Un bon fils, Pascal Bruckner

Comme chaque année, l’un des mes moments préféré de l’automne est encore est toujours la présence du Salon du livre à Montréal ! Parce qu’alors, pour tout boulimique de livres, c’est toujours un peu comme Noël avant l’heure !

C’est pourquoi, histoire de nous mettre dans l’esprit de l’événement, j’ai pensé vous partager chaque jour l’un de mes coups de cœur littéraire de l’année !

*****

«Rien de plus difficile que d’être père : héros, il écrase de sa gloire ; salaud, de son infamie ; ordinaire, de sa médiocrité.»

Le sujet de la paternité a donné lieu en littérature à quantité de bouquins, ces dernières années surtout! Qu’on pense par exemple au livre Des gens très bien d’Alexandre Jardin, livre dans lequel l’auteur français revient sur la participation active de son grand-père à la raffle du Vel d’Iv qui coûta la vie à nombre de juifs à Paris, en juillet 1942. Qu’on pense aussi au roman Le livre de Jon, livre dans lequel l’auteure d’origine grecque Eleni Sikelianos évoque la vie de son père, héroïnomane impénitent, mort prématurément d’une overdose dans un hôtel miteux d’Albuquerque…. Différents livres racontant un peu tous la même histoire : celle d’une relation paternelle fragmentée.

Ici, dans Le bon fils sorti ce printemps, Pascal Bruckner raconte l’histoire de ce père, René, qui fut un antisémite convaincu et éructant, un admirateur de l’Allemagne nazie si convaincu qu’il devança l’appel au service de travail obligatoire et participa activement à l’effort de guerre allemand en œuvrant pour les usines Siemens, à Berlin, puis à Vienne, pendant la guerre. Un engagement qu’il ne renia jamais, allant jusqu’à rejeter l’offre du Ministère autrichien des Affaires étrangères qui, en 2005, lui écrivit pour lui proposer un dédomagement pour «ses années de captivité»… Une offre à laquelle il opposa un refus catégorique.

Et l’homme, inutile de le dire, est détestable à un point tel qu’on se prend nous aussi, lecteur, à lui en vouloir. Dans ces chapitres parmi d’autres ou il bat et humilie sa femme (et mère de l’auteur)…

Un père envers et contre qui l’auteur a néanmoins trouvé le moyen de se construire en devenant en quelques sortes une espèce de contre-modèle. S’élevant en devenant tout ce que ce père haïssait le plus, un juif tant dans ses écrits que dans sa relation conjugale, choisissant pour épouse une juive…

À cet égard, l’auteur dira : « Mon père m’a permis de penser mieux en pensant contre lui. »

« Comment sortir de son enfance? Par la révolte et la fuite, mais surtout par l’attraction : en multipliant les passions qui vous jettent dans le monde. La liberté, c’est d’additionner les dépendances, la servitude, d’être limité à soi. Je me suis allégé de ma famille en m’alourdissant d’autres liens qui m’ont enrichi. Avant même d’émettre un son, nous sommes parlés par nos parents, objet passif de leurs spéculations. Ensuite, malgré eux, ils rédigent la constitution de notre existence, nous attribuent tel goût, telle profession, projetant leurs propres désirs sur leur descendance. À quatorze ans, j’eus le sentiment terrible d’être piégé : ma vie commençait à peine, elle était déjà terminée. Je me mis à écrire pour ne pas être écrit par les miens. » (Le bon fils, p.109)

Je dois avouer que j’ai été très touchée par ce livre dans lequel Bruckner se livre sans fard. Évoquant d’un même souffle sa haine du père en même temps qu’il avoue paradoxalement lui devoir toute son œuvre ! Je suis personnellement comme fascinée par cette façon qu’ont certaines personnes de parvenir à se construire malgré l’adversité, un peu comme un acte de résistance !

Ce livre me semble poser une question existentielle essentielle, peut-être à jamais sans réponse. Peut-on un jour espérer échapper à son héritage parental ?

Une question qui je ne m’en suis jamais cachée, est au cœur de mes propres écrits…

Vous avez lu ce livre de Pascal Bruckner ? Vous avez aimé ?

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