusieurs autres dont j’ai juste omis de tenir compte de l’effet cumulatif. Le travail, la pandémie, mon ado qui manifeste certaines difficultés à l’école en raison d’un TDA diagnostiqué en 3e année. Et d’ailleurs, en relisant il y a quelques mois le rapport fait par la neuropsychologue à l’époque, je me suis demandé comment on avait fait pour ne pas se décourager devant les sombres perspectives que la spécialiste prédisait alors! Ceci alors qu’aujourd’hui, mon fils maintenant en secondaire 3 est…en enrichi ! Comme quoi, parfois même des «spécialistes» peuvent ne pas avoir forcément plus de perspectives qu’une diseuse de bonne aventure n’est-ce pas?

Et depuis une semaine, je ne pense qu’à ça. Cette évidence que le moment est plus que venu de me manifester à moi même plus de bienveillance que je ne l’ai fait de toute ma vie.

Parce qu’il s’agit bien de cela n’est-ce pas? Des mois maintenant que, symboliquement du moins, je me tape dessus. Parce que je n’arrive pas à écrire. Parce que les mots ne sortent plus. Parce que je me sens isolée, piégée par les presque deux ans de télé travail qui se trouvent derrière moi comme derrière bien d’autres, vous même peut-être aussi. Parce que j’ai l’impression que mes deux projets de livres, ça va rester en moi comme une bombe que je ne serai pas parvenue à dégoupiller. Et que je n’arriverai plus jamais à écrire. De sorte qu’en plus du sentiment de lourdeur pandémique, s’ajoute ce sentiment d’inachevé qui n’en fini plus de m’écraser.

Parce que, parce que, parce que! Des parce que, il y en aurait treize à la douzaine si j’osais les exprimer tous.

Et depuis une semaine, j’ai réalisé que j’avais toujours été tellement dure avec moi-même. À me reprocher continuellement de ne pas y arriver. Mais cela sans jamais tenir compte de tout ce que j’ai eu à traverser ces dernières années. Des événements qui, peut-on s’entendre là dessus, auraient amplement justifié que je m’assoie, que je me dise à moi-même «Bravo championne! Donnes-toi le temps! Reprends ton souffle! Tu n’es pas inadéquate. Juste les émotions et l’énergie en friche après avoir fait la guerre.»

Prends une pause

Dépose les armes

Respire!

Bref! Tout cela pour dire que j’ai réalisé que pour moi comme pour beaucoup de gens autour de moi, le temps était plus que venu pour la bienveillance.

En ce vendredi matin, je me suis offert le luxe d’un congé du boulot. Et assise devant mon ordi avec aux oreilles de la musique, je lève ma tasse de café à cela. Ce mot aux airs résolument vintage dont j’ai envie de faire mon mantra personnel.

Bienveillance!

Un non événement

Ça m’est souvent arrivé au cours des années à écrire ici. Écrire un billet. Le mettre en ligne…

Pour le remettre en mode privé un jour ou deux après. Quand ce n’est pas carrément le fait de l’envoyer direct à la corbeille. Comme un papier qu’on froisse et qu’on lance dans le vide.

Et, on ne se mentira pas. Après avoir été très longtemps sans écrire de façon régulière ici, je suis plus que consciente que mon blogue et mes écrits ont un statut presque confidentiel. Pour preuve, mes statistiques de fréquentation qui, si elles correspondaient à la courbe de vie d’un malade hospitalisé, ne seraient pas loin de me laisser craindre le pire pour son espérance de vie… Alors clairement, lorsque je retire un billet après l’avoir mis en ligne tout au plus quelques heures auparavent, c’est l’équivalent d’un non événement.

Il n’y a là vraiment rien pour écrire à sa mère comme on dit ici.

N’empêche! C’est ainsi que j’ai remis en mode privé hier une critique de livre faite avant-hier pour le livre de Caroline Fourest («Génération offensée – De la police de la culture à la police de la pensée»). Parce que même si la thématique des identités des minorités et la violence que leur défense génère parfois est brûlante d’actualité, il est impossible de ne pas être conscient que c’est aujourd’hui un sujet hyper sensible. Une plaie vive pour une partie de la planète sur laquelle il est difficile d’avoir du recul. Alors, même pour produire ma critique d’un livre portant d’un même souffle sur un sujet qui m’est cher, la culture, j’ai eu peur de blesser. Ou d’être mal interprétée. Parce que l’époque est aussi `a cela n’est-ce pas? Une orgie d’opinions pas toujours soupesées, garrochées partout sans mesure ni sensibilité. Et que chacun reçoit sous le prisme de son vécu. Comme si plus personne ne parvenait à s’entendre.

Au final, je crois qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un avis sur tout. Pas toute suite à tout le moins. Histoire de laisser la poussière retomber.

Puis de reprendre notre souffle.

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