Une apparition, Sophie Fontanel

J’avais beaucoup aimé son livre «Grandir» lu il y a quelques années et dans lequel la journaliste de mode française Sophie Fontanel racontait ce moment, privé mais en même temps tellement universel, au cours duquel chaque humain, par un phénomène d’inversion, est appelé à devenir le parent de son ou de ses parent(s). Aujourd’hui, c’est de son plus récent livre, «Une apparition» dont j’ai toutefois eu envie de vous parler.

Un livre que j’ai littéralement dévoré en ce grand weekend de trois jours au cours duquel j’ai décidé de me réfugier sous ma couverture. La pluie s’étant invitée à demeure!

Le sujet ? Lui aussi un peu personnel à chacun à ce qu’il me semble. Et paradoxalement, tout autant universel…qu’indéniablement un peu tabou. Soit celui du choix ou pas d’accepter le passage du temps à travers le reflet de ces cheveux blancs que l’on refuse bien souvent de voir soi-même. Et qui plus est, d’exposer aux yeux du monde entier.

L’auteure et journaliste part ainsi de ce questionnement visant à savoir s’il se pourrait que tout ce qu’on raconte à leur propos, ces cheveux blancs qui nous donnent l’impression de rimer avec vieillesse dans une société qui semble n’en avoir que pour cette jeunesse éternelle un peu mythique qu’on s’évertue à poursuivre, soit faux. Ou à tout le moins, une simple vision de l’esprit.

«Et si ces monceaux de teinture, sur des millions de chevelures, aux quatre coins de la planète, cachaient en fait une beauté supplémentaire que les femmes pourraient prendre avec le temps, beauté immense qui les sauveraient de bien des angoisses, de bien des servitudes?»

Et c’est ainsi en partant de ce postulat que Sophie Fontanel décide un jour, à tout juste 53 ans, qu’elle en a marre de courir chaque mois faire refaire sa repousse. Et de laisser tout simplement le temps faire son oeuvre, et ses cheveux blancs finir par prendre toute la place, un peu comme un panache tout neuf qu’elle est désormais déterminée à afficher avec fierté aux yeux du monde entier.

En fait, plus j’avançais dans cette lecture et plus je me suis moi-même mise à me questionner. Des interrogations sur le pourquoi moi-même, alors que je suis pourtant la première à ruer dans les brancards lorsqu’il est question de normes imposées par la société sur les femmes, je m’évertuais depuis si longtemps déjà à me ruer de façon presque servile chez ma coiffeuse. Et cela à toutes les quatre semaines top chrono afin de m’assurer que rien ne trahisse ces cheveux que, moi aussi semble-t-il, j’ai entièrement blancs depuis un bon moment déjà si j’en crois ma coiffeuse.

Et puis, m’est revenue en mémoire cette époque, il y a une bonne quinzaine d’années, où ma mère avait décidé elle-aussi de cesser de se teindre les cheveux. Mais plus encore, de la violence des réactions que son initiative avait alors suscité de la part de son entourage – moi y compris, je le réalise aujourd’hui – tous convaincus qu’elle lâchait ainsi la serviette. Choisissant de se laisser aller…

Et puis, curiosité oblige, en fouinant tant sur Instagram (sur le fabuleux compte de Sophie Fontanel que je me suis mise à suivre) que sur les milliers de photos aujourd’hui disponibles par l’entremise de Google, j’ai réalisé à quel point la société semblait avoir évolué depuis sur cette question des cheveux blancs. Tant des vedettes que de purs inconnus, parfois même dans la jeune vingtaine, choisissant désormais d’afficher une chevelure aussi blanche que lumineuse.

En fin de compte, ce que j’ai trouvé particulièrement inspirant et fabuleux à la lecture de ce livre c’est justement cette façon qu’à trouvé Sophie Fontanel, à partir d’une entreprise à l’origine toute personnelle, de dénoncer d’une certaine façon certains critères dits de beauté qu’on n’avait semble-il jamais remis en question jusque-là. Et, en cours de route, j’ai eu moi aussi, comme beaucoup d’autres, un peu ce sentiment d’obtenir enfin cette permission que je ne savais même pas avoir attendu de cesser de me cacher.

Fut-ce sous des litres de teinture à cheveux !

Bref! Elle, elle appelle ça une apparition ? Moi je dirais plutôt une révélation ! Parce que, bien honnêtement, je pense qu’on a jamais eu autant besoin de modèles à suivre qui présentent autre chose que les images de magazines de beauté inatteignable !

Et vous ? Oseriez-vous ?

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