Pages féminines d’un autre temps…De l’art d’érotiser le dévouement chez la femme

LES GARDES-MALADES

Qu’on le déplore ou qu’on s’en réjouisse, un des traits caractéristiques de notre société moderne est l’obligation où sont un grand nombre de femmes de travailler. Certaines se sont même montrées, en des professions masculines, les rivales heureuses des hommes. Il y a maintenant dans la plupart des pays du  monde, des femmes d’affaires, des femmes avocats, reporters de journaux, députés, dentistes, etc. Dans un pays qui, il est vrai, s’est mis au banc des civilisations, la Russie des Soviets, il y a des femmes soldats. Elles composent un «bataillon de la mort» entre les mains duquel il ne ferait peut-être pas bon tomber prisonnier.

Combien, à l’autre extrême, nous plaisent, nous touchent davantage, celles qui ont adopté des métiers vraiment féminins, où trouvent à s’employer leur douceur, leur patience, l’adresse de leurs doigts et l’instinct maternel de leur cœur.

La loi des affaires est dure, quelque courtoisie qu’on y mette. Et d’ailleurs, si nous avons à traiter d’un achat ou d’une vente, ce sont les conditions surtout qui importent, et non pas le visage de notre partenaire. Mais que la maladie nous rende tout dolents, que la douleur tenaille notre chair, que le lancinement de la souffrance ait à la longue raison de notre volonté d’hommes : nous voilà redevenus de petits enfants, avides d’être bercés, bordés, dorlotés. Et qui peut remplir cet office, je vous prie, sinon des femmes, et ces fées parmi les femmes, les infirmières ?

Elles passent, rapides, légères sur leurs souliers aux talons plats, dans un envol d’étoffes blanches. Mais, tyrannique, le malade les appelle. Il veut être remonté sur son oreiller. Au fond, il n’avait besoin de rien; il est inquiet, vaguement mélancolique, presque convalescent. Mais il avait envie de sentir deux bras frais se pencher vers son visage encore fiévreux, et de voir s’incliner, adorable, sur son lit, un sourire d’ange.

Car si l’infirmière sait, elle seule, faire et défaire les pansements sans arracher une plainte, elle sait aussi réconforter les âmes, et ensoleiller par sa présence la journée des malades. C’est même une partie importante de son rôle. Alors, quelle femme est plus délicatement, plus essentiellement femme, parure de notre vie et joie de notre cœur, que celle qui apaise ainsi la peine et la douleur des hommes.

Ceux-ci le savent d’ailleurs, et l’on ne compte plus les malades – et pendant la guerre les blessés – qui, guéris, ont épousé leur infirmière. Ce fut le cas, en France, d’un écrivain de talent parvenu depuis à la notoriété, M. René Benjamin. Quand l’une de vous, mesdemoiselles, échange dans ces conditions son voile d’infirmière pour le voile de la mariée, c’est un peu votre dévouement à toutes qui est reconnu, qui reçoit un juste tribut de reconnaissance et d’amour.

(Le Petit journal, 20 sept. 1931, page 6)

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