Il faisait beau et tout brûlait, Vincent Giudicelli

C’est rare que j’en lise mais je dois l’avouer, j’ai été agréablement surprise par la lecture de ce tout petit recueil de nouvelles de l’auteur Vincent Giudicelli, «Il faisait beau et tout brûlait».

Dans la première des trois parties contenues dans ce livret, la première nouvelle («Franchies les frontières») présente l’histoire d’une mère et de son fils lourdement handicapé, Julien, atteint d’Amyotrophie spinale de type II. Le temps de quelques jours, on les retrouve ainsi tous deux en vacances en Tunisie. Le but du voyage est double: rééducation intensive pour le jeune handicapé, et repos pour la mère, littéralement dépassée par ses obligations d’aidante naturelle. Mais également, par sa vie qui a fini par cesser de lui appartenir face aux besoins sans fin de son fils. Par hasard, elle fait la rencontre d’une femme, une vacancière solitaire comme elle. Je ne vous révèle pas la chute de cette histoire mais je dirai simplement qu’elle est un peu troublante.

La deuxième nouvelle («Région XII«) raconte quand à elle l’histoire de deux frères orphelins (dont l’un est muet) qui, tenant cordonnerie à Punta Arenas au Sud du Chili, décident de s’appuyer l’un sur l’autre pour continuer à vivre après la mort de leurs parents. Puis, l’amour qui un jour frappe à la porte sous les traits de Maria.

La troisième nouvelle enfin, («Kim») se déroule quand à elle en Australie. Ensemble, Kim et Andrew, couple de trentenaires, réinvente le monde et rêve de liberté.

Honnêtement, je pense que c’est la première nouvelle qui m’a le plus touchée. Pour le sentiment de solitude de la mère et l’impression de disparaître face aux besoin de son fils que l’auteur a vraiment su rendre avec une grande justesse. Et s’il y a des mots qui ont toujours eu l’art de me hérisser, un peu comme le raclement d’une craie contre un tableau, c’est bien l’association d’aidant et de naturel… Parce que certainement, il n’y a pas mots plus éloignés et incompatibles à mon sens que ceux-là. Aussi, cette sensation de disparaître et de ne plus s’appartenir face aux besoins d’un enfant malade (mais certainement aussi ceux d’un parent vieillissant et malade, mais dans une mesure un peu différente) sont présentés ici avec tant d’acuité qu’on a envie de prendre le personnage de la mère dans nos bras… Et qu’au final, son geste nous semble presque excusable…

«Tout revenait sans cesse à ce fils amoché, aux minutes quotidiennes qu’il avait passées debout et qui se réduisaient d’année en année, à la destination adéquate pour les vacances, au mode de transport, et au-delà de ça, aux services thérapeutiques, à la kinésithérapie, ergothérapie, rhumatologie, aux demandes administratives, aux fauteuils électriques, aux corsets sur mesure en polyéthylène renforcé. Je regardais parfois Julien sans savoir combien de temps encore je tiendrais le coup, si je n’allais pas m’écrouler moi aussi et ne plus me relever.» (page 15)

Bref! Une belle découverte à glisser dans son sac. Mais soyez prévenus, nous sommes dans les sujets lourds, malgré la brièveté de ces textes.

«Il faisait beau et tout brûlait», de Vincent Giudicelli

Livre reçu gracieusement par Annika Parance Éditeur.

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