La femme mystifiée, Betty Friedan

Il y avait un moment que je n’avais pas parlé livres ici. Et clairement, ce n’est pas faute d’avoir lu en ce début d’année, bien au contraire! Car bien sur, avec la pandémie qui se poursuit, accompagnée de son lot de restrictions, et la neige qui s’ammoncelle sur ma ville, la lecture fait partie de ces plaisirs qui demeurent accessibles.

Et dont je ne suis pas prête de me priver, qu’on se le dise!

Et d’ailleurs, ces dernières semaines, j’ai été assez fière de réaliser que j’avais lu quelques 27 livres en 2020 alors que j’en fais maintenant la liste de mes lectures. Ce que je ne faisais pas avant.

Alors parmi les livres lus récemment, c’est d’un classique de la littérature féministe que j’ai envie de parler aujourd’hui. Un livre dont j’avais entendu souvent parler depuis longtemps sans jamais oser m’y attaquer. Et je l’avoue, bien que publié en 1963, il demeure d’une modernité incroyable.

«La femme mystifiée» de l’américaine Betty Friedan a été de fait publié en 1963 sous le titre original «The Feminine Mystique». Traduit en treize langues au cours du temps, il est considéré comme l’un des déclencheurs de la deuxième vague féministe en plus d’avoir servi de déclic à l’émanticipation des américaines.

À l’origine, l’auteure souhaitait écrire un article visant à dénoncer la pression culturelle portée sur les femmes et exercée par les psychologues freudiens, les magazines populaires ainsi que la publicité. Tous semblant unis dans un seul but: vendre la fameuse image de la ménagère prétenduement super heureuse, qui bien qu’instruite, n’avait pas de plus grand bonheur dans son existence que de faire celui de sa famille. Comme Friedan ne trouva à l’époque aucun magazine acceptant de la publier, elle en fit un livre qui était destiné à marquer les esprits et l’époque.

À partir d’une enquête commencée en 1957 au moyen d’entretiens menés auprès d’anciennes camarades de promotion du Smith College 15 ans plus tôt, l’auteure s’est ainsi questionnée sur le «problème sans nom». Cette tristesse manifestée par les femmes au cours des années 1950-1960, toutes déprimées bien que mariées, avec des enfants et vivant dans un certain confort matériel relatif.

Et pourtant, comme on le voit au début, au cours des années 1930-40 il y avait eu une certaine avancée en matière d’égalité et d’indépendance des femmes avant de voir un recul marqué au cours des années 1950-60. Car bien que celles-ci soient pourtant éduquées et qu’elles aillent à l’université, cette éducation semble alors incombatible avec la vie d’épouse et de mère. Et de fait, l’auteure constate que lorsqu’on leur demande ce qu’elles souhaitent faire de ces connaissances acquises, un certain malaise s’installe. Les femmes doivent être éduquées mais cette éducation ne sert qu’à trouver un mari. La vérité étant que la société d’alors ne valorise pas l’utilisation de cette éducation à d’autres titres.

Pour ma part, ce que j’ai particulièrement aimé de ce livre c’est la façon dont l’auteure démontre avec quel acharnement la publicité de l’époque s’est volontairement attelée à promouvoir cette image de la ménagère parfaite. Parce que, fondamentalement, c’était payant.

«On disait avec orgueil que 75% du pouvoir d’achat aux États-Unis était détenu par les femmes et ce fait m’apparut tout à coup dans ses vraies dimensions: les femmes américaines étaient les victimes de ce cadeau empoisonné.»

(page 351)

Et de fait, la fin de la guerre au milieu des années 1940 allait poser un important dilemme au monde des affaires au moment où d’important contrats de fabrication liés à la guerre allaient prendre fin. Au même moment, une étude de marché effectuée par un magazine féminin et portant sur la psychologie de la ménagère en vint à la conclusion qu’une femme qui s’intéresse à la maison ne peut définitivement pas demeurer indifférente aux appareils ménagers. Une conclusion qui apparu rapidement comme une opportunité à saisir à l’heure où il fallait créer rapidement de nouveaux besoins pour les consommateurs!

Et vive la ménagère que l’on s’attela dès lors à classer en trois catégories! Soit la ménagère traditionnelle, la femme qui fait carrière, puis enfin, la maîtresse de maison équilibrée (et ici, on comprend que «équilibrée» prenne tout son sens lorsqu’il est question de valoriser Madame afin que celle-ci ne se mette pas à douter de son rôle, n’est-ce pas!)

« La troisième catégorie, celle de la «maîtresse de maison équilibrée», est l’acheteuse idéale. Elle a l’esprit assez ouvert pour avoir plusieurs centres d’intérêt. Elle a quelquefois travaillé avant de se consacrer exclusivement à son foyer. «Elle accepte volontier» l’aide que peuvent lui apporter de nouveaux appareils, «mais ne leur demande pas l’impossible» car elle a besoin d’utiliser ses compétences de «femmes d’intérieur pour la bonne tenue de la maison». (Page 353)

Et plus loin, lorsque certaines femmes se sont mises à manifester leur désir d’occuper un emploi leur permettant de se sentir utiles dans la société, comment est s’est mis à valoriser les nouveaux appareils ménagers dernier cri dont le but était définitevement de conforter Madame dans ce but essentiel de son existence: les travaux d’intérieur et la cuisine. Quitte à lui enrober la chose de guimauve en tentant de la convaincre qu’elle se retrouvait ainsi à l’égale de l’homme, à «gérer une usine armée des équipements les plus modernes»…

«Ses aspirations, la culture, l’indépendance, le développement grandissant de sa personnalité, tout ce qui faisait qu’elle était prête à endosser d’autres responsabilités ne devait pas être ignoré mais canalisé vers le foyer

(Page 355)

Outre ce livre, Betty Friedan a consacré sa vie à la lutte pour la libération de la femme. En 1966, avec d’autres femmes, elle fonde d’ailleurs NOW (l’Organisation nationale des femmes) et milite pour le droit à l’avortement, le travail des femmes, les congés maternité et l’égalité des salaires notamment.

Au cours de cette lecture, je n’ai bien sur pas pu faire autrement que de réaliser pleinement dans quel contexte ma grand-mère et mon arrière-grand-mère avaient vécu. Et combien je pouvais me considérer chanceuse de vivre aujourd’hui, à une époque où, bien que ce ne soit pas encore parfait, les choses ont quand même «un peu» évolué. Et ça, aucune femme ne devrait l’oublier je pense.

En terminant la lecture de ce livre, 58 ans après sa publication, je reste avec une seule pensée. Celle qu’il est presque «choquant» de constater que toute cette question du statut des femmes soit, en 2021, toujours encore autant d’actualité. Ceci à l’heure ou l’avortement est encore criminalisé à certains endroits de la planète, par exemple au Mexique. Ou excessivement restreint comme c’est le cas en Pologne et en Allemagne. Ou encore, menacé de grave recul au niveau de l’accès comme c’est le cas en ce moment aux États-Unis. Et on ne parle même pas de l’égalité des salaires et des opportunités en emplois qui, dans certains domaines, relèvent encore du voeu pieux…

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