Premier jet

J’ai préparé ce billet hier, incertaine si je le publierais effectivement…

Mais voilà ! Bien qu’extrêmement intimidée, je me jette à l’eau !

Comme écrire me semble s’imposer de plus en plus et que si je continue ainsi, j’en serai encore à tergiverser dans dix ans, voici un premier jet de ce que j’ai écrit pour ce projet de livre devant porter sur mon père…

«L’homme nu».

Je n’ai aucune idée pour le moment si ce sera le début, le milieu ou même…nulle part dans mon livre mais enfin ! Puisqu’il faut commencer quelque part !

Et puis – effet du hasard ? – les idées ont continué de mijoter dans ma tête cette nuit (Et oui ! Même la nuit !) et j’ai acquis la certitude que ce texte était assurément en passe d’évoluer !

***
J’ai cherché, pendant longtemps – une éternité à ce qu’il m’a semblé ! – quel pouvait bien être le sens de ma vie. De cette enfance sur laquelle j’avais trop souvent glissé, évitant à tout prix de m’y attarder…. Me cachant derrière un éternel sourire comme pour mieux faire oublier toute cette marée noire dans laquelle j’aurais pu me noyer mille fois… Un peu comme ces fractures que l’on feint d’oublier et dont la douleur revient néanmoins vous hanter certains jours de pluie…

Mais un peu aussi comme une ombre à laquelle on fini toutefois par s’habituer… L‘humain étant ainsi fait qu’il s’habitue à tout.

Finalement, œuvre de déni à laquelle j’aurais pu vouer ma vie, n’eut été la quarantaine qui m’est tombée dessus avec la force d’un tsunami.

Et puis ?

La naissance de ma fille, partie trop tôt. Me laissant à peine le temps de tenir son petit corps encore chaud, mais déjà inerte… Mais me condamnant moi, à un face à face avec un indéfinissable sentiment d’urgence…

Celui de sauver ma peau !

Et puis un matin, m’est apparue cette évidence qu’il me faudrait bien cesser de fuir.

Et m’agenouiller devant ta pierre tombale…Celle que j’aurai fait mettre pour toi.

Car cette vérité m’est apparue que, même décédé depuis 32 ans, même en ayant consacré ta vie à ne laisser que le néant derrière toi, tu avais bel et bien échoué… Me laissant moi, la « fille de personne » que j’avais préféré être pendant longtemps, confrontée à cette nécessité de me résoudre à ce face-à-face que j’avais pourtant et par tout les moyens, tenté d’éviter…

Résolue, en acceptant de plonger dans ma souffrance, de me retrouver devant ma folie et ses yeux de folle hallucinée devant lesquels on ne ressort pas indemne…
***

Je me suis assise avec l’intention d’écrire, espérant ainsi « réparer ». Quoi ? Je ne saurais dire….

Et puis ? Je me suis levée. Ai tourné en rond. Commencé à vider le lave-vaisselle puis me suis arrêtée encore…. J’ai regardé à l’extérieur. Me suis concentrée l’espace d’un instant sur le magnifique soleil automnal. Vous savez ? Celui qui à ce pouvoir indéfinissable et presque magique de faire oublier par sa lumière qu’ensuite vient l’hiver.

Puis j’ai fermé les yeux et me suis concentrée sur la musique et ses notes égrenées dans l’espace comme autant de papillons sur les ailes desquels j’aurais pu fuir…

Encore.

Et puis, je me suis rassise devant mon écran. Déterminée à écrire. Dussé-je mourir séchée devant lui…

Comme si ma vie en dépendait.
***

Je me suis souvent demandée pourquoi j’avais, moi, survécu à tout cela. Car aussi loin que mon regard puisse se poser, tout ce que je pouvais percevoir c’est la noirceur. De celle que l’on ne retrouve que dans les profondeurs desquelles personne n’est jamais revenu vivant…. Des cousines, des cousins dont ton goût pour les épouses de tes frères, avait fait mes demi-sœurs et demi-frères… Une tante – ta sœur – qui ajoutant l’injustice à l’injure d’avoir été violée à quatorze ans, avait du épouser son agresseur; leurs enfants condamnés pour toujours à porter la croix de ce que jamais, on  ne pourrait nommer….

