La salle de bal, Anna Hope

Ce livre d’Anna Hope, «La salle de bal», il était sur ma liste de lecture depuis des lustres. Et pour cause! L’auteure y racontant l’histoire romancée de son arrière-grand-père interné à l’asile vers 1911 en Angleterre.

L’histoire est celle d’une jeune femme, Ella Fay qui en 1911 est internée à Sharston dans le Yorkshire. Sa folie? Avoir brisé une vitre de la filature qui l’emploi depuis son plus jeune âge. D’abord déterminée à s’enfuir, elle fini par se résigner à cette vie ponctuée notamment, chaque vendredi, d’un bal des pensionnaires. Une vie dans laquelle le moindre «débordement» vous vaut la camisole de force. Et gare à vous si vous pensiez faire la grève de la faim puiqu’on vous gavera alors, peut importe que mort s’ensuive. Ella y fait la rencontre Clem, une autre pensionnaire semblant venir d’une famille aisée et avec qui elle devient amie. Et surtout, de John, un Irlandais mélancolique de qui bien sur, elle tombe amoureuse (on est dans un roman après tout!).

Au-delà du romanesque de cette histoire, l’auteure présente du même coup un pan méconnu de l’histoire britannique alors que Churchill, à l’époque ministre Britannique de l’intérieur, aurait manifesté un grand intérêt pour l’eugénisme. Et en particulier pour un projet de Loi qui aurait eu pour résultat la stérilisation d’un nombre significatif de ces gens qu’on qualifiait alors de «faibles d’esprits». Quant on sait qu’à l’époque, un rien suffisait à vous envoyer à l’asile – une femme donnait naissance seule à un enfant ou encore, la banale pauvreté figurant dans cette liste des inaptitudes qui vous qualifiaient illico pour l’internement – inutile de dire que les livres d’histoire ont été particulièrement avares de détails sur le sujet au fil du temps. Mais le plus troublant c’est que ce projet de loi sur les faibles d’esprits a finalement été voté sous une forme modifiée en 1913, sous le nom de Mental Dificiency Act (Loi sur la santé mentale) laquelle permettait la ségrégation des «faibles d’esprits». Sans toutefois la fameuse clause qui aurait permis la stérilisation forcée…

Et je l’avoue, j’ai été particulièrement touchée par cette histoire, mon propre arrière-arrière-grand-père, Édouard Martel étant lui-même mort à l’asile St-Michel-Archange de Québec le 24 octobre 1918. Il y avait été envoyé en raison de l’épilepsie dont il était atteint. À l’époque, on croyait qu’il s’agissait d’une maladie contagieuse qu’on classait sans plus de cérémonies au niveau des maladies mentales…

À travers ce livre, on se rend compte, un peu de la même façon que dans le livre «Dix jours dans un asile» de Nellie Bly dont j’avais déjà parlé ici que la vie en institutions psychiatriques au début du XXième siècle était particulièrement difficile. Et surtout le lot des miséreux de la société et des femmes notamment.

« Bref, je savais que si je l’épousais, je serais malheureuse.
– Tu l’as expliqué à ton père ?
– J’ai essayé. Il ne m’a pas écoutée. Je crois qu’il était content de ne plus m’avoir sur les bras. Je crois qu’il se disait que personne ne voudrait m’épouser à cause de ma façon d’être.
– Pourquoi ? C’est quoi ta façon d’être ?
– Oh, toute de travers, répondit Clem avec un sourire fugitif. Je suis toute de travers. »
Ella la dévisagea. Clem était grande et blonde. Elle savait danser et jouer du piano. Sa bouche qui remontait aux commissures semblait faite pour sourire. Si elle était toute de travers, alors comment ils étaient, les autres?
»
(p. 152)

Bref! Un beau coup de coeur pour ce premier livre de mon défi lecture de 2021!

Vous l’avez lu? Qu’en avez-vous pensé ?

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