Tic tac, tic tac



Photo: PABvision.com

Je sais ! J’avais promis de prendre une pause…

Mais je me suis promis à moi-même d’avoir un premier jet de mon livre pour Noël. En quelque sorte, ce cadeau de moi à moi…

Et puis, j’ai beau me dire qu’une pause me ferait le plus grand bien; les idées elles ne cessent de se trémousser dans ma tête dans un chaos impossible à décrire ! Les questionnements se mettant eux aussi de la partie dans un crescendo qui tel un fou, cours de plus en plus rapidement…

Tic Tac, Tic tac…

Et puis alors que je suis dans le train qui me ramène chez-moi – un train bondé il va sans dire ! – j’ai trouvé le moyen de m’assoir et, c’est le portable sur les genoux et le I-pod sur les oreilles que j’écoute la trame sonore du film « Atonement » dont la musique du compositeur Dario Marianelli me laisse entendre sans fin le tac tac de la dactylo de Briony (fabuleuse trame sonore !)…

Tac tac tac tac…

Ainsi, il y a quelques semaines, je vous racontais que deux conversations que j’avais eues avec ma mère m’avaient amenée à porter un autre regard sur mon histoire familiale…. Suscitant même – comme si cela était possible ! – plus de questionnement encore ! Car vous avez compris le principe j’imagine ! Mon histoire familiale étant comme ces poupées russes qu’on n’en finit plus d’ouvrir les unes sur les autres, chacune déversant ses secrets…

Aussi, c’est après avoir peut-être découvert un pan de l’histoire de mon arrière-arrière-grand-père qui, si la réalité est telle que je l’imagine maintenant, aurait été en quelque sorte abandonné dans un hôpital psychiatrique dans lequel il serait mort en octobre 1918, qu’une autre conversation avec ma mère est venue me troubler plus encore….

Il y a quelques semaines, ma mère me raconta donc cette histoire dont j’ai bien du avoir connaissance ou moment ou elle s’est produite, mais que visiblement, j’avais oubliée. Ou encore, à peine âgée de six ans à l’époque, peut-être n’y ai-je prêté que peu d’attention au moment ou les événements se sont produits…

Enfin bref !

Quoi qu’il en soit, cette histoire se passait en 1975. Ma mère avait alors vingt-cinq ans, moi six. Les plus jeunes soeurs de ma mère ayant quant à elles environ treize ans. Ce qui explique peut-être qu’elles tout autant que moi ayons peu de souvenirs de ces événements…

À cette époque, nous vivions à la campagne, dans ce genre de lieu qui a tout du bout du monde. La ou les épinettes la nuit rendent le ciel presque invisible…Et ou en hiver, certains rangs ne sont plus déneigés au-delà des dernières maisons… De façon à au moins permettre aux autobus scolaires d’être en mesure d’aller chercher les enfants matin et soir… Et pas au-delà…

Ma grand-mère Jeanne donc, qui a toujours eu ce qu’on pourrait appeler une vie plutôt dissolue, buvant son désespoir et se retrouvant plus souvent qu’autrement à côtoyer des gens peu recommandables, était sortie jusque tard en soirée.

Au retour en ce soir d’hiver, fuyant on ne sut jamais qui, Jeanne s’était ainsi retrouvée dans ce genre de rang, dans lequel c’est justement le-dit autobus qui allait la retrouver le lendemain matin.

L’auto renversée dans le ravin…

Et elle une balle dans le ventre.

Jeanne allait passer les mois suivants dans un coma duquel elle ne sortait que de courts moments. Et que pour délirer. Criant à certains moments que personne ne l’aimait…

On ne sut jamais qui lui avait tiré dessus.

Tout comme nous ne fumes jamais absolument certains que mon père n’eut rien à voir là dedans… Car au delà de la réalité, c’est bien souvent la légende qui prend le dessus et en ce domaine, je puis vous assurer que ma famille est championne toutes catégories de ces scénarios que l’on se fait en tentant de mettre bout à bout les brides du peu que l’on sait… Un peu comme pour une vaste mosaïque de pièces dépareillées que l’on tenterait d’assembler en un morceau. Sans savoir si on s’approche de cette vérité. Ou si on s’en éloigne…

Mais là ou je veux en venir avec cette histoire, c’est qu’en me racontant cela, ma mère s’est mise à se souvenir que pendant son délire, ma grand-mère s’était mise à accuser ma mère de choses qu’elle même avait faites. Ce qui de même qu’en d’autres occasions, allait amener ma mère à remettre en questions toutes affirmations de Jeanne, dont les versions de l’histoire familiale ont été teintées de différences plus ou moins importantes au fil de sa vie…

Ce qui m’a le plus perturbée de toute cette histoire ? Bien sur, apprendre que sa grand-mère a reçu une balle dans le ventre à l’aube de ses 48 ans, je l’avoue, cela surprend un peu ! Je ne tenterai pas de feindre le contraire !

Néanmoins, c’est surtout cette idée que Jeanne ait pu mélanger la réalité à divers moments de sa vie qui m’a amenée à me questionner sur sa version du fait que sa mère, Lucienne, mon arrière-grand-mère, ait pu tout quitter pour venir se prostituer à Montréal….

Car qui aurait envie de quitter mari et enfants précisément « pour » venir se prostituer à Montréal (ou n’importe ou ailleurs !) ? Car au final, n’est-ce pas plutôt pour survivre qu’on en vient à cela ?

Plus encore, je me demande…

En 1928, une femme qui quittait mari et enfants pour venir s’installer à Montréal, n’était-elle pas par défaut une « putain » ? Une femme aux intentions sans nulle doute pas très nettes que tout un chacun pouvait se permettre de juger ?

Car finalement, la place d’une femme à cette époque n’était-elle pas dans sa cuisine, avec ses enfants, à attendre sans fin un mari qui passait ses semaines (parfois des mois !) à l’extérieur ? Et puis, juste le fait pour une femme de souhaiter autre chose de la vie que des enfants, n’était-ce pas en soi absolument contre nature ? L’indice parfait qu’elle fut une dégénérée ?

Ainsi, y aurait-il une autre version de cette légende familiale dont je ne vois visiblement jamais la fin ?

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3 commentaires sur “Tic tac, tic tac

  1. Il me semble en effet que ta grand-mère a peut-être confondu sa propre histoire avec la sienne ou avec ses délires. C'est étrange et triste tout à la fois. Je te souhaite de trouver la vérité mais en même temps n'est-ce pas fascinant de théoriser sur l'histoire familiale?? 🙂

  2. Si ton livre est la suite de ce billet ce matin, alors je vais aller camper face à la librairie la plus proche de chez-moi afin d'être une des premières à acheter ton bouquin.

    Quelle histoire intéressante et fascinante que celle de ta famille ; la réalité dépasse souvent la fiction.

    Marie-Jo

  3. Mon Dieu que c'est gentil 🙂 Merci !!! Il est vrai que de fouiller dans son histoire familiale réserve parfois bien des surprises ! Je suis cependant convaincue que bien que ma famille soit un peu particulière, toutes les familles ont leurs histoires et secrets. Et je trouve fascinant de découvrir que c'est bien souvent dans ce qui a été caché un jour qu'on en apprend le plus sur l'époque à laquelle les personnes avant nous ont vécu. Sur ce qui était tabou hier et qui ne l'est plus aujourd'hui. Sur nous. Aujourd'hui, je pense qu'on se désintéresse énormément de notre histoire et pourtant, eux, nous, hier ou aujourd'hui, nous ne sommes peut-être pas si différents finalement. Merci de me lire ! C'est une motivation incroyable !

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