Au moyen de suicides pour certains.

D’overdose pour d’autres…

Et cette colère sourde que je n’ai de cesse de trainer, comme une ombre, devant cette constatation que personne ne leur est venu en aide…. Comme si tous, avaient été coupables d’être des victimes…

Et cette question que me hante sans fin! « Qu’aurait été ma vie si tu avais vécu ? »
***

Et puis, je me demande encore… Quelle est donc cette fracture dans laquelle, comme dans un immense précipice, tu es tombé ? Toi qui disais toujours ne croire en rien. Et qu’après la mort, il n’y avait rien, justement…

Rien sinon un immense trou noir…

Se peut-il que ce soit justement de cette fracture que tu sois né ? Que tu y sois tombé si profondément que tu te sois senti toi même « rien » ?
***

Enfin, ce n’est qu’un premier jet ! Encore beaucoup de pain sur la planche donc ! Car je l’avoue, nous sommes bien loin ici d’Alice au pays des merveilles!

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6 commentaires sur “Premier jet

  1. Bon matin, Marie

    Ce premier jet – comme tu dis – est venu toucher quelque chose au plus profond de moi.

    Je lisais tranquillement – ce n'est pas évident pour moi – de peur d'arriver à la fin. J'aurais voulu que ça ne s'arrête pas.

    Quelle belle syntaxe ! Et dire que tu hésitais à le commencer ce livre.

    Je suis toute retournée et je sais que la suite va m'accrocher autant sinon plus.

    En te lisant, j'avais en tête le nom de notre éditrice qui, je le sais, serait bouleversée par ton écriture.

    Si jamais tu désires communiquer avec elle, tu me le laisses savoir par courriel.

    Ne lâche pas ; c'est toujours les premiers mots qui sont les plus difficiles à mettre sur papier. Tu vois, tu commences déjà à mijoter les mots la nuit.

    J'aime beaucoup le titre de ton roman. Est-il définitif ?

    Et merci de partager ; c'est un très beau cadeau que tu nous donnes.

    Bonne journée,

    Marjo

  2. Allo Marjo !Si tu savais comme j'apprécie tes bons commentaires ! J'ai soudainement l'impression de savoir un peu plus ou j'irai avec ce projet et je pense écrire beaucoup les prochains jours 😉 Pour le titre, je pense en effet que ce sera ça. Ce titre s'est comme imposé depuis un bon moment déjà et ça va vraiment dans le sens de ce que je veux transmettre avec ce livre. Et sois sans crainte, c'est sur que je t'enverrai un petit mot car l'idée de publier commence à m'exciter pas mal 😉

    Une bonne journée à toi !

    Marie

  3. J'ai lu avec plaisir et beaucoup d'intérêt ce petit bout de ta vie. C'est très intéressant et j'ai accroché tout de suite. Je sens que tu es vraiment prête à écrire car ça te travaille même la nuit. Fais toi confiance il n'y a que du bon à vivre cette expérience. Quand on plonge aussi loin en soi,ça fait vivre de très grandes émotions mais la récolte sera bonne pour toi.Je t'encourage de tout coeur,un beau grand voyage commence pour toi.Il y aura du soleil et des tempêtes mais ça en vaut la peine.J'admire ta belle détermination et ta générosité. Bonne route chère Marie un jour à la fois. Merci!

    1. Un grand merci pour les encouragements ! J'ai hésité à mettre cet extrait en ligne mais je suis contente de l'avoir fait. Ça rend mon projet plus concret et les commentaires reçus, tant ici que par les gens autour de moi, me donnent envie de continuer. Sans négliger le fait que j'ai comme plein d'idées pour continuer de développer. Enfin !

      À suivre donc 😉

      Une bonne journée à toi chère Étoile !

      Marie

  4. Ouf Marie! Tu as une plume incroyable et je ressens très bien l'émotion laissée par tes quelques lignes. Ce n'est peut-être qu'un premier jet mais il me fera plaisir de te lire dans un avenir proche. Je te souhaite beaucoup de succès dans ton projet!

  5. Merci Carina ! Si tu savais comme les commentaires reçus depuis hier m'ont stimulé ! Je n'ai qu'une envie: enfin «accoucher» de ce projet ! À suivre, c'est certain !

    Marie

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