Pages féminines d’un autre temps…Règles du savoir vivre pour la femme mariée

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RÉSERVE OBLIGATOIRE

Une femme encore jeune ne doit pas sortir en la seule compagnie d’un homme qui n’est ni son père, ni son frère, ni son mari. Ce que nous prohibons absolument pour les jeunes filles devrait être encore plus sévèrement défendu aux femmes mariées. En effet, une jeune fille compromet surtout son propre honneur, son propre bonheur, son propre avenir; une femme mariée compromet l’honneur, le bonheur, l’avenir de son mari, de ses enfants… de son complice et cela sans réparation possible.

À défaut d’amour pour l’époux, il y a un sentiment d’équité à l’égard de celui dont on porte le nom, il y a la dignité féminine, il y a surtout la tendresse maternelle pour nous retenir.

« Il est plus facile de s’abstenir que de se contenir », a dit Fontenelle. Comme c’est vrai. Une femme, une femme mariée surtout, devine tout de suite qu’elle est aimée. Alors quelle est la conduite que lui commandent les convenances et l’honneur féminin? Si sûre qu’elle se croie d’elle-même, elle éloignera immédiatement ce danger en refusant de recevoir, – en l’absence de sa mère ou de son mari, – celui dont elle a pénétré les sentiments; elle évitera même de le rencontrer, dans la crainte de se laisser amollir, émouvoir, et Dieu sait ou cela peut mener! S’il lui est permis de compter sur la modération et le calme de son mari, elle lui confiera ses soupçons, elle lui demandera de la protéger par sa présence. Si le mari était violent, jaloux, il faudrait se défendre seule, et la meilleur manière, c’est d’ôter tout espoir, dès le premier instant, par une froideur savante, dans laquelle on ne voie que de l’indifférence et non de la peur. Pour Dieu! Ne vous flattez pas de rester irréprochable et pure, tout en vous laissant adorer; c’est au reste un sentiment égoïste, vaniteux et qui vous est interdit, sous peine de déloyauté. N’ambitionnez pas le rôle d’amie, d’Égérie, d’un homme, d’une intelligence d’élite, même en toute innocence, c’est jouer avec le feu.

Ne donnez jamais prise au soupçon, pour vous-même, pour les autres. Vous êtes peut-être malheureuse, votre cœur est peut-être meurtri, ne cherchez pas de consolations, même idéales, qui sont dangereuses, qui peuvent devenir coupables. Résignez-vous. Perdez-vous toute entière dans vos enfants.

Les femmes de l’autre siècle ne sortaient jamais seules avant la trentième année et au-delà, si elles étaient restées jolies. Elles se faisaient toujours accompagner d’une amie plus âgée, en visite, à l’église, à la promenade. Vous me direz qu’une amie peut être complice; sans doute, mais d’abord on regarde à se donner une complice, ensuite certaines scènes ne peuvent se passer en présence d’un tiers.

Ces mêmes femmes du XVIIIe siècle avaient l’excellente coutume, quand elles recevaient un homme, d’amoindrir l’importance du tête-à-tête, en laissant ouverte la porte de la pièce ou ils se trouvaient seuls. Le visiteur s’asseyait vis-à-vis de la dame, à distance, et jamais à ses côtés. Pruderie, dira-t-on. Il y a manière de prendre ses précautions sans appuyer, pour rester dans le bon goût; mais il vaudrait encore mieux montrer trop de rigorisme que de laisser-aller, quand on ne s’appartient plus.

(- « Usages du monde : règles du savoir-vivre dans la société moderne », Par la Baronne Staffe, Paris, 1891, Pages 257-259)

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