Petit éloge de l’inutile

Crédit: Pexels

Chaque année, le temps des fêtes de fin d’année venu, c’est la même chose n’est-ce pas ?

Tous, nous courons comme des fous pendant tout le mois de décembre, dans l’espoir bien légitime (mais un peu fou?) d’être fins prêts pour les festivités. Ce moment de l’année ou, selon ce qui m’apparaît comme la plus fabuleuse légende urbaine jamais inventée et disséminée, nous sommes censés, paradoxalement…nous arrêter.

Au moins un peu.

Au moins deux secondes et quart pour les plus chanceux d’entre nous !

Et à cette époque, la nôtre, ou rien ne semble jamais aller ou se faire assez rapidement, ou le temps semble sans cesse nous faire défaut, ou tout semble devoir nécessairement rimer avec productivité, il n’y a bien à l’évidence…aucun temps à perdre!

Clairement !

C’est ainsi que hier, après un mois de décembre plutôt chaotique pendant lequel, comme vous sans doute, j’ai beaucoup couru, erré, planifié et géré la vie de famille un peu comme on gère une multinationale comme j’en ai eu par moments le sentiment… Un mois de décembre pendant lequel ma famille et moi avons du passer à travers le décès de mon beau-père, un homme bon, attentionné, un père présent pour l’homme de la maison, un compagnon sans failles pendant les quarante-trois ans de mariage qu’il a vécues avec belle-maman. Un homme à qui nous avons tenu la main jusqu’au dernier moment…

Un mois pendant lequel j’ai du accompagner ma mère aux urgences après que celle-ci soit tombée dans la chambre de la résidence ou elle habite, effet d’une autre chute, de tension celle-là. Avec pour résultat un haut de nez ouvert et saignant un peu comme un cochon qu’on égorge (pardonnez l’image, c’est tout ce qui me vient!). Un événement qui fort heureusement, a suscité beaucoup plus de peur que de mal ! Mais qui évidemment, a apporté avec lui son lot d’inquiétudes et d’émotions fortes, donnant à décembre des airs de montagnes russes au moment ou il s’est produit !

Bref ! Un mois chargé pendant lequel j’avais décidé que cette année, pour la période des fêtes, l’Homme de la maison et moi ne recevrions, pour la première fois en quinze ans de vie commune, P-E-R-S-O-N-N-E !

Mais comme dans toutes les bonnes histoires, vous vous doutez bien que ça ne s’est pas passé ainsi n’est-ce pas ?

Car fidèle au poste comme un bon soldat, j’ai fini par me résoudre a accepter que ma maison était sans doute le meilleur endroit pour rassembler ma famille, elle aussi, un peu comme la légende urbaine dont je parlais plus haut, disséminée un peu partout. Dès lors, je me suis acharnée à cuisiner un festin qui, résultat de ma peur chronique qu’on crève de faim chez-moi, s’est avéré digne de sustenter Montréal en entier !

Je disais donc – pour refermer la parenthèse de ce mois infernal – que c’est hier que je me suis enfin posée pour enfin profiter de ce qui est censé rimer avec temps d’arrêt. Profitant ainsi d’un bon repas concocté par mon amie Karla.

Bien sur, comme pendant tout décembre j’avais cuisiné presque comme une enragée pour pouvoir nourrir « convenablement » mes invités lors de ma réception familiale, j’ai apporté quelques gourmandises afin d’en offrir à nos amis.

Et c’est à ce moment précis que Karla, en regardant mes biscuits coupés aux emporte-pièces aux formes d’étoiles de toutes les grandeurs, des biscuits aux couleurs mélangées entre le brun chocolat et le jaune beurre, m’a regardée un peu comme on regarde un extraterrestre ! Visiblement découragée devant ces toutes petites choses qui lui semblaient le comble de la folie.

Un concept que visiblement – je l’ai compris à son regard! – j’avais peut-être poussé à l’extrême en décorant mes créations d’ornements en bonbons !

Des perles en plus ! Pffff ! Ou est-ce que je pourrais trouver le temps pour ça moi !?!

Elle le découvrira fort probablement en me lisant ce matin mais c’est à ce moment précis que j’ai été prise d’un doute. Soit que j’aurais peut-être du, alors que j’en ai déjà tellement sur les épaules moi aussi, laisser tomber ce qui est assurément le comble de l’inutile: des biscuits découpés aux formes d’étoiles de toutes les grandeurs, des biscuits aux couleurs de chocolat et de jaune beurre. Des biscuits que j’ai poussé l’exagération jusqu’à décorer de petites perles en bonbons de la grandeur d’un grain de sable…

Sauf qu’alors que j’étais sur le chemin du retour et que son regard désespéré me trottait toujours en tête, j’ai eu un peu comme une révélation.

Soit que ces toutes petites choses n’étaient pas vraiment complètement inutiles. Qu’elles n’étaient même pas la preuve par mille que, comme une majorité d’entre nous, j’en fais trop souvent juste trop.

Non !

J’ai vraiment réalisé à cette seconde précise que ces biscuits, ce n’était, plus certainement encore, rien d’autre que le plus pur acte de résistance!

Oui ! Oui!

Un acte de résistance – un vrai de vrai celui-là! Face à cette injonction chaque jour renouvelée d’être toujours plus productive, efficace, de répondre aux besoins de parents vieillissants, à ceux de mon fils en trouble d’apprentissage… À l’urgence et à l’absolue nécessité de gérer, au quotidien, les secondes, les minutes, les heures avec la même obsession que celle du plus obsessifs des comptables…

Tous ces besoins de l’univers qui, toute ma vie, ont semblé dépasser largement en importance les miens. Et qui le seront sans aucun doute jusqu’à ce que, au moment de mon dernier souffle, il ne me reste plus à moi-même ni heure, ni minute ni même la moindre seconde à comptabiliser, à brader. Ou à offrir.

Voilà donc sans doute ce que j’aimerais vous souhaiter en cette fin d’année. Trouver la chose la plus inutile qui soit. Y consacrer au moins un moment dans votre année. Et cela, malgré les regards découragés, l’incompréhension aussi parfois.

Ou pire !

La possibilité quasi-certaine que vous passiez pour le ou la plus grand(e) des cinglé(e)s que l’univers ait jamais porté!

Mais surtout, pour qu’en une fraction de seconde, vous puissiez vous aussi avoir ce privilège de voir la petite et furtive étincelle dans les yeux de cet adulte devant vous qui fut jadis un enfant. Et qui une fraction de seconde, oublie qu’il ne l’est plus. Émerveillé par la chose la plus futile qui soit: un biscuit découpé en forme d’étoile et garni d’une perle en bonbon 😉

Et cela, avant que l’adulte ne reprenne ses droits, vous traitant de fou !

Mais qu’importe ?

Et vive l’absurde, le futile et le frivole !

Fut-ce une seconde et quart !

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