Voyage livresque

Vous le savez, j’ai toujours adoré la littérature! Je ne peux entrer dans une librairie sans en ressortir avec un livre. Ou deux! Immanquablement!! Je les aime tous! Voilà un mal dont je ne suis jamais arrivée à me libérer! Et là dessus, je dois confesser une certaine faiblesse pour l’auteure Nancy Huston dont je suis une fan finie ! J’ai même une copie dédicacée de l’un de ses livres; c’est vous dire…!

Ainsi, imaginez la transe qui s’est emparée de moi lorsque la semaine dernière, alors que j’avais profité de mon heure de lunch pour me retrouver (tout à fait par hasard, soyez en certains !!!), à la librairie et que j’ai vu, là, sur l’étalage des nouveautés, le tout dernier livre de cette auteure d’origine canadienne (elle est née à Calgary) vivant à Paris depuis au moins trente ans ! Soyez assuré que j’en suis ressortie…avec ma copie de « Infrarouge » à la main !

Je vous en parle aujourd’hui car, ayant lu à peu près tout ce qu’elle a écrit, je constate, une fois de plus avec ce livre, à quel point l’œuvre de Nancy Huston est riche, tant dans sa vision de la condition féminine que lorsqu’elle parle de l’héritage familial et historique et de la transmission de la violence sur ses personnages. Et surtout, que chaque fois que j’attaque l’un de ses livres, je me vois emmenée dans un voyage dont je ne soupçonne jamais la portée au départ.

Et je m’explique ! Ainsi, j’ai entamé la lecture de ce nouveau livre le week-end dernier (pluvieux, il va sans dire !). D’abord lecture lente, histoire de ma familiariser avec le but du voyage, je suis tombée sur un passage hier soir qui m’a littéralement renversée tant réalité et fiction s’entrelacent dans ce livre (tout comme dans son œuvre !). En effet, à travers son histoire, elle brosse le portrait d’une certaine Lee Miller. L’histoire était tellement incroyable que je me suis demandée un moment si cette femme avait vraiment existé… Chose que je me suis empressée d’aller vérifier sur Internet.

Et en effet, mes doutes se sont trouvés confirmés lors j’y ai trouvé une bibliographie assez impressionnante relative à cette femme dont je ne connaissais pas l’existence, hier encore.

Lee Miller, Elizabeth de son vrai nom, est née le 23 avril 1907. Si à la base, la jeune américaine blonde avait tout de la jeune fille sans histoire, des événements surviennent très tôt dans sa vie pour en changer le cours et en faire quelque chose de tout à fait digne d’un roman. Ainsi, à sept ans, alors que sa mère est malade, on envoie Lee à Brooklyn chez des amis de la famille ou… elle sera violée par le jeune fils, ramenant ainsi une gonorhée. Mal dont ses parents allaient la soigner en lui faisant des injections vaginales de dichloride de mercure (et oui, de l’acide !), la pénicilline n’existant pas encore…

Comme si ce n’était pas suffisant, peu d’années après ce premier événement, Lee tombe amoureuse d’un jeune garçon du coin qui alors qu’il se promenait en barque, fit une chute qui le tua sur le coup ! Selon la biographie écrite par son fils, Lee allait conserver des marques de ces deux drames jusqu’à sa mort.

Mais le plus étonnant, c’est que dès ses huit ans, son père se mit à faire des photos nues d’elle, jusqu’au moment ou Lee partit pour Paris, à 16 ans.

À ce point de l’histoire, on pourrait logiquement se dire que sa vie est devenue un cauchemar, hantée par ses drames ?

Et bien non !

C’est à Paris qu’elle entama une carrière de Top Modèle pour Vogue dans les années 20 et 30, puis de reporter, fréquentant Man Ray, Eluard, et Picasso, parmi d’autres…En 1944-45, devenue correspondante de guerre, elle fut la seule femme, parmi les tout premiers journalistes, à suivre le débarquement de Normandie, puis à photographier les camps de la mort. Elle en fit d’ailleurs des centaines de photos qu’on peut facilement trouver en fouinant un peu sur Internet. Sur l’une d’elle, à la fin de la guerre, on peut notamment voir Lee dans la baignoire …d’Hitler !

Lee fit des milliers de photos sur une période de 30 ans, puis décida d’arrêter pour vivre sur un ranch avec son mari et son fils.

Le plus renversant dans toute cette histoire c’est que son fils ne découvrit le vécu extraordinaire de sa mère… qu’à la mort de celle-ci, emportée par un cancer en 1977. Il découvrit tout ce pan de la vie de sa mère à la découverte de boîtes et de malles pleines de négatifs, de photos et de textes, certains déjà publiés, d’autres inédits. Additionné aux archives de Vogue, c’est ainsi…40,000 négatifs et 500 tirages qu’il dut ainsi trier, ayant décidé d’écrire un livre sur sa mère.

Ainsi, mis à part ce destin tout à fait hors du commun, la question que je me pose est celle-ci: Comment son fils a-t-il pu ignorer tout ce pan de la vie de sa mère ? Est-il possible d’être aussi ignorant des personnes qui nous entourent ?

Si j’ai aiguisé votre curiosité et que vous avez le goût d’en apprendre plus sur cette femme, je vous suggère la biographie écrite par son fils:

Les vies de Lee Miller
par Antony Penrose, éditions du Seuil, 1994

Quant au livre de Nancy Huston, voici les références:

Infrarouge
Nancy Huston, Acte Sud/Léméac, 2010

(Wow ! C’est presqu’un roman que je vous ai fait là 😉

Quelques suggestions de lecture supplémentaire :

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